Islam: "Les modérés ne s'affirment pas suffisamment"

Islam: "Les modérés ne s'affirment pas suffisamment"
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Islam: "Les modérés ne s'affirment pas suffisamment" - © RTBF

Comment expliquer la confrontation entre musulmans, qui tourne au conflit armé entre sunnites et chiites, au Proche-Orient, en Syrie et en Irak notamment ? Il faut en chercher les causes dans la multiplicité de leadership au sein du monde musulman où les tendances extrémistes l'emportent sur la majorité modérée. Explication.

Brigitte Maréchal, professeur à l'UCL et directrice du CISMOC, le Centre interdisciplinaire d'étude de l'Islam dans le monde contemporain, invitée d'Arnaud Ruyssen dans Matin Première, souligne le pouvoir de mobilisation des courants islamiques radicaux : "On a l'impression que rien ne pourrait les arrêter", dit-elle, "et qu'ils se donnent pour vocation d'incarner symboliquement l'unité du monde musulman".

L'Etat islamique (anciennement "en Irak et au Levant") est un mouvement à la fois sunnite, salafiste et jihadiste au caractère relativement sectaire car il promeut une haine envers ceux qui ne partagent pas leurs vues, musulmans ou non : "Il y a cette compétition (entre chiites et sunnites) pour la légitimité du pouvoir".

Leur mode d'action se justifie aux yeux des jihadistes salafistes par l'histoire des premiers siècles de l'islam quand le prophète se devait de défendre sa petite communauté, explique Brigitte Maréchal. Et au sein même des salafistes, il y a des nuances entre piétistes, politique ou jihadistes, pour qui le recours à la violence n'est pas justifié de la même façon.

Et si on entend peu de voix dans le monde musulman pour dénoncer cette façon violente d'agir, il y en a tout de même, y compris au sein d'Al-Qaida, rappelle-t-elle. "On sent qu'il y a des malaises, au sein de l'islam politique, y compris chez les Frères musulmans". "Il y a une volonté de ne plus permettre de faire l'apostasie, de ne plus permettre à n'importe qui de déclarer quelqu'un comme n'étant pas suffisamment musulman et d'user de la violence, sunnites et chiites confondus". Mais on n'entend pas plus ce discours, car il y a une gêne et on considère que chacun n'a de compte à rendre qu'à Dieu, ajoute-t-elle.

Dans le monde musulman, il y a des courants de tous types : les différences entre musulmans deviennent de plus en plus grandes. "D'un côté, il y a des musulmans qui ne sont pas croyants, ou pas pratiquants, et parmi les musulmans religieux, il y a des courants mystiques, des courants de conscientisation politiques, des courants missionnaires, des courants jihadistes... Et tous sont subdivisés."

"Et aujourd'hui, il peut avoir une multiplicité de leadership, de légitimité, qui rentre en tension", conclut Brigitte Maréchal. "Les tendances extrémistes donnent le 'la', les modérés qui sont la grande majorité, ne s'affirment pas suffisamment".

JFH

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