Le Japon pleure les 33 victimes de l'incendie criminel d'un studio d'animation

Des témoins décrivaient vendredi des scènes d'enfer et disaient leur tristesse devant tant de jeunes vies fauchées, au lendemain d'un terrible incendie qui a tué 33 personnes dans un studio d'animation au Japon.

La tragédie, vraisemblablement d'origine criminelle, a suscité l'émoi au Japon et au-delà, des fans du monde entier envoyant sur internet des messages de soutien à la société endeuillée, Kyoto Animation, qui produit des dessins animés à succès.

Dans le quartier résidentiel de Kyoto, ville de l'ouest de l'archipel, où est survenu le drame, l'odeur de brûlé imprégnait toujours les lieux vendredi matin, tandis que des passants venaient déposer des fleurs sous un ciel gris et lourd.


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"Que des jeunes gens qui dessinaient en équipe et promouvaient l'animation japonaise à l'étranger se soient fait tuer sans la moindre raison par une seule et même personne, c'est insupportable, cela me met hors de moi", lance Yasuko Tomita.

Cette riveraine de 59 ans, les mains jointes, est venue se recueillir "pour aider les victimes à trouver la paix", tant leur mort a été soudaine d'après les premiers éléments de l'enquête.

"Difficile de s'échapper"

L'incendie, déclenché avec du carburant, s'est apparemment propagé à une vitesse fulgurante, prenant au piège de nombreux employés. Parmi les plus de 70 personnes présentes, 33 ont trouvé la mort, apparemment intoxiquées pour la plupart au monoxyde de carbone en tentant en vain de fuir la suffocante fumée.

Peu de détails ont émergé à ce stade sur le profil des victimes, mais "la plupart des salariés de la compagnie sont âgés d'un vingtaine d'années" selon un riverain interrogé par TV Asahi.

On déplore aussi 36 blessés, dont 10 grièvement atteints.

De nombreux corps ont été trouvés sur les escaliers menant au toit-terrasse, ont raconté les pompiers qui ont exclu un dysfonctionnement des dispositifs anti-incendie.

Le bâtiment était "aux normes", a assuré un porte-parole du service des secours contacté par l'AFP. "Nous avons un registre de données en attestant".

"Il y avait des escaliers en colimaçon du rez-de-chaussée au toit, la fumée et les flammes s'y sont engouffrées en l'espace d'un instant", at-t-il expliqué. "Ceux qui travaillaient aux premier et deuxième étages ont donc dû être pris par surprise sans savoir ce qui s'était passé en bas".

Un avis partagé par les experts. "Les flammes avancent beaucoup plus vite avec l'essence que dans le cas d'un feu normal", soulignait jeudi soir sur la chaîne publique NHK Keizo Harafuji, ancien enquêteur de la police de Tokyo. "Une fois le feu déclenché, il était difficile de s'échapper".

"Hébétés"

Les investigations vendredi étaient compliquées par le fait que l'auteur présumé, un homme de 41 ans qui aurait aussi apporté des couteaux et un marteau sur les lieux, n'était pas en mesure d'être entendu par la police du fait de son état.

Le suspect, dont le mobile reste inconnu, est accusé d'avoir répandu de l'essence, ou un liquide similaire, et d'avoir hurlé "vous allez mourir" avant de mettre le feu. Visiblement il n'avait pas de liens avec le studio d'animation visé.

"Nous avions reçu des e-mails de menaces de meurtre", avait indiqué jeudi Hideaki Hatta, PDG de Kyoto Animation, mais ce n'est pas rare dans le monde de l'animation.

Les différents témoignages recueillis peignaient une situation apocalyptique.

"Une personne a sauté du second étage, essayant désespérement de s'échapper, mais nous n'avons même pas pu accourir pour l'aider tant le feu était fort", a raconté une voisine à un journal en ligne, affilié au grand quotidien Asahi.

Parmi les blessés, certains "criaient violemment", d'autres étaient "hébétés", a-t-elle ajouté. "C'était comme voir l'enfer".

Des victimes "avaient perdu leurs cheveux et sourcils" et "ne pouvaient même pas tenir un verre d'eau à la main en raison de leurs brûlures, donc je les ai aidés à boire", a détaillé une sexagénaire à l'agence de presse Kyodo.

"Ces jeunes avaient l'âge de mes petits-enfants. Si mes petits-enfants venaient à mourir dans ces conditions, je n'aurais plus envie de vivre", confiait sur les lieux une retraitée, Sachiko Konishi.

Dans cette vague de solidarité, une compagnie américaine du secteur a lancé sur internet un appel aux fonds, qui avait déjà réuni plus d'un million de dollars vendredi matin.

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