Jérusalem : des Israéliens ont-ils fêté un incendie proche de la mosquée al-Aqsa ?

Alors que la tension est vive à Jérusalem, une vidéo circule sur la toile : on y voit des Israéliens chanter et danser au pied du Mur des Lamentations alors que des flammes s’élèvent dans le ciel. "Ces juifs célèbrent l’idée que la mosquée al-Aqsa est en train de brûler. Imaginez, c’est comme si, en plein ramadan, vous fêtiez l’incendie de la maison de vos voisins", entend-on notamment sur TikTok. Ces Israéliens sont-ils bien en train de fêter l’incendie de la mosquée Al-Aqsa, le troisième lieu saint de l’Islam ? On ne peut pas l’affirmer, même si les chants qu’ils entonnent sont loin, très loin d’être pacifiques.

Des condamnations sur les réseaux sociaux

@salazarslytherin777

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La mosquée n’a pas brûlé

D’abord, la mosquée n’a pas brûlé. La vidéo date de ce lundi 10 mai, et, comme l’explique Reuters, ce jour-là un arbre a pris feu à 10 mètres de la mosquée. L’incendie ne l’a pas endommagée.


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A propos de l’origine de l’incendie, les témoignages sont contradictoires : selon certains, les flammes ont été provoquées par des Palestiniens qui lançaient des feux d’artifice, selon d’autres, ce sont les policiers israéliens qui ont mis le feu en faisant usage de grenades assourdissantes. Dans un communiqué, la police israélienne a déclaré que ce sont des feux d’artifice qui sont en cause.

La fête avait commencé avant l’incendie

Par ailleurs, les Israéliens que l’on voit danser sur les images n’ont pas commencé à faire la fête en voyant les flammes. Le journal Libération a retrouvé une vidéo beaucoup plus longue de la soirée. Elle dure une heure. On voit que la fête commence bien avant que les flammes ne jaillissent, à la 42e minute. L’incendie n’interrompt pas les festivités, c’est tout ce que l’on peut dire.

Ces Israéliens célébraient en fait la "Journée de Jérusalem". Cette journée commémore la conquête de Jérusalem-Est par les forces israéliennes en 1967, lors de la guerre des Six jours. Cette annexion n’a pas été reconnue par la communauté internationale. Suite aux tensions de ces derniers jours, la traditionnelle marche des drapeaux (qui passe à travers la vieille ville) avait été annulée. Mais des célébrations ont donc bien eu lieu.


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Des jeunes nationalistes

A l’image, on peut voir des hommes qui portent la kippa Sruga, celle des nationalistes (logique, ce sont eux qui fêtent la "Journée de Jérusalem"). Ils ont pour la plupart l’air jeune. Comme nous l’ont confirmé plusieurs personnes parlant hébreux, on voit d’ailleurs un drapeau où est inscrit "Dimona Yeshiva”, une école religieuse de la ville de Dimona.

Une orgie de haine

Mais que chantent-ils ? Dans un tweet repris par Libération et 20 minutes, Elizabeth Tsurkov, membre du think tank américain Newlines Institute, et auteure d’articles dans le journal israélien Haaretz, dénonce "une orgie de haine au pied du Mur des Lamentations". "Ils chantent : 'Souviens-toi de moi ! Renforce-moi ! Seulement cette fois, mon Dieu, que je puisse d’un seul coup prendre ma vengeance sur les Palestiniens (puisse leur progéniture être effacée) pour mes deux yeux.'"

"Vengeance contre les Palestiniens"

Eitan Bronstein, activiste israélien de gauche, antisioniste, qui vit en Belgique, nous apporte quelques explications : "C’est une chanson basée sur un épisode de la Bible. Quand Samson est aveuglé (par des Philistins qui lui crèvent les yeux, ndlr), il demande à Dieu de lui donner la force de se venger des Philistins pour un de ses deux yeux."


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Selon Eitan Bronstein, cet épisode a été transformé, il y a quelques années, en une chanson populaire parmi la "Hill Youth" (jeunes côlons nationalistes d’extrême droite). "Et ils la chantent avec une modification importante, raconte-t-il. Ils disent 'vengeance pour un de mes deux yeux, FALastins.' Cela correspond à la prononciation du mot 'Palestine' en arabe. Donc, en fait, ils disent 'vengeance contre les Palestiniens'."

Un air chanté après le meurtre de Palestiniens

"La chanson est devenue très populaire parmi les jeunes nationalistes, poursuit-il. Ils la chantent après avoir blessé gravement ou tué des Palestiniens, comme lors du meurtre de la famille palestinienne Dawabshe."

Les Israéliens présents chantent bien aussi : “yimah shemam vezikhram”, comme le dénonce la vidéo TikTok. Cela veut dire "puissent leur nom et leur mémoire être effacés".

Puissent leur nom et leur mémoire être effacés.

Par contre, Eitan Bronstein ne trouve pas trace du "puisse leur progéniture être effacée", cité par Elizabeth Tsurkov. Celle-ci précise dans un autre tweet qu’il s’agit du contexte dans lequel est mentionnée la phrase "puissent leur nom et leur mémoire être effacées" dans la Bible.

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