Italie : un laboratoire belge pour dépister le Covid-19

C’est une première en Europe. Un laboratoire mobile connecté grâce à l’Agence Spatiale Européenne effectue pendant deux mois des tests sérologiques du coronavirus à Turin, en Italie, pour vérifier l’évolution de l’épidémie sur la population.

C’est un entrepôt situé dans la périphérie de Turin qui a été transformé en laboratoire mobile. A l’extérieur, les premiers candidats attendent car, pour la première fois depuis le début de l’épidémie, ils vont être soumis au test pour la recherche des anticorps. Tous ont travaillé en première ligne pendant l’épidémie dans le Nord de l’Italie. La plupart sont des volontaires de la Protection civile ou des associations d’anciens carabiniers qui ont aidé les autorités italiennes depuis la fin du mois de février pour maintenir l’ordre dans les différentes zones rouges du pays. "Moi je devais intervenir pour éviter les attroupements pendant le confinement" explique l’un d’entre eux, "donc j’ai été en contact avec beaucoup de personnes mais je ne pense pas être positif."

À l’intérieur de l’entrepôt, l’équipe de chercheurs, tous venus de Belgique, sous la tutelle du professeur Jean-Luc Gala de l’UCLouvain, est fin prête à commencer sa mission qui doit durer deux mois. "Ici, on va réussir à cartographier un patient en une seule journée", explique Jean-Luc Gala "et c’est ce qui est intéressant, car les gens ne veulent pas attendre pendant trois ou quatre jours les résultats. Ils ne veulent plus être confinés, si le test rapide est positif aux anticorps, dans l’attente de faire le frottis. En Italie, si le test sérologique est positif, la personne est placée en quarantaine en attendant de faire le test Covid. Et donc beaucoup refusent de faire la recherche des anticorps et du coup pour les autorités c’est un problème pour connaître le pourcentage de population qui a été contaminée sans le savoir. Dans notre laboratoire tout est plus rapide."


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Tester vingt mille personnes en deux mois, à la demande des autorités italiennes, c’est donc le défi du laboratoire mobile B-Life. Premier passage, la recherche des anticorps grâce à un test rapide développé par l’entreprise belge Zentech. "Pour nous cette expérience de recherche appliquée nous permet de tester nos produits en situation réelle" explique Jean-Claude Havaux, président de l’entreprise de biotechnologie, "de vérifier si ils peuvent être confirmés ou s’ils doivent être modifiés, et surtout cela nous permet de participer à d’autres programmes de recherches qui impliquent les kits que nous préparons."

La carte épidémiologique du coronavirus

Quelques gouttes de sang, et le test indique si la personne a été contaminée à un moment ou un autre de l’épidémie. "Je tiens à le faire, d’abord pour ma sécurité personnelle, car j’ai été volontaire dans plusieurs endroits contaminés du pays", explique cet homme qui est un volontaire de la Protection civile. Pour les autorités italiennes, le laboratoire mobile venu de Belgique leur permettra de réaliser la carte épidémiologique du coronavirus, quels endroits de là région ont été plus touchés que d’autres.

Daniele Caffarengo est le responsable de l’unité de crise à Turin, et il espère qu’un laboratoire identique pourra un jour être créé en Italie. "Pour nous, l’aide de ce module est très intéressante car dans la première phase de l’épidémie, en pleine urgence, nous n’avons pas eu la possibilité de faire des tests rapides à toutes ces personnes qui se sont portées volontaires et qui nous ont vraiment aidé à affronter la crise du Covid." Le Piémont est la troisième région plus durement touchée par l’épidémie, avec trente et une mille personnes positives et plus de quatre mille décès. Le manque de tests a été durement critiqué par la population.

Le support de l’Agence Spatiale Européenne

Ce qui fait de  B-Life un laboratoire unique en son genre, c’est qu’il fait partie d’un réseau de laboratoires mobiles en Europe, mais surtout qu’il est le seul à être financé et équipé par l’Agence Spatiale Européenne. Dans une tente d’opérations, non seulement les machines des laboratoires médicaux sont adaptées aux déplacements mais du matériel de communication fourni par l’ESA permet aux biologistes de communiquer les résultats en temps réels. "C’est  vrai que ce n’est pas vraiment le rôle de l’agence de soutenir des missions humanitaires mais ici nous sommes dans le soutien de la recherche médicale" explique Arnaud Runge, ingénieur médical de l’ESA, "l’aide des technologies spatiales et du réseau satellitaire de l’agence augmente l’efficacité du laboratoire, soit quand il doit être déployé dans des endroits bien plus compliqués pour les télécommunications, par exemple en Afrique dans le cas d’Ebola, ou bien dans l’exemple actuel, le confinement ne permet pas le déplacement des scientifiques, et donc nous évitons la prise de risque dans le cas des épidémies."

Tout en aidant les autorités régionales du Piémont, la mission en Italie permet surtout de tester des protocoles qui seront utiles lors des prochaines épidémies, notamment sur la collaboration entre les pays. L’Organisation mondiale de la santé, l’OMS, s’intéresse  au projet des chercheurs belges et espère que le laboratoire pourra être transporté vers des zones plus critiques touchées par l’épidémie.

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