J. Hill devant les eurodéputés: "On voit bien qu'il n'est pas fait pour ça"

Jonathan Hill doit hériter de la Stabilité financière et des services financiers au sein de la Commission Juncker, mais a laissé de nombreux eurodéputés perplexes après sa première audition devant le Parlement
Jonathan Hill doit hériter de la Stabilité financière et des services financiers au sein de la Commission Juncker, mais a laissé de nombreux eurodéputés perplexes après sa première audition devant le Parlement - © JOHN THYS

Jonathan Hill, l'aspirant Commissaire qui doit hériter du portefeuille Stabilité et services financiers, est sorti de son audition devant les eurodéputés sans convaincre. C'est en tout cas ce qu'ont affirmé en chœur les trois invités du débat RTBF organisé juste après le premier grand oral du Britannique. Pour Philippe Lamberts (ALE) comme pour Hugues Bayet (S&D) ou Philippe De Backer (ADLE), Jonathan Hill est "absolument charmant" mais son discours était "vide, complètement creux". Il devra repasser une deuxième audition la semaine prochaine, a-t-on appris en soirée mercredi.

Avant cette audition, beaucoup avaient déjà fait part de leur scepticisme quant au choix de charger Jonathan Hill des services financiers au sein de la Commission de Jean-Claude Juncker.

Son passé a fait remonter de nombreuses questions de conflit d'intérêt: fondateur d’un cabinet de consultance, il est surtout jugé proche des intérêts de la City, plutôt eurosceptique et issu d’un pays qui ne fait pas partie de la zone euro.

Les trois invités de notre débat ont toutefois estimé qu'il s'était plutôt bien défendu à ce sujet, gageant d'une transparence sans égal au travers d'une "déclaration d'amour à l'Europe" qui a, selon Philippe De Backer, convaincu les eurodéputés.

Pour le reste par contre, c'est le zéro pointé. Philippe Lamberts affirme qu'"il n'a absolument pas répondu aux questions qui lui étaient posées", quand le libéral Philippe De Backer estime, plus dur encore, qu'"il n’a pas commis d’erreur parce qu’il n’a rien dit".

Philippe Lamberts déclare aussi que Jonathan Hill lui avait confié en privé qu'il n'y connaissait "absolument rien à la régulation financière". Un aveu qu'il n'a pas réitéré en public, continue l'eurodéputé écologiste.

"Il donne l’impression qu’il ne sait pas qu’il y a une crise"

"Est-ce qu'il n'a pas répondu parce qu'il n'en était pas capable ou était-ce un mot d'ordre de la Commission qui réfléchirait encore sur ce qu'on va faire les cinq années prochaines?", demande Philippe De Backer, qui reste perplexe lui aussi: pour le libéral européen comme pour les deux autres invités, l'évaluation de cette Commission doit être basée sur ce qu'elle s'engage à mettre en place pour les années à venir.

Et les questions financières sont pourtant brûlantes: les eurodéputés auraient voulu l'entendre se prononcer sur la proposition d'une scission des métiers bancaires, l'union bancaire, les grosses institutions (les banques "too big to fail"), la question de la gouvernance ou encore sur l'opportunité d'un régime particulier plus léger pour les petites banques. Mais rien, assurent les trois invités.

"Il donne l’impression qu’il ne sait pas qu’il y a une crise", déclare Hugues Bayet. "Il va regarder, observer puis analyser mais on attend d’un Commissaire qu’il vienne avec des solutions", ajoute-t-il.

Résultat: les trois députés veulent demander un vote au terme duquel Jonathan Hill pourrait être soit gardé à ce poste, soit dirigé vers un autre poste, ou tout simplement recalé.

"A priori, ce serait non pour moi", dit Philippe Lamberts en mettant tout de même en garde par rapport au Royaume-Uni, dont il craint de heurter la sensibilité: "Il ne faut pas qu'on leur fasse croire qu'ils nous envoient quelqu'un puis qu'on le recale directement", dit-il.

Mercredi soir, on apprenait que le Britannique devra repasser la semaine prochaine devant les députés européens.

"Hill n'a pas obtenu sa confirmation aujourd'hui. Il sera invité à un nouvel échange de vues public avec la commission des affaires économiques", a indiqué sur son compte Twitter le député Vert allemand Sven Giegold.

"Nouvel échange de vues la semaine prochaine pour Hill. Pas facile d'apprendre cinq ans de régulation financière en 10 jours", a commenté la députée conservatrice britannique Kay Swinburne.

"Ce sera une deuxième chance", a confirmé une source européenne, en estimant que son audition "manquait de contenu".

Jonathan Hill devient ainsi le premier commissaire désigné de l'équipe de Jean-Claude Juncker à ne pas passer avec succès du premier coup l'épreuve du grand oral. Dix candidats ont déjà été confirmés depuis le début des auditions lundi, dont la Belge Marianne Thyssen.

G. Renier avec J. Vlassenbroek

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