Israël-Gaza : avant le concours Eurovision, une trêve nécessaire, mais fragile

Il a suffi d’une étincelle, vendredi, pour relancer un cycle de violences entre les factions palestiniennes de la bande de Gaza et l’armée israélienne. Un tireur isolé palestinien a blessé deux soldats israéliens qui menaient une patrouille le long de la frontière de l’enclave palestinienne. En deux jours, il y a eu 25 morts à Gaza et 4 en Israël. Une flambée de la tension qui, une nouvelle fois, se conclut par un cessez-le-feu négocié par l’Egypte et les Nations Unies. Mais cet accord fragile ne règle pas en profondeur les problèmes de la bande de Gaza ni la sécurité d’Israël.

Israéliens et Palestiniens ont néanmoins préféré suspendre cet affrontement meurtrier dans la nuit de dimanche à lundi. Le principal opposant au Premier ministre israélien, Benny Gantz, a immédiatement dénoncé une « capitulation face au chantage du Hamas ».

Sauver le concours Eurovision de la chanson

La pluie de roquettes palestiniennes qui tombait sur Israël plaçait Benjamin Netanyahou dans une position intenable à court terme. Vainqueur des élections d’avril, il mène des négociations pour former sa nouvelle coalition de droite et d’extrême-droite. Les affrontements avec les islamistes du Hamas sont toujours l’occasion d’une surenchère politique interne en Israël. De plus, Israël célèbre mercredi le jour de l’Indépendance, l’équivalent de la fête nationale. Le cessez-le-feu doit permettre aux réjouissances de se dérouler normalement.

Le cessez-le-feu doit aussi, voire surtout, sauver le concours Eurovision de la chanson, qui se tient à Tel Aviv du 14 au 18 mai. Pour Israël, accueillir cet événement européen très glamour doit permettre de lisser l’image du pays, trop souvent associé au conflit sanglant avec les Palestiniens. La poursuite des échanges de tirs avec Gaza aurait ruiné cet objectif. Si les mouvements palestiniens armés avaient fait usage de missiles à plus longue portée et menacé Tel Aviv, le concours aurait même été menacé d’annulation. La tenue du concours à Tel Aviv est par ailleurs l’objet d’une campagne de boycott de la part du mouvement BDS qui demande aux artistes de ne pas se produire en Israël, en raison de l’occupation militaire de la Cisjordanie et du blocus de Gaza.

Avant même le déclenchement de la vague de roquettes sur Israël, le flot de touristes espéré n’était pas au rendez-vous. Selon le quotidien Haaretz, les organisateurs attendaient la venue de dizaines de milliers de curieux et fans de l’eurovision. Ils ne seront que 5.000 environ. Le secteur hôtelier, qui s’était préparé à un afflux massif de clients, fait grise mine. Le dispositif est surdimensionné et les prix des chambres sont à présent partis à la baisse. La trêve devrait néanmoins sauver l’événement.

Un allègement du blocus

On ignore les termes de l’accord obtenu par les médiateurs égyptiens et onusiens, mais côté palestinien on affirme avoir obtenu un allègement du blocus. Israël aurait promis d’autoriser les bateaux de pêche de Gaza dans une zone plus large qu’actuellement. L’approvisionnement en électricité et en carburant serait également renforcé. Autant de préoccupations primordiales pour les habitants de l’enclave qui dépendent des décisions israéliennes pour toutes leurs importations et exportations.

Le mouvement islamiste Hamas attendait également la reprise du transfert de fonds qataris. Depuis quelques mois, Benjamin Netanyahou a autorisé l’entrée mensuelle de 15 millions de dollars dans la bande de Gaza. Ces fonds sont une bouffée d’oxygène pour la population qui souffre de pénuries et de manque de moyens. « Le Hamas a bien compris qu’il pouvait extorquer l’État juif en pleine semaine du Souvenir de la Shoah et du Jour de l’Indépendance et à l’approche du concours de l’Eurovision », écrit Avi Issacharoff dans le Times of Israel. « Ce calendrier et le désir du gouvernement d’organiser un Eurovision sans accro limite la capacité d’Israël à réagir au harcèlement du Hamas. »

La campagne n’est pas terminée. Nous sommes préparés à continuer.

Face aux critiques qui s’abattent sur lui, Benjamin Netanyahou a promis ce lundi que « la campagne n’est pas terminée. Elle demande patience et sagacité. Nous sommes préparés à continuer. Le but était et reste d’assurer le calme et la sécurité pour les habitants du sud » d’Israël.

Le cessez-le-feu reste donc très fragile. Il n’apporte aucune solution à long terme aux habitants de Gaza ni, plus largement, au conflit avec les Palestiniens.

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK