Gouvernement en Israël: Netanyahu jette l'éponge, Gantz mandaté

Montage photo du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu (à gauche, à Jérusalem le 9 décembre 2018) et de son adversaire Benny Gantz, ancien chef de l'armée (à droite, le 1er avril 2019 à Tel Aviv)
Montage photo du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu (à gauche, à Jérusalem le 9 décembre 2018) et de son adversaire Benny Gantz, ancien chef de l'armée (à droite, le 1er avril 2019 à Tel Aviv) - © Oded Balilty, JACK GUEZ

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a annoncé lundi soir qu'il renonçait à tenter de former un gouvernement, laissant la voie libre à son rival centriste Benny Gantz. "Il y a peu de temps j'ai annoncé au président Reuven Rivlin que je lui rendais mon mandat de tenter de former un gouvernement", a annoncé Benjamin Netanyahu dans une vidéo mise en ligne sur son compte Facebook, en s'adressant aux "citoyens israéliens".

Le président Rivlin a indiqué peu après dans un communiqué de ses services qu'il avait l'intention de mandater désormais Benny Gantz, chef du parti Bleu-Blanc, pour tenter à son tour de former un gouvernement. Toutes les factions de la Knesset vont être informées que "le président a l'intention de transférer le mandat pour former le gouvernement, dès que possible, au président de Bleu-Blanc, le député Benny Gantz", selon le communiqué, qui a précisé que ce transfert aurait lieu jeudi.

Benny Gantz, un ancien chef de l'armée, disposera aussi de 28 jours pour remplir à bien cette tâche qui s'annonce d'ores et déjà difficile. A l'issue des élections législatives du 17 septembre, Benjamin Netanyahu et son rival Benny Gantz ont récolté respectivement les soutiens de 55 et 54 élus pour diriger le prochain gouvernement, mais sans atteindre le seuil de 61 députés leur permettant de former un gouvernement majoritaire.

Le président Rivlin avait mandaté Benjamin Netanyahu, qui cherche à prolonger son règne, déjà le plus long de l'histoire d'Israël, pour tenter de rallier Benny Gantz dans un gouvernement d'union. Mais les pourparlers n'ont pas abouti. "Le temps est venu pour agir", a indiqué lundi soir dans un communiqué le parti Bleu-Blanc. "Bleu-Blanc est déterminé à former un gouvernement d'union libéral, mené par Benny Gantz, pour lequel les gens en Israël ont voté il y a un mois", a-t-il ajouté. Par "libéral", le parti veut dire qu'il cherchera à limiter l'influence des partis religieux dans la formation d'un gouvernement de coalition.

Explications de Benjamin Netanyahu (en hébreu)

Traduction de Benjamin Netanyahu, premier ministre israélien:  

"Bonsoir, citoyens d'Israël. Il y a quelques instants, j'ai annoncé au président de l'État (Reuven Rivlin, nldr) que je lui rendais le mandat d'établir le gouvernement. Depuis que j'ai reçu mon mandat, j'ai travaillé sans relâche, tant en public qu'en coulisse, pour mettre sur pied un vaste gouvernement d'unité nationale. C'est ce que les gens veulent. C'est aussi ce dont Israël a besoin pour répondre aux défis sécuritaires qui augmentent de jour en jour et d'heure en heure. Au cours des dernières semaines, j'ai fait tous les efforts possibles pour amener Benny Gantz (chef du Parti bleu et blanc, ndlr) à la table de négociation; tous les efforts pour établir un vaste gouvernement d'unité nationale; tous les efforts pour empêcher la tenue d'une autre élection. À mon grand regret, il a refusé à maintes reprises. Il a tout simplement refusé.  Au début, il a refusé de suivre les grandes lignes du président. Plus tard, il a refusé de me rencontrer. Ensuite, il a refusé d'envoyer son équipe de négociation. Enfin, il a refusé de discuter d'un compromis que j'avais proposé. Il n'accorde même pas cinq minutes, aucune discussion sérieuse du tout,... Il a simplement donné une réponse négative automatique. Il a persisté dans son refus également après que j'ai accepté sa demande de rencontrer le chef de cabinet qui lui a présenté toute une série de menaces et de défis auxquels l'État d'Israël est confronté. A mon grand regret, le refus de Gantz n'indique qu'une seule chose: Benny Gantz reste captif entre les mains de (Avigdor) Lieberman (président du parti Yisrael Beiteinu, ndlr) et (Yair) Lapid (co-président de Blue and White, ndlr). Lapid est intéressé par son échec, et Lieberman est motivé par des considérations externes liées à ses affaires personnelles. Gantz, Lapid et Lieberman ne parlent que d'unité. Dans la pratique, ils font tout le contraire, ils encouragent la division et le boycott. Ils rejettent les religieux."

-

"Et qui ne rejettent-ils pas?  Les membres de la Liste arabe commune. Ils se sont coordonnés avec eux tout au long du chemin vers un gouvernement minoritaire de gauche. Je veux que vous compreniez bien que le gouvernement minoritaire sera mis en place avec le soutien des membres de la Liste commune - ceux qui glorifient le terrorisme, ceux qui nient l'existence d'Israël,... Les partis arabes ont déjà recommandé Gantz au président, comme je l'avais annoncé avant les élections, et maintenant, tout récemment, ils boycottent le serment (la cérémonie) de la Knesset, et refusent de déclarer allégeance à l'État d'Israël. Comment le gouvernement minoritaire de Gantz, qui s'appuie sur ces partis, pourrait-il combattre le terrorisme, le Hamas, le Hezbollah, l'Iran ? La réponse est simple, ils ne le pourront pas. Si Gantz est tenté d'établir un gouvernement aussi dangereux, je vais diriger l'opposition et travailler avec mes amis pour le remplacer rapidement. Mais il n'est pas encore trop tard. Si Gantz se ressaisit, s'il se libère de l'emprise de Lapid et Lieberman, s'il abandonne l'idée d'un gouvernement minoritaire,... Alors nous pourrons établir ensemble le gouvernement dont l'Etat d'Israël a tant besoin en ces temps: un large gouvernement d'unité nationale, de tous ceux qui croient en l'Etat d'Israël comme Etat juif, comme Etat démocratique. Voilà la solution, et cela reste la solution ".