Jérusalem: la question des expulsions de familles palestiniennes fait monter la tension d'un cran

Marches de nationalistes juifs, fin du Ramadan, vidéos d’agression, statut de Jérusalem et menace d’éviction de Palestiniens par des colons : après un week-end de violences, de nouveaux affrontements entre fidèles palestiniens et police israélienne ont eu lieu ce lundi sur l’esplanade des mosquées à Jérusalem.

Gaz lacrymogènes, balles en caoutchouc, des Palestiniens ont lancé des pierres sur les services de sécurité israéliens qui ont répliqué avec des grenades assourdissantes. Des centaines de fidèles juifs ont été évacués ce lundi soir du Mur des Lamentations. Selon le Croissant rouge palestinien, plus de 305 Palestiniens ont été blessés, dont plus de 200 évacués dans des ambulances. La police israélienne a fait état d’au moins neuf blessés dans ses rangs.

Manifestations et provocations

A quelques jours de la fin du Ramadan, de nombreux fidèles souhaitent avoir accès à leur lieu de culte. La flambée de violence coïncide avec la journée de Jérusalem qui, pour les Israéliens, commémore la conquête de la partie orientale de la ville en 1967. Une marche de jeunes sionistes est organisée notamment à travers des quartiers musulmans, une provocation aux yeux de nombreux Palestiniens.


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Les tensions s’intensifient depuis le début du mois sacré musulman du Ramadan à la mi-avril. Des affrontements ont éclaté chaque nuit entre la police et les Palestiniens qui protestaient à l’extérieur de la porte de Damas. Notamment contre une marche d’extrémistes juifs, près de la même zone. Des ultranationalistes protestaient contre une série de vidéos sur les réseaux sociaux montrant des Palestiniens agressant des juifs ultraorthodoxes.

Le sort de Jérusalem-Est reste au cœur du conflit israélo-palestinien : Israël a annexé Jérusalem-Est en 1980, un acte non reconnu par la grande majorité de la communauté internationale, et considère toute la ville comme sa capitale. Les Palestiniens revendiquent Jérusalem-Est comme la future capitale d’un État indépendant palestinien.

Une loi "discriminatoire" et "à l’encontre du droit international"

Cette année, cette montée de violence est exacerbée par la menace d’expulsion de familles palestiniennes. La Cour suprême d’Israël devait se prononcer ce lundi sur l’appel déposé par plus de 70 personnes contre un ordre d’expulsion en faveur d’une organisation de colons juifs à Jérusalem Est dans le quartier de Cheikh Jarrah, mais l’audience a été reportée sine die à cause des violences. Le gouvernement israélien bénéficie ainsi d’un répit pour tenter de désamorcer la situation.

Cette organisation de colons juifs intervient pour récupérer des biens ayant appartenu à des juifs, des terrains, des maisons où vivent des familles palestiniennes depuis des décennies. Quatre familles sont concernées. Chacune occupe une maison. 

En début d’année, le tribunal de Jérusalem a rendu une décision favorable à des familles juives qui revendiquent des droits de propriété. Le tribunal a estimé que ces Palestiniens vivaient illégalement sur des terres qui ont appartenu à des associations juives, avant la création d’Israël, en 1948. Les familles palestiniennes ont fait appel.

Une loi israélienne permet effectivement ces restitutions, mais elle est "discriminatoire", selon Khagit Ofran, de l’ONG Peace Now : "Les chances d’avoir gain de cause, dans ce cas-ci, sont très faibles. Les bases légales pour les demandes d’expulsions reposent sur des lois discriminatoires. Il existe une loi, votée en 1970 au Parlement israélien, à la Knesset, qui dit que les terres appartenant aux juifs avant la création d’Israël, en 1948, peuvent revenir à leurs anciens propriétaires. Tandis qu’une autre loi, dit que les propriétés des Palestiniens avant 1948, ne peuvent pas être rendues à leurs anciens propriétaires."

Il y a un mouvement politique qui vise à remplacer les quartiers palestiniens par des quartiers juifs

Sur cette base légale, des colons israéliens partent à la recherche d’anciens propriétaires juifs et entament une procédure juridique pour racheter leur titre de propriété et poursuivre les familles palestiniennes. Le problème, c’est que la plupart de ces familles palestiniennes n’ont pas de titre puisqu’à l’époque où elles sont entrées dans ces maisons la Jordanie a annexé la Cisjordanie et Jérusalem-Est, au lendemain du conflit israélo-arabe, jusqu’à la guerre des Six-Jours.

Mais pour Khagit Ofran, cette affaire est plus politique que juridique : "Il y a un mouvement politique qui vise à remplacer les quartiers palestiniens par des quartiers juifs. De faire sortir toute une communauté palestinienne et de les remplacer par des colons juifs. C’est donc un objectif politique qui est accompli à partir de moyens juridiques. Donc cela peut être arrêté politiquement."

Et pour François Dubuisson, professeur à l’ULB, ces lois israéliennes vont à l’encontre du droit international car Jérusalem-Est est un territoire palestinien occupé depuis 1967 : "Israël donne compétence aux tribunaux israéliens pour décider de questions de propriétés situées en territoire occupé. Tout le problème est que les autorités israéliennes ne peuvent pas légiférer, adopter une loi israélienne qui va étendre ses effets et décider de questions de propriété à Jérusalem Est, […] territoire qui devrait être régi par le droit de l’occupation avec comme grand principe le maintien de la législation civile en vigueur dans le territoire occupé".

Appels au calme

Nombreux sont ceux qui appellent au calme, entre autres le Portugal qui assure la présidence tournante du conseil de l’Union européenne. A la demande de la Tunisie, une réunion du conseil de sécurité de l’ONU a été prévue pour évoquer la situation à Jérusalem.

Le chef du Hamas, Ismaïl Haniyeh, a averti que la "résistance" palestinienne ne "restera pas les bras croisés". Dans l’enclave palestinienne de Gaza contrôlée par les islamistes du Hamas, des ballons incendiaires et des roquettes ont été lancés dans la nuit vers le sud du territoire israélien limitrophe, en appui aux manifestants de Jérusalem.

Craignant l’escalade, les Etats-Unis ont appelé dès vendredi Israéliens et Palestiniens à cesser la violence et exprimé leur inquiétude quant à "l’expulsion potentielle des familles palestiniennes de Cheikh Jarrah".

La Turquie a appelé "le monde à agir pour mettre fin à cette agression israélienne interminable contre des civils non armés sur leur propre terre".
 

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