Israël: "Il y aura des crises dès la constitution de la coalition"

Sébastien Boussois: "En politique étrangère, on assistera à une union nationale contre l’ennemi commun, l’Iran."
Sébastien Boussois: "En politique étrangère, on assistera à une union nationale contre l’ennemi commun, l’Iran." - © Tous droits réservés

Au lendemain des élections, la situation politique d’Israël paraît plus confuse que jamais. Les sondages ont été démentis et si le centre gauche n’a pas réellement perdu, c’est clairement le Likoud qui a remporté la victoire. Mais cette victoire ne résout rien, comme l’expliquent Elie Barnavi, historien et ancien ambassadeur d’Israël en France, et Sébastien Boussois, politologue et collaborateur scientifique à l’ULB.

Pour l’ancien ambassadeur, le scrutin ne fait que confirmer le virage à droite déjà ancien de la population israélienne: «Les électeurs continuent à voter davantage pour la sécurité que pour des questions socio-économiques. Cette double tendance a été confirmée et on peut donc s’attendre à la poursuite de la politique israélienne actuelle avec, peut-être, un accent plus droitier.» L’éventuelle entrée de l’extrême droite au gouvernement plutôt que de celle des partis du centre accentuerait obligatoirement la politique de sécurité.

"Chaque élection en Israël fait réapparaître des partis cleanex"

Le politologue Sébastien Boussois tient un langage identique: «Je n’ai pas cru un quart de seconde au retour du centre- gauche. On y avait cru en 2013, mais chaque élection en Israël fait réapparaître des’ partis cleanex ‘qui disparaissent aussitôt. »

Pour Sébastien Boussois, Benjamin Netanyahu a durablement marqué la politique israélienne de son emprise et le pays se dirige vers une radicalisation. «Ce centre gauche qui a essayé d’émerger sur des questions économico-sociales a échoué alors qu’un tiers de la population vit sous le seuil de pauvreté.»

La nouvelle liste arabe unique et les petits partis de droite

L’une des surprises du scrutin de mardi est le très bon score obtenu par la liste unique créée par les partis arabes et qui a profité d’un fort taux de participation. Mais Elie Barnavi estime qu’il est trop tôt pour déterminer si cette surprise aura un impact sur la majorité à constituer. «La nouvelle coalition sera difficile car le Likoud a cannibalisé les autres partis de droite et les partis religieux. La surprise vient de là: le centre gauche a moins perdu que le Likoud n'a gagné.» Elie Barnavi ne parie pas pour autant sur le choix d’un gouvernement d’union nationale: «Il faut s’attendre à des crises de gouvernement dès la constitution de la coalition »

Les enjeux internationaux

Ce qui se déroule en Israël a toujours un impact sur les relations internationales, mais l’interprétation des enjeux diffère fondamentalement selon que l’on soit occidental ou Israélien. Pour Sébastien Boussois, la radicalisation d’Israël est claire tant en politique intérieure qu’internationale. La coalition sera plus durable avec les partis de droite et d’extrême droite. «Le fait de promettre qu’il n’y aura pas d’Etat palestinien n’est une surprise pour personne. Pas plus que l’économico-social, la question palestinienne n’était pas au centre des élections.» D’où la menace de créer un Israël ‘ entre quatre murs’, entouré d’un front d’instabilité régionale, avec une forme d’ingérence comme c’est le cas en Syrie: «En politique étrangère, on assistera à une union nationale contre l’ennemi commun, l’Iran. Pour l’occident, le danger c’est Daesh, alors que pour Israël, c’est l’Iran. On assiste à une évolution schizophrénique des enjeux internationaux."

Jean-Claude Verset

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