Italie: Silvio Berlusconi, partira, partira pas?

"Silvio Berlusconi l'a répété encore cette nuit à ses plus proches conseillers, il n'en est pas question, il veut regarder dans les yeux ceux qui le trahiront. Voilà ce qu'il a dit. Qu'est-ce que cela signifie ? Cela signifie que Silvio Berlusconi, s'il doit tomber, tombera au Parlement, avec un vote de méfiance de la part de ceux qui ne croient plus en lui, qui ne croient plus qu'il est capable de mener à bien ce pourquoi il a été nommé, donc Premier ministre, et faire des réformes surtout pour le pays.

Donc de démission, il n'est pas question même si, c'est vrai qu'hier, la Bourse de Milan a donné la preuve que cette démission de Silvio Berlusconi pourrait donner un bol d'air pour l'économie italienne, en tout cas pour quelques semaines puisque hier, à peine les rumeurs de démission couraient-elles sur Internet, que la probabilité d'un retour en positif des Bourses se faisait sentir, pour après ralentir après les démentis de Silvio Berlusconi."

Cette rumeur a été perçue par certains comme une stratégie des proches de Silvio Berlusconi...

"En effet, certains disaient que c'était une stratégie pour faire remonter les Bourses, un lundi difficile pour Silvio Berlusconi puisqu'on savait qu'il était revenu du G20 avec une image désastreuse et donc pensant peut-être aider le Cavaliere. Cela semble tout à fait infondé. Il semble plutôt que ce soit une interview d'un sous-secrétaire d'Etat à la Défense, qui aurait expliqué à un journaliste les différentes scénarios possibles avec, notamment, le scénario de la démission, et un journaliste aurait fait courir sur Twitter ces rumeurs de démission. La rumeur de la presse et du monde entier, a fait le reste, voilà en clair."

Sur quoi, les députés doivent-ils voter exactement tout à l'heure ?

"Alors aujourd'hui, c'est un vote un petit peu technique puisqu'il s'agit de voter sur le compte-rendu du budget 2010. C'est un vote que tous les Parlements démocratiques doivent faire, un vote qui, il y a 2-3 semaines, a été rejeté par le Parlement italien, non pas vraiment par volonté politique mais plutôt par manque de députés présents au Parlement. Donc Silvio Berlusconi doit représenter ce texte.

Techniquement, ce texte doit passer, sinon les comptes de l'Etat italien ne sont pas valables pour l'année dernière, donc tout le monde appelle évidemment à la conscience politique pour voter ce texte. Le texte en soi n'est pas important.

Ce qui est important, c'est que Silvio Berlusconi va pouvoir faire ses comptes. Il va pouvoir savoir qui est encore avec lui. Alors la presse dit qu'il lui reste 310 députés avec lui sur 344, je vous rappelle, qui étaient avec lui au début de la majorité, au début donc de son parcours gouvernemental. Il y en a beaucoup, ces derniers jours, qui ont dit en effet qu'ils ne croyaient plus que Silvio Berlusconi soit capable de faire ce qu'il avait promis et qu'ils passaient dans les rangs de l'opposition.

Silvio Berlusconi a passé des coups de téléphone toute la nuit pour essayer de rattraper ces brebis égarées ; on verra aujourd'hui s'il les a rattrapées. Il a déjà déclaré qu'après ce vote, il prendrait sa décision sur demander la confiance du Parlement, une fois de plus ou non."

Pourquoi Silvio Berlusconi a-t-il perdu aujourd'hui la confiance de ses proches, alors qu'il est en difficulté depuis des semaines?

"Eh bien, il semble que ses proches soient convaincus que Berlusconi s'est beaucoup plus attaché à résoudre ses problèmes personnels et judiciaires, avant de résoudre les problèmes du pays.

On le sait, en 2009, après le tremblement de terre de l'Aquila, Berlusconi était vraiment au sommet de sa gloire, il était très populaire en Italie et puis ça a été la chute libre avec les scandales sexuels qui évidemment en ont heurté plus d'un même au sein de son propre parti et puis surtout avec cette crise économique où il a montré qu'il était incapable de faire passer les réformes nécessaires.

Mis sous pression par le FMI et l'Union européenne, il doit maintenant rassembler les rangs et il ne semble toujours pas capable de le faire. Certains considèrent qu'il aurait mieux fait de faire un pas de côté, de laisser une personne de son propre parti reprendre les rênes du gouvernement pour aller tout doucement vers les élections mais ce n'est pas du tout dans les habitudes de l'homme de faire les choses doucement. Berlusconi a vécu sa vie politique avec fracas et veut sortir avec fracas, apparemment."

Certains ont comparé l'Italie à la Grèce et parlent d'un gouvernement d'union nationale, on parle même de Mario Monti, l'ancien Commissaire européen pour reprendre le flambeau, est-ce que c'est un scénario possible ?

"Oui, il y a beaucoup de scénarios qui courent pour le moment dans la presse ; maintenant il est évident que l'opposition de gauche a aussi son mot à dire dans le cadre d'un gouvernement national. Eux-mêmes ont déjà refusé différents scénarios.

Il faut dire que l'Italie n'est pas comme la Grèce parce qu'elle ne prend pas des fonds de l'Union européenne et du FMI et donc si elle est mise sous surveillance, elle n'est pas, je dirais, obligée de faire un gouvernement d'union nationale pour faire passer les mesures économiques. La seule chose que l'Union européenne lui demande, c'est de faire passer les mesures, et le plus rapidement possible. Pour le moment, c'est un peu difficile.

Donc, les scénarios semblent plutôt se diriger vers une mise en minorité du gouvernement dans les jours ou dans les semaines qui viennent. Certains estiment que Silvio Berlusconi pourrait encore essayer d'atteindre la période de Noël, ensuite, avec des élections en début d'année prochaine. Cela semble le scénario peut-être le plus plausible mais également le plus redouté pour toutes les formations politiques qui ne sont pas prêtes ni au niveau du programme ni au niveau des hommes à présenter. Et donc pour l'Italie, ce serait le scénario catastrophe, car je vous le rappelle, chaque jour qui passe, la dette italienne augmente de plusieurs milliards puisque le taux différentiel entre les bons du Trésor italiens et ceux allemands, évidemment, augmentent, ce qui coûte plus cher au pays."


RTBF

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