Japon: 10 ans après, le fermier qui ne voulait pas quitter Fukushima est toujours là avec ses convictions

Sa ferme se trouve à 14 kilomètres seulement de la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi. Depuis 10 ans pourtant, après le tsunami destructeur et l'accident nucléaire qui en a résulté, il n’a pas bougé d’un pouce. Masami Yoshizawa, ce fermier de Fukushima, est resté ancré sur ses terres avec ses vaches, sa seule famille.

Il n’a jamais écouté les ordres d’évacuation des autorités pour ne pas laisser mourir son cheptel et pour faire passer un message politique. Une équipe de Reuters a retrouvé cet homme aujourd’hui âgé de 67 ans. Son bétail est toujours avec lui et l’homme n’a rien perdu de ses convictions.

J’ai été exposé aux radiations mais j’ai choisi de rester

Masami Yoshizawa aurait pourtant dû évacuer les lieux en 2011, juste après la triple catastrophe quand son village, Namie, s’est retrouvé au cœur de la zone interdite érigée par les autorités japonaises dans la zone la plus touchée autour de la centrale nucléaire. "J’ai été exposé aux radiations mais j’ai choisi de rester ici à tout prix, en gardant mon cheptel explique Masami Yoshizawa. Ce que je veux plus que tout, c’est un monde sans centrale nucléaire. Ce que je fais, c’est aussi faire passer un message politique".

Au mois de mars, un tremblement de terre sans précédent et un terrible tsunami avaient touché le Japon provoquant la mort de près de 20.000 personnes. Les vagues avaient submergé la région et fortement atteint la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi provoquant de graves dégâts au niveau de plusieurs réacteurs. C’était la plus grave catastrophe nucléaire depuis celle de Tchernobyl en 1986.

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L’agriculteur japonais Masami Yoshizawa avec son cheptel, dans la préfecture de Fukushima, le 22 février 2021. © Capture d’écran / Reuters

Son bétail : "un mémorial" selon Masami Yoshizawa

Aujourd’hui, Masami Yoshizawa veille, sans relâche, sur 233 vaches dans sa ferme qu’il a baptisée "le ranch de l’espoir". L’endroit est devenu, à ses yeux, un symbole de la résistance contre le gouvernement japonais et contre l’entreprise qui a construit et exploité la centrale nucléaire de Fukushima.

"J’espère que de plus en plus de personnes vont voir ce bétail comme un mémorial du désastre nucléaire et comme un symbole anti-nucléaire", explique Masami Yoshizawa.

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Une pancarte indique l’arrivée dans le "Ranch de l’espoir". La date de la catastrophe, le 11 mars 2011, est mise en évidence. Photo prise le 22 février 2021. © Capture d’écran / Reuters

"Tout ce que j’ai est ici"

Quand l’endroit est devenu "zone interdite" pendant plus d’un an, beaucoup d’animaux sont morts dans les fermes abandonnées par leurs exploitants. Yoshizawa ne voulait pas que cela puisse arriver à ses vaches même si, évidemment, tout ce bétail touché par les radiations n’a plus aucune valeur économique depuis les évènements de mars 2011.


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Un an après la catastrophe, une équipe de la RTBF avait rencontré Masami Yoshizawa, dans la zone interdite de Fukushima. Sa ferme avait déjà des allures de sanctuaire et il expliquait sa démarche au micro de François Mazure et Garry Wantiez : "On a tous été forcé d’évacuer la zone après la catastrophe expliquait-il. Certains éleveurs voulaient revenir mais ils avaient une famille et ils ne voulaient pas prendre de risques. Moi, je n’ai ni femme, ni enfant. Tout ce que j’ai est ici. Donc mon choix a été de rester pour ne pas que mes bêtes meurent de faim".

Ses vaches, "pour étudier l’impact de la radioactivité"

Quand nous l’avions rencontré, Masami Yoshizawa expliquait pourquoi garder ses vaches en vie pouvait, selon lui, servir à mieux connaître l’impact de la catastrophe nucléaire. "Plutôt que d’abattre mes vaches et les laisser mourir de faim, j’aimerai que le gouvernement réfléchisse à une troisième solution qui serait d’utiliser mes vaches pour des études sur la radioactivité car elles sont déjà contaminées".

Il a encore cet espoir aujourd’hui. Il affirme d’ailleurs qu’il dépense encore plus de 60.000 euros par an pour nourrir ses bêtes. Pour cela il compte sur la solidarité. Il affirme qu’une partie de l’argent provient de dons et qu’il parvient aussi à trouver de la nourriture dans la région auprès de particuliers ou d’entreprises locales.

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La voiture de Masami Yoshizawa est équipée d’un haut-parleur pour lui permettre de crier ses messages aux autorités. Ce jour-là, il s’est arrêté devant les bureaux de TEPCO (Tokyo Electric Power Company), la société japonaise d’électricité qui a construit © Capture d’écran / Reuters

Il manifeste encore aujourd’hui

Si Masami Yoshizawa n’a rien perdu de ses convictions, il n’a pas non plus arrêté de les exprimer sur la place publique. Fin février, il était encore devant les bureaux de TEPCO (Tokyo Electric Power Company), la société japonaise d’électricité qui a construit la centrale nucléaire de Fukushima, pour exiger que les eaux contaminées de la centrale ne soient pas rejetées directement dans l’océan. Un scénario qui est toujours envisagé par les autorités japonaises.

La voiture de Masami Yoshizawa est d’ailleurs équipée d’un haut-parleur pour lui permettre de crier ses messages à haute voix. Ce jour-là, sur sa petite automobile cubique, on pouvait aussi lire une pancarte avec ces mots : "Ne rejetez pas de l’eau contaminée".

10 ans après la catastrophe de Fukushima, Masami Yoshizawa semble plus déterminé que jamais à continuer son "combat"

Extrait de l'émission "7 à la Une" du 05/03/20216

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