Japon: face à la récession, Abe prêt à convoquer des élections générales

Le Premier ministre japonais Shinzo Abe (c), le ministre de la Revitalisation économique, Akira Amari (g) et le ministre des Finances, Taro Aso, le 18 novembre 2014 à Tokyo
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Le Premier ministre japonais Shinzo Abe (c), le ministre de la Revitalisation économique, Akira Amari (g) et le ministre des Finances, Taro Aso, le 18 novembre 2014 à Tokyo - © Jiji Press

Le Premier ministre japonais, Shinzo Abe, devrait annoncer mardi l'ajournement d'une deuxième hausse de taxe et provoquer des élections générales pour relégitimer son action face à une récession qui remet en cause les "abenomics".

Après deux ans de discours triomphalistes aux quatre coins du monde, M. Abe est confronté à des difficultés intérieures qu'il va tenter d'endiguer en profitant de l'absence d'opposition.

Il doit rencontrer mardi des experts censés évaluer l'impact d'une augmentation du taux de "TVA nippone", passé de 5% à 8% en avril et qui, selon une loi votée en 2012, devrait être relevé à 10% en octobre 2015.

Toutefois, quel que soit l'avis de ces spécialistes, le Premier ministre semble n'avoir plus guère le choix: les statistiques de croissance sont tombées lundi matin, et elles sont catastrophiques.

Le produit intérieur brut (PIB) du Japon a en effet dévissé de 0,4% au troisième trimestre après -1,9% au deuxième.

Aucun économiste n'avait même osé imaginer que le Japon rechuterait en récession après une première hausse de taxe mal digérée. Même si le Fonds monétaire international (FMI) et le gouverneur de la Banque du Japon (BoJ) n'ont cessé de plaider pour franchir le Rubicon une deuxième mois, il serait politiquement suicidaire de récidiver.

Pour un coup dur, c'en est un, alors même que M. Abe vantait urbi et orbi à travers le monde la réussite de sa stratégie à trois flèches (budgétaire, monétaire, réformatrice).

Placé dos au mur, il ne devrait pas se contenter de différer à des jours meilleurs, vraisemblablement à avril 2017, un passage de la TVA à 10%: il va annoncer dans la foulée qu'il dissout la chambre basse du Parlement, comme il en a le pouvoir discrétionnaire, afin de convoquer les électeurs aux urnes courant décembre.

Il devrait aussi dévoiler un énième plan de relance, de l'ordre de 2.000 à 3.000 milliards de yens (13,5 à 20,5 milliards d'euros) afin de donner un coup de pouce aux dépenses des ménages.

De l'avis général, et même si les groupes d'opposition se disent prêts à en découdre, le Parti Libéral-Démocrate (PLD) de M. Abe n'a pas grand chose à perdre, sinon éventuellement quelques sièges, compte tenu de l'émiettement et du peu d'aura des autres formations et de leurs responsables.

Une conférence de presse du Premier ministre devrait se tenir en fin de journée pour officialiser ses décisions.

Un pari pas si risqué

"Si M. Abe en vient là, c'est l'échec de sa politique qui sera en question", s'est empressé de commenter l'ex-chef de gouvernement de centre-gauche, Yoshihiko Noda. Il y a ne serait-ce que deux semaines, nul n'aurait en effet songé à un tel scénario.

Puis, la machine politico-médiatique s'est emballée: les ténors des différentes formations de majorité et d'opposition, dont ceux du Parti Libéral-Démocrate (PLD) de Yoshihiko Abe, ont dit "sentir souffler un vent de dissolution".

Il y a deux mois, le Premier ministre se félicitait pourtant d'avoir sorti le pays de l'ornière et promettait "de donner un nouvel élan à sa politique économique" via un remaniement.

Depuis tout va de mal en pis, comme si ce changement de têtes de l'exécutif, pour tenter de redresser une popularité fléchissante, avait incidemment créé une coupure: à peine nommées, deux de ses cinq nouvelles ministres ont dû démissionner.

Dans ce contexte, la convocation d'élections anticipées est perçue comme le moyen de conjurer ce mauvais sort.

Yoshihiko Abe dirige depuis le début "avec l'idée d'une possible dissolution à un moment ou un autre", assure un analyste politique de la chaîne NHK, selon qui "maintenant est politiquement le meilleur moment".

"L'opposition est faible et divisée, au pire il perdra quelques sièges", mais le risque est moins grand maintenant que s'il attendait l'échéance normale dans deux ans, renchérit Robert Dujarric, directeur des études asiatiques de l'Université Temple.

AFP

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