Italie: un an après la chute du Pont Morandi

Il y a tout juste un an, le Pont Morandi, un immense viaduc autoroutier construit il y a plus de cinquante ans s’écroulait à Gênes, provoquant la mort de 43 personnes, pour la plupart les occupants des voitures et camions qui passaient sur le pont au moment où l’une des piles et les tirants cédaient entraînant tout le viaduc.

Un an après, à 11h36 exactement ce mercredi, une cérémonie d’hommage aux victimes est prévue en présence du Président de la république italienne, Sergio Mattarella, du Président du conseil, Giuseppe Conte et de plusieurs ministres malgré la crise politique en cours.


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Mais depuis un an, ce sont les habitants des quartiers qui vivaient sous le pont qui ont le plus souffert. Isolés du reste de la ville à cause des tonnes de débris qui encombrent les rues. Le système des indemnités financières a aussi divisé la population. Les habitants qui ont dû abandonner définitivement le quartier, ont reçu une somme proche de deux cent mille euros, les autres de vingt mille à quatre mille euros en fonction de leur situation par rapport au pont.

Angelo Russo, un retraité, nous emmène dans sa rue, à une centaine de mètres du chantier. "Vous voyez cet immeuble, c’est la limite, les derniers immeubles qui ont reçu des indemnités pour les nombreux désagréments et nous, qui habitons la même rue, mais juste en face, nous n’avons rien reçu, rien ! Les numéros pairs ont reçu quatre mille euros et les impairs rien, alors que la poussière et le bruit sont les mêmes pour nous et pour eux."

Pendant 46 ans, Angelo et Tina ont vécu près du pont, ils se sentent exclus alors qu’ils vivent à proximité du chantier et doivent supporter le bruit jour et nuit et la poussière. Mais surtout, ils n’arrivent pas à oublier la catastrophe, ils sont psychologiquement touchés. "Mon téléphone a sonné, c’était ma femme, elle m’a dit : 'Angelo, le pont est tombé il y a un tas de morts'. Un désastre, elle était vraiment tout près, elle a entendu comme une bombe, le pont qui tombait, une chose terrible."

Tina, elle, considérait le pont comme un frère. Le voir la rassurait lorsqu’elle ouvrait ses fenêtres, dit-elle, mais la démolition des immeubles proches lui a fait perdre ses meilleures voisines. "Elles sont toutes parties dans un autre quartier, et elles ne reviennent jamais, c’est toute une vie d’amitiés perdues avec le pont."

50 millions de tonnes de débris

Car depuis un an, le quartier vit au rythme de la démolition du pont et des immeubles qui se trouvaient sous le viaduc. Un millier d’habitants a dû quitter le quartier, et 50.000 tonnes de bétons armés encombrent les rues depuis l’explosion qui a détruit le pont.

Federico Romeo, le président de la municipalité du quartier, ne comprend pas les choix du maire de Gênes qui est aussi le commissaire à la reconstruction. "La chose absurde dans toute cette histoire de la démolition du pont Morandi est qu’ils ont démoli le pont à l’explosif sans avoir décidé auparavant où stocker les tonnes de débris qui sont au sol ! De plus, il y a une infime partie d’amiante dans le béton armé, donc ils ne peuvent pas le mettre où ils veulent, ce sont des déchets spéciaux."

Ces tonnes de béton seront peut-être jetées en mer pour agrandir les bassins du port de Genes, les habitants du quartier devront subir le va-et-vient de milliers de camions mais le maire, Marco Bucci, leur promet que le nouveau pont sera terminé pour le mois d’avril 2020. "Nous voulons prouver que nous sommes capables de faire les choses et nous voulons que la reconstruction du pont se fasse en un temps record pour montrer au monde les grandes capacités des ingénieurs italiens."

Un nouveau pont signé Renzo Piano

Le projet signé par l’architecte Renzo Piano, génois de naissance, devrait symboliser les quarante-trois victimes de la catastrophe. Les premiers morceaux du viaduc sont déjà en construction. Le coût de la démolition est de dix-neuf millions d’euros, et il faudra deux cent vingt millions pour réaliser le nouveau pont.

Mais pour les habitants du quartier Certosa, un an après la catastrophe, l’événement le plus important est sans doute l’ouverture de la rue qui relie le quartier au reste de Gênes. Pour la première fois, les habitants repassent où se trouvait le pont ; c’est comme une libération, émus de retrouver un lieu habituel mais qui ne ressemble plus à leurs souvenirs. "Ça fait vraiment beaucoup d’effet, nous avions de nombreux amis qui habitaient ici et quand nous étions jeunes nous venions voir le pont", dit un voisin, "finalement cela me rend très mélancolique de repasser ici".

L’enquête judiciaire sur la catastrophe du pont Morandi est toujours en cours. Septante et une personne sont inculpées, employés et dirigeants de la société Autostrade qui avait en charge la concession de ce tronçon d’autoroute, et du ministère des infrastructures qui devait contrôler la maintenance. "Avec tout ce que j’ai lu après la chute du pont, si j’avais su cela avant, j’aurais, depuis des années, emprunté une autre route pour venir au palais de justice", a déclaré le procureur de la république en charge de l’enquête.

La cause de l’effondrement n’est pas encore connue mais les rapports parlent d’un manque de contrôle au cours des vingt-cinq dernières années pour certaines parties du pont. La NASA et l’Agence spatiale européenne ont aussi révélé dernièrement que la déformation de la structure du pont a commencé en 2015, pour atteindre des oscillations de neuf centimètres en 2017 et 2018.

Le rapport n’a pas encore été ajouté aux preuves de l’enquête et la date du procès n’est pas encore connue.

Explosion des restes du pont de Gênes (28/06/2019)

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