Irlande, Royaume-Uni : ce que les courbes nous disent sur le variant, et son implication sur la gestion de l’épidémie

Un variant plus transmissible, mais pas nécessairement plus mortel. Des chiffres qui se sont envolés en décembre. Une souche qui devient dominante en Angleterre, et qui se répand ailleurs. Des contaminations en baisse en Irlande et au Royaume-Uni en janvier. Que nous disent vraiment les courbes des chiffres du virus sur l’influence du "variant britannique" sur l’évolution de l’épidémie ?

1. Des courbes similaires mais des situations différentes par rapport au variant : en lien avec les mesures prises

On le voit sur le graphique ci-dessus, le Royaume-Uni et l’Irlande ont connu des évolutions similaires de l’épidémie, avec une reprise importante à l’automne, une baisse liée à des mesures restrictives, puis une forte progression en décembre, avant d’atteindre un pic vers le 10 janvier, et une baisse progressive, depuis, des cas détectés. (Il faut toutefois noter que la courbe des décès, elle, est toujours en hausse dans les deux pays, et qu’elle est située à un niveau beaucoup plus élevé au Royaume-Uni.)

L’évolution du variant B.117 est par contre assez différente dans les deux états. Dès la mi-décembre, il est apparu que ce variant du virus, dont les mutations le rendent selon les experts plus transmissible, devenait la souche majoritaire dans une partie de l’Angleterre. En Irlande, il restait début janvier très minoritaire. Même si le manque de séquençage fait apparaître avec retard cette émergence, dans les échantillons analysés à la fin décembre, il était présent dans moins de 10% des échantillons analysés.

Ce n’est que dans les dernières analyses, effectuées en janvier, qu’il approche des 50% des souches détectées.

Ce qui est comparable, par contre, ce sont les mesures gouvernementales prises, mais dans des délais différents. L’Irlande a décidé de reconfiner le pays dès le 21 octobre, dans le but avoué de "sauver Noël". L’Angleterre décidait des mêmes mesures le 5 novembre. Les deux états assouplissaient par contre leurs règles en même temps, le 1er décembre pour l’Irlande, le 2 décembre pour l’Angleterre, avec une nuance : cet assouplissement était décliné selon le taux de contamination des régions.

Mais dans les deux cas, cela a conduit presque immédiatement à une importante reprise des contaminations.

Première constatation : l’évolution des courbes semble plus suivre les décisions politiques que la prédominance du variant

2. En Irlande, la courbe a monté alors que le variant était minoritaire, elle descend maintenant qu’il est majoritaire

Comme on vient de le voir, l’évolution des contaminations en Irlande semble suivre les décisions prises dans le pays. A tel point qu’on peut relever un paradoxe : la courbe des contaminations a monté alors qu’un variant plus contagieux était minoritaire dans le pays, et elle descend alors que celui-ci devient majoritaire.

Bien sûr, les conditions d’expansion de l’épidémie sont très différentes, puisque les Irlandais sont à présent à nouveau soumis à un confinement strict. Et on ne peut absolument pas en conclure que le variant serait moins contagieux que prévu.

Ce qu’on peut dire, c’est que :

  • L’explosion des cas n’était pas avant tout liée au variant
  • Il y a moyen de contrôler l’épidémie, même lorsque ce variant devient prédominant, si on prend des mesures très fortes

3. La courbe de la région de Londres, en dessous de la moyenne nationale, a grimpé plus vite à partir du déconfinement anglais

L’évolution de l’épidémie en Angleterre n’est pas facile à analyser. D’une part parce qu’il y a d’importantes différences régionales, d’autre part, parce que justement en fonction de ces différences, les mesures restrictives n’ont pas toutes été prises en même temps de la même façon.

Lorsqu’il a annoncé le reconfinement du 5 novembre, Boris Johnson avait en effet annoncé qu’il serait levé le 2 décembre… à condition que les chiffres le permettent. Comme ça n’était pas le cas partout, la levée a été partielle dans certaines régions, tandis que Londres, notamment, pouvait rouvrir ses pubs et commerces.

Or, qu’observe-t-on sur ce graphique ?

  • Jusqu’au 3 décembre, l’incidence du virus était inférieure dans la région de Londres que dans la moyenne du pays. A partir de cette date par contre, la croissance de l’épidémie va être plus rapide. Et ce même après la décision de repasser en phase 3 (fermeture des pubs et commerces non-essentiels). On est cependant loin d’une différence de 70% comme craint dans les premières études concernant le variant B.117. Selon le New York Times, qui cite Trevor Bedford, biologiste au Fred Hutchinson Cancer Research Center à Seattle, il est possible que le variant se révèle être seulement 10 à 20% plus transmissible.
  • Le pic de contaminations à Londres va coïncider avec celui de l’Angleterre, mais à un niveau beaucoup plus élevé. De ce fait, malgré la baisse des cas, le niveau de contaminations y reste beaucoup plus élevé que dans le reste du pays.
  • Selon les experts, le variant B-117 était déjà présent à la fin du mois de novembre à Londres. Les contaminations y étaient pourtant assez stables, mais dans un contexte où l’incidence baissait dans le reste de l’Angleterre. Une des hypothèses émise est que la baisse liée aux mesures a été compensée par une hausse liée au variant. C’est ce à quoi Emmanuel André fait référence lorsqu’il dit que "sous les courbes, les choses bougent".

Quels enseignements en tirer ?

- Dans un contexte de mesures restrictives, le variant peut s’imposer sans que cela soit immédiatement visible dans les courbes de contaminations. Il y a un effet, mais il est compensé par les effets produits par les mesures

- Une fois qu’on relâche les mesures, le fait qu’un variant plus transmissible soit devenu majoritaire peut accélérer la propagation de l’épidémie.

- Même en reprenant de nouvelles mesures, le temps qu’elles produisent leurs effets fait que l’on atteindra un pic de contaminations, puis hospitalisations et décès bien plus élevé si un variant plus transmissible s’est imposé.

On comprendra donc au regard de ces observations que le gouvernement belge soit très prudent avant d’assouplir les mesures actuelles au moment où on rapporte de plus en plus de variants détectés dans les contaminations actuelles. Si ces mesures continuent à contenir l’épidémie, il n’y a toutefois pas de raison pour que les contaminations explosent d’un coup. Mais elles pourraient le faire en cas de relâchement couplé à une présence plus importante du variant.

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