Israël: des vétérans dénonçant de lourds abus sont taxés de "criminels"

Israël: des vétérans qui ont dénoncé de lourds abus taxés de "criminels"
Israël: des vétérans qui ont dénoncé de lourds abus taxés de "criminels" - © Tous droits réservés

La lettre de 43 membres d'une unité clef du renseignement militaire israélien. Dans cette lettre, des vétérans du service d'espionnage dénoncent des pratiques dignes d'une dictature appliquées aux populations civiles palestiniennes. Le gouvernement israélien estime qu'en agissant de la sorte, ces vétérans, parfois encore réservistes dans leur unité, se comportent comme des "criminels" et doivent être traités en conséquence.

Tout a commencé avec cette lettre co-signée par 43 vétérans de l’une des unités les plus sensibles du renseignement militaire israélien.

Nombre de ces signataires sont encore actifs au sein de cette unité, en tant que réservistes. Or, leur lettre n’est pas vraiment celle de soldats zélés et obéissant à leur hiérarchie. Bien au contraire, il s’agit d’un courrier exprimant leur refus de servir dans les territoires palestiniens occupés en raison des dérives constatées lors de la surveillance de résidents innocents.

Selon eux, les renseignements que récoltent les membres de cette unité d’élite sont utilisés contre de simples citoyens à des fins de "persécution politique" et en vue de diviser la société palestinienne. E-mails, appels téléphoniques, messages sur les réseaux sociaux… rien n’échappe à ce service connu sous le nom de Unité 8200.

La liste des griefs formulés par ces vétérans, sans la reprendre de manière exhaustive, mène leurs auteurs à la conclusion que leurs activités relèvent désormais plus des régimes dictatoriaux oppressifs que d’une démocratie. Notamment l’utilisation d’informations relatives à la vie privée d’innocents afin de mener des chantages et d’obliger des Palestiniens à devenir des informateurs israéliens. Ou encore le fait de récolter des renseignements uniquement dans l’intérêt personnel de certains hommes politiques et non de l’Etat israélien.

L’armée israélienne est la plus morale du monde

Cette bombe médiatique aura-t-elle incité le gouvernement israélien à modifier sa politique en la matière ? Que du contraire, si l’on en croit The Guardian. Sur le site du média britannique, on apprend que dès après la publication de cette lettre par plusieurs médias vendredi dernier, le ministre de la Défense israélien, Moshe Ya’alon, a dénoncé ces "refuseniks" (terme qui désigne les soldats israéliens qui face aux exactions de Tsahal, refusent de servir) comme étant des "criminels" devant être traités comme tels. Il s’agit selon lui d’une "tentative idiote et obscène de soutenir la fallacieuse campagne internationale de délégitimisation de l’Etat d’Israël et des soldats de l’armée israélienne"

Le Premier ministre Benjamin Netanyahou, le président Reuven Rivlin et certains leaders de l’opposition lui ont tous emboîté le pas, ce qui semble confirmer la radicalisation en cours du terreau politique israélien.

L’armée israélienne est la plus morale du monde”, a martelé le chef de gouvernement. Ce dernier, coutumier de cette declaration depuis plusieurs années semble en avoir fait un véritable slogan depuis l’opération “Bordure protectrice” qui a fait près de 2150 morts palestiniens, dont 1740 civils, selon l’ONU. "De ma connaissance approfondie des membres de l’Unité 8200, je sais que ces calomnies sans fondement n’affecteront pas le travail d’une importance vitale qu’ils effectuent pour la sécurité de la nation. Et je leur dis ‘continuez’", a commenté le Premier ministre de l'Etat hébreux.

La menace de sanction judiciaire pour acte criminel marquerait un nouveau traitement pour les refuseniks qui sont habituellement simplement démobilisés mais pas poursuivis jusqu’ici, relève également The Guardian.

Ju. Vl. avec The Guardian

 

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