Israël: Netanyahu douche les espoirs de paix

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En acceptant pour la première fois le principe d'un Etat palestinien, Benyamin Netanyahu a ouvert une voie vers une solution au conflit qu'il s'est toutefois empressé de refermer en l'assortissant de conditions jugées inacceptables.

Le discours de 30 minutes prononcé dimanche soir par le Premier ministre israélien était très attendu. Il devait répondre aux questions cruciales relatives à l'Etat palestinien et au gel de la colonisation.

Rompant avec la tradition de son parti de droite, le Likoud, il a ainsi dit "Oui" à un tel Etat, tout en conditionnant sa création à sa démilitarisation et à la reconnaissance par les Palestiniens du caractère juif d'Israël.

Quant au gel de la colonisation réclamé par le président américain Barack Obama et la communauté internationale, Benyamin Netanyahu l'a rejeté au risque d'entraver encore un peu plus la perspective qu'un tel Etat voie le jour.

"Ce n'est pas comme cela qu'on fait la paix", tranche Ben Caspit, éditorialiste au Maariv, résumant le sentiment partagé en Israël et dans les Territoires palestiniens.

"Lorsque l'on pose d'innombrables conditions, en disant +et si, et encore si, et seulement si, et peut-être, et un jour+ (...), tout ce que l'on réussit à faire c'est mettre en colère et humilier son partenaire palestinien", ajoute-t-il.

"Ce sont les +mais+ qui tuent tout le reste", commente Ron Pundak, l'un des artisans des accords d'Oslo de 1993 sur l'autonomie palestinienne.

En admettant nécessaire un Etat palestinien, explique l'universitaire à l'AFP, "Netanyahu semble avoir entamé un processus d'incubation".

"Mais personne ne sait ce qu'il y a dans l'oeuf qu'il couve. Au vu des conditions qu'il a posées, c'est probablement un monstre", poursuit-il.

Un pessimisme partagé par le professeur Menachem Klein, un spécialiste du conflit au Proche-Orient.

"C'est un discours que l'ancien président américain George W. Bush aurait pu prononcer. Les Israéliens sont les gentils, ils veulent la paix, les Palestiniens sont les méchants, ils doivent encore faire la preuve de leur volonté de paix", affirme-t-il à l'AFP.

"Le monde progresse plus vite que Netanyahu. Il aurait dû se montrer moins paternaliste, plus empathique avec les Palestiniens, ce qu'a su faire Barack Obama" avec les musulmans, dans son discours du Caire le 4 juin, poursuit cet expert.

"Le discours de Netanyahu s'adressait surtout à une paire d'oreilles, les plus célèbres au monde: celles de Barack Obama", écrit lundi Nachum Barnea, éditorialiste au Yédiot Aharonot.

Il relève que la communauté internationale réclamait qu'il prononce les mots "Etat palestinien", ce qu'il a fait.

"C'est la nature même de l'Etat palestinien", ajoute Barnea en notant que, depuis Yitzhak Rabin, "chaque Premier ministre, tour à tour" l'a créé, "et il n'existe toujours pas".

Mais, selon certains, Benyamin Netanyahu en a déjà trop dit.

"Le Premier ministre s'est incliné face aux pressions américaines. Il va devoir expliquer à sa coalition pourquoi il est prêt à aller si loin", confie pour sa part à l'AFP le député Likoud Danny Danon.

"Nous sommes opposés à un Etat palestinien et nous ne croyons pas qu'il sera créé. Si (Netanyahu) concrétise ses paroles, il se heurtera à un mur de résistance", prévient le parlementaire.

A quoi, le ministre de la Défense, travailliste, Ehud Barak a répliqué: "C'est un pas important dans la bonne direction. Netanyahu a montré son sérieux, son sens des responsabilités et son courage".

Le député arabe israélien Ahmad Tibi, de la Liste Arabe Unifiée, a lui jugé que le discours révélait "la fixation mentale sur un Etat palestinien non souverain et une colonisation qui se poursuit".

(M.S. avec Belga)

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