Jean-Yves Le Drian en visite diplomatique à Cuba : un "échange de bons procédés"?

Jean-Yves Le Drian, ministre français de l'Europe et des Affaires étrangères.
Jean-Yves Le Drian, ministre français de l'Europe et des Affaires étrangères. - © SAEED KHAN - AFP

Le chef de la diplomatie française Jean-Yves Le Drian effectue la première visite officielle du gouvernement Macron à Cuba, les 28 et 29 juillet prochains. Il y rencontre son homologue Bruno Rodríguez Parrilla, ainsi que le ministre du commerce extérieur, Rodrigo Malmierca. Le calendrier diplomatique français n’est pas anodin et bénéficie autant à la France qu’à Cuba : Frédéric Louault, professeur à l'ULB*, et Janette Habel, politologue et spécialiste de Cuba*, nous en détaillent les raisons.

Le Drian se rend à Cuba dans la foulée de son passage en Colombie

Le ministre de l’Europe et des Affaires étrangères français vient d’achever une visite en Colombie, où il a réaffirmé le soutien de la France à la mise en place du processus de paix avec les FARC, processus qui avait justement été négocié sur l’État insulaire. Son passage à Cuba est donc aussi stratégique : "Ce traité de paix est en péril, or la diplomatie française appuie ce traité. Pour Le Drian, visiter Cuba est donc entre autres un moyen de réaffirmer cette position française, dans la mesure où Cuba a joué un rôle important dans la conclusion du traité" indique Janette Habel.

Sa visite intervient quelques jours après la révision constitutionnelle cubaine

Dimanche 22 juillet dernier, le Parlement cubain a adopté un projet de loi qui reconnaît, entre autres, l’existence du marché ainsi que la propriété privée. Une ouverture économique dont la France espère bien profiter, en l’absence des États-Unis. C’est ce que souligne Frédéric Louault : "La France bénéficie d’un contexte particulier : celui du refroidissement des relations entre Cuba et les États-Unis, depuis l’élection de Donald Trump. Elle va donc exploiter cet espace laissé par le président américain." Si le projet de loi doit encore être ratifié, il permettra de faciliter les investissements étrangers à Cuba, parmi lesquels les investissements français, ainsi que les partenariats publics et privés. Du pain béni pour la soixantaine d’entreprises françaises actives à Cuba, parmi lesquelles des multinationales.

A qui cette relation bilatérale profite-t-elle le plus ?

Les deux spécialistes s'accordent à dire que la relation franco-cubaine est complémentaire et équilibrée. Si la France y est actuellement plus gagnante, c’est parce qu’elle bénéficie d’une conjoncture internationale favorable, détaillée plus haut, et d’une coopération importante dans les domaines culturel, scientifique et technique, qui va au-delà des simples relations économiques et commerciales. "Depuis des décennies, cette collaboration culturelle, universitaire, scientifique et technique est très importante. Au point qu’elle constitue le socle des relations économiques actuelles, dont la France tente de tirer parti." précise Frédéric Louault. Mais Cuba reste hautement bénéficiaire de cette visite diplomatique française et plus largement de cette relation bilatérale particulière réamorcée par la venue de François Hollande en mai 2015. En plus de lui assurer une reconnaissance internationale précieuse, cet "échange de bons procédés", comme aime à le dire Janette Habel pour caractériser la relation franco-cubaine, a permis à Cuba de bénéficier d’une restructuration très importante de sa dette auprès du club de Paris. Cette dernière avait en quelque sorte récompensé le pays, qui avait convaincu le Nicaragua d’adhérer à l’accord de Paris sur le climat.

"Cuba est un petit pays, mais il occupe une place surdimensionnée sur le plan international"

Malgré sa petite superficie, l'État cubain a beaucoup à offrir. Janette Habel insiste sur ce point : "Cuba est un petit pays, mais il a toujours occupé une place surdimensionnée sur le plan international. Ce pays d’Amérique latine continue à avoir une influence géopolitique assez grande, du fait de sa situation centrale dans les Caraïbes, sa proximité avec les États-Unis ou encore avec les Antilles françaises." On connaît effectivement la volonté de longue date du gouvernement français d’établir des liens plus étroits entre ces territoires d’outre-mer et Cuba. "Il conserve donc une influence politique et géopolitique à la fois régionale et internationale."

La visite officielle de Jean-Yves Le Drian est l’occasion de consolider la relation franco-cubaine, qui soigne l’équilibre de ses échanges.

 

Frédéric Louault est professeur de science politique à l’Université libre de Bruxelles (ULB), chercheur associé au CERI - Sciences Po (Centre d'Etudes et de Recherches Internationales), et Vice-président de l'OPALC (Observatoire Politique de l'Amérique Latine et des Caraïbes, Sciences Po).

Janette Habel est politologue, spécialiste de Cuba, chercheur à l'Institut des hautes études d'Amérique latine (IHEAL) à Paris III et membre du Centre de recherches sur l’Amérique latine et les Caraïbes CREALC de l’université Aix-Marseille.

 

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