Italie: un Premier ministre improbable dont le gouvernement est déjà en sursis

Les deux partis italiens, Mouvement 5 étoiles, un parti anti-système, et la Ligue, parti d’extrême droite, ont proposé au président de la République italienne le nom de Giuseppe Conte comme président du conseil italien, l’équivalent de notre Premier ministre. L’option d’un gouvernement italien géré par un parti anti-système et un parti d’extrême droite, se précise. Pour Alberto Toscano, journaliste italien et écrivain (" Un vélo contre la barbarie nazie "), cette perspective provoque de l’inquiétude.

Mais il le rappelle, il s’agit d’un gouvernement représentatif des deux partis qui ont choisis par les électeurs italiens lors des élections du 4 mars dernier. "Ils ont donc la majorité parlementaire et, s’ils ont la bénédiction du président de la République, les choses paraissent désormais pratiquement acquises. Ils ont le droit de gouverner. Ensuite, ceux qui ont critiqué le système et ils vont découvrir que deux plus deux font quatre."

Guiseppe Conte: la première contradiction des vainqueurs

Le nom du futur Premier ministre, Giuseppe Conte ne laisse pourtant pas de surprendre le journaliste. "Je le connaissais de nom, en tant que juriste, mais ce n’était pas une personnalité spécialement éminente de la vie politique ou sociale italienne. C’est un technocrate, et là aussi on a une première contradiction de ce gouvernement, parce que les deux partis ont toujours dit et répété que jamais ils n’auraient choisi un modèle technocratique pour diriger l’Italie."

Les deux partis n’ont pu s’entendre sur la composition du futur gouvernement et ont choisi un technocrate.

Plate-forme programmatique

Le Mouvement 5 étoiles et la Ligue ont réussi à se mettre d’accord sur une plateforme programmatique commune. 58 pages qui ont été plébiscitées par les militants des deux partis. Alberto Toscano y voit des choses étonnantes : Il y a une diminution drastique du nombre de fonctionnaires, mais aussi l’interdiction de nommer des ministres condamnés pour corruption, ou encore ceux qui appartiennent à la franc-maçonnerie.

Ca frôle le gag

Sur la franc-maçonnerie, " cela frôle le gag ", ironise le journaliste : "Outre une attitude franchement odieuse et discriminatoire, c’est  vraiment de la pure démagogie.  En ce qui concerne les ministres éventuellement condamnés, ce n’est pas une règle italienne, ça existe aussi en France, donc il n’y a en réalité rien de spécialement nouveau. Par contre, il y a deux points extrêmement sensibles. Le premier est la contradiction dans le programme qu’ils ont signé entre le pari de la Ligue, qui est de baisser les impôts, et le pari du Mouvement 5 étoiles, qui est d’augmenter la dépense publique à travers toute une série d’aides sociales, et en particulier le revenu de citoyenneté.". Concrètement, il s’agirait d’un revenu universel de l’ordre de 780 euros par mois. Difficile à concevoir dans la perspective d’une baisse des impôts.

"Ces deux éléments sont évidents de contradiction. Si le programme était appliqué, la dépense publique italienne augmenterait entre 65 et 110 milliards d’euros par an. Un pays fortement endetté comme l’Italie ne peut manifestement pas se permettre ce choix de payer le prix de cette contradiction qui augmenterait de façon sensible le déficit et donc la dette publique italienne."

Un sujet d’inquiétude pour l’Europe

Pour Alberto Toscano, l’Europe doit être inquiète de toute une série de phénomènes qui se passent dans plusieurs pays européens, dont l’Italie.  "Le problème n’est pas l’Italie en tant que telle, le problème est l’inquiétude généralisée des opinions publiques européennes à ce moment particulier de crise économique qui continue en réalité, et même d’une certaine perte d’horizon sur le plan des valeurs."

Pas plus d’un an

Une des spécialités italiennes est son instabilité gouvernementale, avec des gouvernements qui, parfois, ne tiennent pas plus de 15 jours. Alberto Toscano
pense que ce gouvernement-ci tiendra difficilement plus d’un an. "Cela a la validité d’un horoscope, mais je vois une forte probabilité, d’élections anticipées pendant l’année 2019, parce que le programme est difficile à appliquer et que les deux partis seront en lutte continue entre eux."

 

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