Japon: la chambre basse du Parlement officiellement dissoute

Le Premier ministre japonais Shinzo Abe (d), et leader du Parti Libéral Démocrate, applaudit à l'occasion du lancement de la campagne électorale, le 21 novembre 2014 à Tokyo
Le Premier ministre japonais Shinzo Abe (d), et leader du Parti Libéral Démocrate, applaudit à l'occasion du lancement de la campagne électorale, le 21 novembre 2014 à Tokyo - © Yoshikazu Tsuno

La chambre basse du Parlement japonais a été dissoute vendredi sur décision du Premier ministre de droite Shinzo Abe, qui use de ce droit discrétionnaire de provoquer des élections anticipées pour une raison que la population a apparemment bien du mal à saisir.

"En vertu de l'article sept de la Constitution, la Chambre basse est dissoute", a déclaré le président de cette assemblée.

"Banzai, banzai, banzai" (longue vie à l'empereur), se sont exclamé les élus en levant les bras au ciel, avant de quitter les bancs de l'hémicycle plus ou moins contents, devant un M. Abe impassible.

"Le droit de dissolution du Premier ministre est inscrit dans la constitution", a défendu cette semaine le porte-parole du gouvernement, devant les critiques qui soulignent le coût astronomique (plus de 60 milliards de yens, ou 400 millions d'euros) d'élections anticipées.

Deux ans après son arrivée au pouvoir et deux ans avant l'échéance normale, M. Abe dit avoir jugé nécessaire de faire usage de ce droit de rompre à mi-parcours le mandat confié aux 480 députés en prenant "la décision lourde" de revenir sur une loi votée en 2012 sur l'évolution de la "TVA nippone".

Il a en effet tranché pour l'ajournement à avril 2017 d'une deuxième augmentation de cette taxe initialement prévue en octobre 2015, constatant que la première depuis 17 ans, intervenue en avril dernier, avait plombé la reprise amorcée un peu plus d'un an auparavant.

"Toute décision relative au système fiscal a une forte influence sur la vie des gens et doit dès lors être validée par les électeurs", a justifié M. Abe.

De nouvelles élections générales pour renouveler les sièges de députés devraient avoir lieu le 14 décembre. Le nombre d'élus passera alors de 480 à 475, en vertu d'une loi de réduction des sièges offerts.

 

De quoi se plaint l'opposition ?

 

D'après un sondage effectué mercredi et jeudi par le quotidien de centre gauche Asahi Shimbun, "65% des électeurs ne comprennent pas le motif" invoqué par le Premier ministre. Seulement 25% disent saisir la raison de ce geste alors qu'il dispose d'une très confortable majorité.

Son Parti Libéral-Démocrate (PLD, droite) contrôle quelque 294 sièges de la chambre basse, et son allié centriste 31, soit un total des deux tiers qui laisse peu de marge à une opposition éparpillée et impopulaire.

En revanche, soulignent des politologues, M. Abe a fait ses calculs: c'est justement parce que les formations rivales défaites il y a deux ans restent en miettes qu'il ne faut pas attendre. Un scrutin maintenant va lui permettre de rééchelonner le calendrier électoral sans prendre un gros risque étant donné l'état de décomposition des adversaires, du moins le pense-t-il.

"Election sans raison", a réagi le représentant du Parti Démocrate de Japon (PDJ) pratiquement réduit à néant au scrutin de 2012.

"Pour quoi, pour qui, que signifie cette dissolution", a renchéri son homologue du Parti de l'Innovation.

Les pro-Abe, eux, font mine de ne pas comprendre l'ire des opposants: de quoi se plaignent-ils, eux qui réclament sans arrêt qu'on écoute la population, disent-ils en substance.

Reste qu'en troublant l'opinion, le Premier ministre s'expose quand même à une possible forte abstention ainsi qu'à de plausibles mouvements d'humeurs d'électeurs qui ne se prononceraient pas sur la question implicitement posée (pour ou contre un report unique de hausse de TVA), mais sur l'ensemble de la politique de M. Abe, dont les questions qui fâchent vraiment.

Parmi elles, figurent la volonté de relancer des réacteurs nucléaires et la réinterprétation de la constitution pour autoriser l'armée nippone à intervenir sur des terrains extérieurs afin d'épauler un pays allié.

Selon le même sondage, la cote de popularité du gouvernement de M. Abe est tombée à 40% après cette décision de dissoudre, pour la première fois sous la proportion des soutiens (39%).


AFP

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK