Jérusalem: flambée de violence suite à une manifestation de juifs extrémistes dans les quartiers arabes

Jérusalem: flambée de violence suite à une manifestation de juifs extrémistes dans les quartiers arabes
Jérusalem: flambée de violence suite à une manifestation de juifs extrémistes dans les quartiers arabes - © AHMAD GHARABLI - AFP

La tension monte à nouveau à Jérusalem. La nuit dernière, des heurts ont fait plus de 120 blessés. Le Croissant-Rouge palestinien a fait état d’au moins 105 blessés, dont une vingtaine a été transférée à l’hôpital. La police israélienne a recensé 20 blessés dans ses rangs lors de ces affrontements, les plus violents de ces dernières années dans la Ville Sainte. Ce sont les événements les plus violents de ces dernières années.

Une manifestation de juifs extrémistes dans la partie arabe de la ville a provoqué les incidents. Ils se sont prolongés durant une partie de la nuit. Le groupe qui a appelé à manifester s’appelle Lehava. C’est un groupe d’extrême droite, suprémaciste juif, violemment anti-arabe. Quand ses sympathisants déboulent jeudi soir à Jérusalem-est, ils scandent "Mort aux Arabes" et "Les Arabes dehors". C’est le début de la soirée, en ce mois musulman du ramadan. Le moment où les fidèles quittent l’esplanade des mosquées, où ils ont fait la prière du soir. Une contre-manifestation palestinienne s’est rapidement heurtée aux manifestants juifs.

La police avait autorisé la manifestation de Lehava, au nom de la liberté d’expression. Elle se retrouvera un moment sous les jets de pierres venus des deux camps. Grenades assourdissantes, gaz lacrymogènes, canon à eau… Les troubles violents dureront une bonne partie de la soirée et de la nuit. Un automobiliste juif a été tiré de son véhicule et tabassé. Et la maison d’une famille palestinienne a été caillassée par les juifs extrémistes. Bilan : plus de 120 blessés et une cinquantaine d’arrestations.

Le président palestinien, Mahmoud Abbas, qui siège en Cisjordanie occupée, a dénoncé les "incitations à la haine" de groupes d’extrême droite israéliens et exhorté la communauté internationale à "protéger" les Palestiniens de Jérusalem-Est.

Pourquoi cette flambée de violence ?

Il y avait des signes ces derniers jours. Mercredi, il y a déjà eu un incident de moindre ampleur impliquant juifs et arabes. Et puis une vidéo circule. Elle montre un jeune Arabe, dans un tram à Jérusalem, gifler gratuitement deux juifs ultraorthodoxes.

Mais plus profondément, les dernières élections israéliennes ont fait entrer au parlement un parti kahaniste, c’est-à-dire un parti juif raciste et violent. C’est un pas de plus dans la radicalisation de la scène politique israélienne.

Cette semaine encore, des experts des Nations unies s’inquiétaient de l’augmentation de la violence des colons juifs en Cisjordanie. En 2020, ils ont commis 770 attaques contre des Palestiniens ou contre leurs biens, et déjà plus de 200 attaques cette année.

Dernier élément dans cette montée de la tension, sept familles palestiniennes de Jérusalem-Est sont sous le coup d’un ordre d’expulsion israélien. Il doit être exécuté le 2 mai.

Et puis, dans ce contexte très tendu, des élections palestiniennes sont prévues dans un mois, le 22 mai, les premières en 15 ans. Et Jérusalem-Est pose problème. Jérusalem Est, où vivent plus de 300.000 Palestiniens. C’est un territoire considéré par la communauté internationale comme palestinien, mais occupé et annexé par Israël. Les Palestiniens veulent que leurs élections législatives s’y déroulent, comme en Cisjordanie et à Gaza. Mais pas question pour les Israéliens de laisser des bureaux de vote palestiniens s’installer à Jérusalem. Le président palestinien Mahmoud Abbas a menacé d’annuler les élections dans ces conditions. L’Union européenne et la Belgique ont appelé Israël à faciliter l’organisation du scrutin à Jérusalem.

Appels au calme

Les États-Unis se disent "profondément préoccupés" par les violences à Jérusalem ces derniers jours. "Nous espérons que toutes les voix raisonnables vont appeler […] à un retour au calme", a réagi le consulat américain à Jérusalem.

Dans un discours jeudi au Conseil de Sécurité, l’envoyé spécial de l’ONU pour le Proche-Orient, Tor Wennesland, avait dénoncé des affrontements depuis quelques jours impliquant la police israélienne, des civils israéliens et des Palestiniens, et appelé à une "désescalade".

La Jordanie a condamné les "provocations menées par les groupes juifs extrémistes", appelant Israël à faire "cesser le harcèlement" des habitants de la Vieille ville et à lever les restrictions d’accès à la mosquée d’Al-Asqa.

Dans un entretien à la chaîne israélienne Kan, le maire de Jérusalem, Moshe Lion, a dit être en discussions avec des leaders palestiniens de Jérusalem-Est dans l’espoir de mettre un terme "à ces violences inutiles".

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