Italie: le Sénat a voté, Silvio Berlusconi est destitué

Italie: le Sénat a voté, Silvio Berlusconi est destitué
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Le Sénat italien a voté, ce mercredi après-midi, la destitution de Silvio Berlusconi, leader du Parti Forza Italia. Les partisans de ce dernier se rassemblaient, quant à eux, dans les rues de Rome, pour le soutenir. Il aura dirigé pendant près de 10 ans son pays, une "success story" à l'italienne marquée par de nombreux déboires, entre grandeur et décadence.

L'ex-chef du gouvernement italien Silvio Berlusconi a été déchu mercredi de son poste de sénateur, une première après vingt ans passés au Parlement, à la suite d'une condamnation définitive à un an de prison pour fraude fiscale. Le président du Sénat, Pietro Grasso, a fait cette annonce après les rejets par le Sénat, au cours de plusieurs votes successifs, des divers documents visant à contrecarrer la déchéance du Cavaliere.

Le président du Sénat, Pietro Grasso, a fait cette annonce après les rejets par le Sénat, au cours de plusieurs votes successifs, des divers documents visant à contrecarrer la déchéance du Cavaliere.

Une manifestation de soutien

"Aujourd'hui, en vous regardant dans les yeux, je vois que l'émotion n'est pas seulement la mienne mais aussi la vôtre", a-t-il dit, en remerciant les milliers de partisans rassemblés pour le soutenir devant sa résidence romaine. "C'est un jour de deuil pour la loi, le droit, la démocratie", a-t-il répété.

"La magistrature communiste a ouvert la route à la conquête du pouvoir par la gauche", a poursuivi le Cavaliere, en s'indignant d'avoir été l'objet de "57 procès" à son encontre, ce qui lui "a coûté beaucoup d'argent, beaucoup de temps". "Aucun leader politique n'a jamais subi une persécution comme celle que j'ai vécue", a dit l'ex-chef du gouvernement, évoquant même "un peloton d'exécution".

"Le dirigeant du centre-droit n'est plus sénateur", mais "même sans être parlementaire, on peut continuer à combattre pour notre liberté", a-t-il clamé devant ses partisans enthousiastes. "Je ne me retirerai pas dans un couvent, nous sommes ici, vous êtes ici, nous serons là", a-t-il martelé, tandis que ses partisans criaient "Silvio, Silvio".

Grandeur et décadence

Celui que l'on surnomme le "Caïman", en raison de sa capacité à encaisser les coups durs, a d'avance qualifié de "coup d'Etat" le vote des sénateurs pour son exclusion du Parlement qu'il n'a jamais quitté depuis près de 20 ans.

Fils d'un employé de banque milanais, né le 29 septembre 1936, Silvio Berlusconi commence à travailler en tant qu'animateur sur des bateaux de croisière où, jeune homme au physique avantageux, il chante et, déjà, raconte des histoires drôles. Après avoir obtenu une licence de droit, il se lance dans les affaires: commence alors une irrésistible ascension qui soulève des interrogations quant à l'origine de sa fortune, la première d'Italie pendant dix ans, sur laquelle il est toujours resté flou.

Mais c'est surtout dans le secteur de la télévision que s'exprime le génie créatif de ce grand communicateur, qui n'hésite pas, dans les années 80, à saupoudrer ses programmes de femmes dénudées, pour plaire au public. La holding de la famille Berlusconi, Fininvest, comprend trois chaînes de télévision, des journaux, les éditions Mondadori, mais aussi, cerise sur le gâteau pour ce fan de football, le Milan AC, équipe championne d'Italie en 2011.

En 1994, le "Cavaliere" - il a été le plus jeune chevalier de l'ordre du travail - se lance en politique. En quelques semaines, il monte Forza Italia (Allez l'Italie ! ) et remporte les élections. Lâché par ses alliés, son gouvernement s'écroule au bout de sept mois. En 2001, il reconquiert le pouvoir qu'il conserve jusqu'en avril 2006, un record depuis l'après-guerre.

Usé par ces cinq années, il est battu d'extrême justesse aux élections, mais prend une revanche éclatante deux ans plus tard, s'installant aux commandes pour la troisième fois.

En novembre 2011, il doit toutefois céder, sous les huées, les rênes d'une Italie en proie à une grave crise financière à l'économiste Mario Monti. Mais au printemps 2013, il ressurgit sur la scène politique en raflant un tiers des voix au Parlement, un score qui contraint la gauche à une alliance compliquée avec son ennemi historique.

Début octobre, il subit toutefois un camouflet de la part de ses propres troupes, lorsque son ex-dauphin Angelino Alfano refuse de faire tomber le gouvernement. S'en suivra une scission entre ses fidèles au moment où le milliardaire, 77 ans, est le plus affaibli par ses déboires judiciaires.

Car le 1er août, il est pour la première fois condamné de façon définitive: sa peine de quatre ans de prison dans l'affaire Mediaset, dont trois supprimés par une amnistie, est confirmée par la Cour de cassation. Il devrait l'effectuer en 2014, sous forme de travaux d'intérêt général.

Comme il l'a fait pendant toutes ces années dans ses nombreux procès, il se pose en victime des "toges rouges". Malgré les avanies, le Cavaliere reste très soucieux de son apparence: cheveux teints, bronzage éternel grâce à une épaisse couche de fond de teint, il a recours sans complexe à la chirurgie esthétique.

Son goût assumé pour les jolies femmes, dont des call-girls, finit par lui valoir au printemps 2009 une fracassante demande de divorce. Ainsi qu'une récente condamnation à sept ans de prison - contre laquelle il a fait appel - pour prostitution de mineure et abus de pouvoir, avec pour héroïnes la jeune Marocaine "Ruby" et les fêtes dites "bunga-bunga".

Père de cinq enfants issus de deux mariages et plusieurs fois grand-père, ce personnage hors du commun, "fiancé" depuis près de deux ans avec une jeune femme de 28 ans, déchaîne chez ses compatriotes l'adulation inconditionnelle ou la haine viscérale.

Hyperactif, dormant peu, victime d'un malaise en novembre 2006, il s'était fait implanter un stimulateur cardiaque aux Etats-Unis.


RTBF, avec agences

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