Dans le sud de l'Italie, un adolescent sur trois risque de ne plus retourner à l'école après la pandémie de coronavirus

Italie : l'école, première victime de la pandémie
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Italie : l'école, première victime de la pandémie - © VINCENZO PINTO - AFP

Dans le sud de l’Italie, la pandémie a un effet très négatif sur l’éducation scolaire. C’est en effet l’un des pays où les écoles ont été fermées le plus longtemps.

Au nord de Naples, les immeubles dégradés de Caivano sont souvent qualifiés de supermarché de la drogue. Cette semaine encore, la police a arrêté une cinquantaine de personnes pour trafic de drogue, dans le groupe, une dizaine d’adolescents, surnommés les "babys dealers".

Pourtant, au cœur de ce quartier dominé par la Camorra (la mafia napolitaine), une école fait de la résistance. Chaque matin, la directrice sort en rue pour encourager les élèves à entrer. Mais sur neuf cent dix élèves inscrits à l’institut supérieur Moreno de Caivano, beaucoup ne sont plus revenus en classe depuis le début de la pandémie.

"Nous avons perdu entre 150 et 180 étudiants, les plus fragiles. Ceux qui venaient un jour oui, un jour non déjà avant, mais qui désormais sont sortis complètement de nos radars à cause de la pandémie", explique la directrice Eugénia Carfora. "Je pense que les écoles n’auraient jamais dû être fermées."

Elle passe de classe en classe d’un pas décidé, chaque jour elle contrôle les présences, car si le décrochage scolaire a toujours existé dans le sud de l’Italie, la pandémie n’a rien arrangé. "Ici en Campanie, nous avons un gouverneur qui a fermé les écoles très rapidement cette année, les élèves ne sont revenus en classe que depuis le 2 février. Ils sont venus du 25 septembre au 15 octobre et puis la région a tout fermé !".

Pour compenser, le ministère a obligé un système de didactique à distance, par ordinateur. Un vrai défi dans ces zones défavorisées.

Paolo Pone, responsable de l’informatique dans l’école estime que les cours perdus ne seront jamais récupérés. "Vous savez ici, ils ont suivi les cours de chez eux en utilisant leur téléphone portable, et souvent les parents ont des problèmes économiques pour payer les abonnements de téléphones."

Une étude estime que 61% seulement des élèves du secondaire ont eu accès à l’éducation en février. Sept cent mille étudiants seraient hors parcours.

La didactique à distance solidaire

Le nouveau gouvernement estime que l’école doit redevenir une priorité malgré le risque de contagion. Une enveloppe d’un milliard et demi d’euros sera investie pour améliorer les instituts techniques, une source de croissance économique pour l’Italie. Désormais l’échec de la didactique à distance est reconnu par tous. A Naples, il y a quinze ans que Cesare Moreno a créé, l’association "Maestri di strada" qui lutte contre l’abandon scolaire. Au début de la pandémie il a loué, "Il Cubo", une école abandonnée, pour la mettre à disposition des jeunes.

"Ici, les maisons sont toutes petites et en très mauvais état. Beaucoup de logements n’ont qu’une ou deux pièces. Alors pour un jeune, être enfermé chez lui pour étudier des heures durant, ce n’est jamais bon, mais ici c’est encore pire, avec des parents qui sont parfois en prison, ou qui ont de graves problèmes économiques", explique cet instituteur à la retraite qui fait de la pédagogie sa mission de vie, "alors ici les jeunes peuvent venir, et ils suivent les cours à distance dans de meilleures conditions."

Deux cents jeunes ont participé à cette "didactique à distance solidaire", pour éviter qu’ils n’abandonnent tout simplement l’école. "Avec l’association, nous les récupérons quand ils risquent de finir à la rue. Les écoles possèdent une liste de noms et prénoms, et dans cette liste nous cherchons ceux qui ne vont déjà plus en classe. Mais la pandémie a poussé beaucoup de ces jeunes à baisser les bras, et surtout leur esprit n’est plus en phase avec l’école. Pour les récupérer le gouvernement devrait engager des milliers d’enseignants, et en mettre un pour un groupe de cinq ou dix élèves maximum, le seul moyen pour récupérer les matières perdues."

Dans le sud de l’Italie, un adolescent sur trois risque de ne plus retourner à l’école après la pandémie.

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