J. Attali: "Les réformes proposées par la Commission sont bourrées d'erreurs"

Jacques Attali dans le Grand Oral (RTBF - Le Soir)
Jacques Attali dans le Grand Oral (RTBF - Le Soir) - © RTBF

Jacques Attali était l'invité du Grand Oral Le Soir-RTBF ce samedi midi. L'occasion pour l'économiste de dire tout le mal qu'il pense de la Commission européenne: pour lui, les réformes proposées par la Commission sont "bâclées, bourrées d'erreurs et nourries de l'idéologie libérale extrême".

Jacques Attali, économiste, président et fondateur de PlaNet Finance, ancien conseiller spécial de François Mitterrand met violemment en garde. Dans son dernier livre "Urgences françaises" (Fayard), il lance un cri d'alarme. La France va vers l'abîme, les réformes sont indispensables, profondes, urgentes. Il en profite aussi pour dire tout le mal qu'il pense de la Commission européenne. Il était à Bruxelles cette semaine pour l'ouverture du Colloque organisé par l'Académie et consacré aux urgences de la démocratie européenne.

"Les réformes proposées par la Commission sont bâclées, bourrées d'erreur et nourries de l'idéologie libérale ultra extrême"

La Commission européenne a remis cette semaine ses recommandations budgétaires et de réformes structurelles, aux pays membres. François Hollande, le président français, s'est emporté contre l'ingérence de la Commission. Le PS belge fait de même. Alors, la Commission, dans son rôle ou pas? "Les réformes qui sont proposées là sont peu nombreuses, bâclées, dignes d'un élève de 2e année de licence, très incomplètes. Beaucoup sont bourrées d'erreurs et nourries d'une idéologie libérale ultra extrême qui, jusqu'à preuve du contraire, dans les pays qui l'ont appliqué, n'ont pas fait flores. Donc, je pense que la Commission fait une erreur politique majeure qui s'explique à mon avis très profondément par le fait que nous n'avons pas encore pris conscience qu'il y a deux Europe. Il y a une Europe à 27 ou 28 qui est une Europe d'Etat de droit, qui est tout à fait nécessaire mais qui n'est pas l'Europe qui doit construire une zone commune, c'est l'Eurozone, la Zone Euro qui doit le faire".

Nationaliser la sidérurgie? "Idiot à l'échelle nationale, la solution doit être européenne"

La sidérurgie en Europe semble relever d'un modèle qui a vieilli. Les politiques ont-ils raison de vouloir sauver ce qui peut l'être? En Belgique, les autorités wallonnes évoquent une nationalisation pour Arcelor? "Pour que la sidérurgie soit aujourd'hui pensée globalement en Europe, la seule solution serait une nationalisation à l'échelle de l'Europe. Je serais partisan de faire revivre la CECA. Il faut aujourd'hui redonner vie à une stratégie européenne".

Si ces portages et ces nationalisations se font à l'échelle nationale en Belgique et parfois en France, ça ne marchera pas? "Non, ça ne marchera pas. Ça ne sert à rien, parce que les entrepreneurs iront ailleurs, on ne sera pas à l'abri des critiques. Il faut penser monde, 7 milliards d'habitants aujourd'hui, 9 milliards dans 20-30 ans, il faut penser monde et seule, l'Europe est à la hauteur de l'enjeu".

"La Commission est un commentateur des marchés"

"La Commission devrait incarner l'Europe, bien sûr et je ne demanderais que ça. Mais incarner l'Europe, ce n'est pas incarner un commentaire impuissant de la réalité des marchés et la Commission ne fait que ça. Elle fait le commentaire impuissant de la réalité des marchés. Elle dit: 'ah mais les taux d'intérêt sont bas, donc vous pouvez prendre 2 ans' mais elle n' est pour rien dans le fait que les taux d'intérêt sont bas!"

Syrie: "On aurait dû intervenir beaucoup plus tôt, comme en Libye"

Votre point de vue sur la situation en Syrie, où l'approche européenne là aussi est inexistante? "C'est une situation extraordinairement difficile où on aurait dû agir beaucoup plus tôt". A la manière de la Libye comme Sarkozy l'avait fait? "Sans aucun doute". Avec donc une intervention militaire sur place? "Oui, sur place, avant qu'on ne laisse se constituer des milices qui installeront un régime qui sera dans la théocratie, pire ce que ce que le régime de Bachar el Assad fut, et dans la laïcité. La seule vraie solution serait une intervention conjointe entre les Russes et l'OTAN pour tenter de mettre une zone de tampon entre les combattants".

"L'unité belge est fondamentale pour l'Europe"

Pour Jacques Attali, c'est une absolue certitude: "Si la Belgique ne maintient pas son unité, comment peut-on espérer que l'Europe la maintienne? La Belgique, c'est un petit peu comme l'oiseau au fond de la mine, si l'oiseau s'asphyxie, c'est que tout le monde va mourir d'un coup de grisou. Donc l'unité belge est fondamentale, non seulement pour la Belgique, non seulement pour l'Europe mais aussi pour le monde. Parce que si l'Europe ne maintient pas son unité, alors, la balkanisation du monde nous conduira à de lourdes difficultés. Vous portez cette responsabilité. Si vous n'êtes pas, vous, capable de maintenir une unité et une façon de vivre ensemble, comment peut-on l'espérer à l'échelle de l'Europe et du monde ?"

Béatrice Delvaux

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