Israël privé d'un "épouvantail" bien commode, Ahmadinejad

L'ex président iranien Mahmoud Ahmadinejad le 17 avril 2013 à Accra
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L'ex président iranien Mahmoud Ahmadinejad le 17 avril 2013 à Accra - © Pius Utomi Ekpei

Avec le départ de Mahmoud Ahmadinejad et l'arrivée d'un modéré à la tête de l'Iran, Israël perd son "épouvantail". Un adversaire terrible aux yeux d'Israël, mais pourtant bien pratique, selon des experts israéliens, quand il s'agit de persuader des alliés occidentaux de recourir à l'option militaire contre le programme nucléaire iranien.

"Qu'allons-nous faire sans l'épouvantail, le fanatique Ahmadinejad ? Qu'allons-nous devenir sans le 'Hitler perse' ? Nous allons soit devoir revenir à la réalité, soit nous trouver rapidement un nouveau Satan", ironisait dimanche le quotidien à grand tirage Yediot Aharonot.

Depuis l'annonce de la victoire surprise de Hassan Rohani, un religieux considéré comme modéré, à la présidentielle iranienne, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu et les faucons de son gouvernement sont montés au créneau pour répéter que cette élection ne changeait pas la donne et qu'il fallait maintenir la pression sur Téhéran.

"La communauté internationale ne devrait pas se bercer d'illusions et être tentée d'alléger la pression exercée sur l'Iran pour qu'il cesse son programme nucléaire", a plaidé Benjamin Netanyahu lors du conseil des ministres dimanche.

Israël, considéré comme la seule puissance nucléaire de la région, et les pays occidentaux accusent l'Iran de chercher à se doter de l'arme atomique sous couvert d'un programme nucléaire civil, ce que Téhéran dément.

Ces pays ont pris plusieurs séries de sanctions qui ont mis à mal l'économie iranienne.

"L'Iran sera jugé sur ses actions", a martelé Benjamin Netanyahu. "Si l'Iran persiste à continuer de développer son programme nucléaire, la réponse doit être claire : faire cesser son programme nucléaire par tous les moyens nécessaires", a-t-il réaffirmé.

Profil bas, après les mises en garde

Mais le Premier ministre israélien, qui a multiplié ces dernier mois les mises en garde contre un Iran nucléaire sur le point de franchir "la ligne rouge" et qui a brandi des menaces de frappe préventive, va devoir adopter un profil bas et patienter, estiment des experts.

Le spécialiste défense du quotidien Haaretz (gauche), Amos Harel, explique que "Avec Rohani comme nouveau visage de l'Iran -quelqu'un de plus modéré, qui veut la levée des sanctions internationales et qui ne se laissera pas aller à la démagogie négationniste (de l'Holocauste) tant prisée par son prédécesseur-, Netanyahu aura plus de mal à convaincre le monde que son plan pour attaquer les installations nucléaires iraniennes est nécessaire", explique

"Même si Ahmadinejad n'avait pas un grand rôle dans la conception de la politique nucléaire iranienne, comme il l'a récemment reconnu, son personnage quelque peu grotesque et ses déclarations démentes faisaient qu'il était plus facile pour Israël de démontrer le danger inhérent dans la possibilité que le régime extrémiste des ayatollahs se dote d'armes de destruction massive", relève Amos Harel.

Hassan Rohani, spécialiste du dossier nucléaire

En outre, soulignent des experts, le nouveau président iranien a dirigé par le passé l'équipe des négociateurs nucléaires et connaît parfaitement le dossier.

"Non seulement l'image modérée du nouveau président iranien risque d'amoindrir la pression internationale sur l'Iran mais, ultérieurement, peut-être même favoriser un accord sur la question nucléaire qui serait inacceptable pour Israël", renchérit Ephraïm Kam, de l'Institut national pour les études de sécurité (INSS).

Le ministre des Affaires stratégiques, Youval Steinitz, un proche de Benjamin Netanyahu, s'est empressé d'expliquer que le guide suprême, l'ayatollah Ali Khamenei, restait aux manettes des négociations nucléaires.

AFP

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