Iran/USA : historique d'une relation minée

Iran/USA : historique d’une relation minée
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Difficile de passer à côté de l’actualité au Moyen-Orient depuis quelques jours. Et pour cause, les tensions entre l’Iran et les Etats-Unis ont rarement été aussi tendues. Certains actes ont poussé l’histoire au bord d’une nouvelle guerre du Golfe, les punchlines et communications des deux parties sont comme des couteaux qui survolent l’Europe. Destruction de drone américain, frappes annulées in extremis, "Maison Blanche souffrant de troubles mentaux"… Voici le programme d’un rappel complet de la situation.

Il faut le savoir, les Washington et Téhéran ne sont pas ennemis depuis la nuit des temps. A vrai dire, il ne faut pas remonter si loin pour retrouver les souvenirs d’une amitié perdue entre les deux pays. C’est en 1980 que leur relation dérape. Ils rompent leurs relations diplomatiques après la Révolution islamique et la prise d’otages à l’ambassade américaine de Téhéran. Un redoux mettra 35 ans à s'installer. Une ouverture est rendue possible sous l’administration américaine de Barack Obama avec la conclusion en 2015 d’un accord international sur le programme nucléaire iranien.

"L’accord sur le nucléaire"

Mais le 8 mai 2018, Donald Trump annonce le retrait des Etats-Unis de l’accord et le rétablissement de sanctions économiques contre l’Iran. Le 5 novembre, les sanctions américaines contre les secteurs pétrolier et financier iraniens entrent en vigueur. Et là, les chiffres sont dramatiques pour l’Iran. Les exportations de brut iranien sont tombées à 300.000 barils par jour en juin. Il y a un an, elles étaient encore de 2,5 millions de barils par jour.

Deux tankers attaqués

Depuis un an, on peut parler d’une situation de blocage. Mais le 13 juin dernier, un événement vient souffler sur les braises. Deux pétroliers sont attaqués en mer d’Oman. Les Etats-Unis imputent ces attaques, qui n’ont pas été revendiquées, à l’Iran, qui dément.

Un drone américain abattu

Dans ce contexte de nouvelles tensions, l’Iran abat jeudi 20 juin un drone américain. La république islamique affirme que l’appareil se situait dans son espace aérien, ce que contestent les Etats-Unis. Cette frappe illustre en tout cas les progrès de Téhéran en matière de défense aérienne, et cela devra être sérieusement pris en compte en cas de guerre ouverte, estiment des experts. Le Pentagone affirme que le drone se trouvait à 34 km des côtes iraniennes et n’avait "à aucun moment" violé l’espace aérien iranien. Donald Trump qualifie d'"énorme erreur" la frappe iranienne.

Frappes interrompues in extremis

Le lendemain, Donald Trump affirme avoir annulé à la dernière minute des frappes contre l’Iran pour éviter un lourd bilan humain, tout en maintenant ses menaces de représailles contre Téhéran. "Nous étions armés et prêts à riposter la nuit dernière contre trois sites différents quand j’ai demandé combien (de personnes) allaient mourir", a-t-il raconté. "150 personnes, monsieur, a été la réponse d’un général. 10 minutes avant la frappe, je l’ai stoppée, c’était disproportionné par rapport à une attaque contre un drone".

Attaques informatiques

Peut-être par frustration, le Pentagone lance dans la foulée une cyberattaque contre des infrastructures iraniennes. Cette attaque informatique aurait permis de neutraliser les systèmes iraniens de lancement de roquettes. Information démentie par Téhéran, qui assure que les attaques n’ont eu aucun impact"Ils se démènent, mais ils ont échoué" a déclaré l’Iran.

Sanctions ciblées contre les dirigeants iraniens

Annoncées durant le week-end, Donald Trump a finalement fait le détail d’une série de nouvelles sanctions, à l’encontre des dirigeants iraniens, cette fois. La Maison blanche vise notamment huit haut gradés des Gardiens de la Révolution, l’armée idéologique du régime. Le ministre des Affaires étrangères, Javad Zarif est aussi visé. Mais Donald Trump cite surtout le nom du guide suprême de la République islamique, l’ayatollah Khamenei. "Les sanctions imposées empêcheront le guide suprême et les membres de son bureau d’avoir accès à des ressources financières importantes. Les biens de l’ayatollah Khamenei ne seront pas épargnés par les sanctions".

"Silence assourdissant de l’Iran"

Le conseiller américain à la sécurité nationale John Bolton a dénoncé mardi le silence "assourdissant" de l’Iran alors que le président Donald Trump garde selon lui la porte ouverte au dialogue malgré les tensions qui font craindre une confrontation dans le Golfe. Sauf que ramener l’Iran autour de la table semble difficile, très difficile. Voici ce qu’en dit l’ambassadeur de l’Iran auprès des Nations Unies : "Le dialogue repose sur certaines règles et régulations. Vous ne pouvez pas entamer un dialogue avec quelqu’un qui vous menace, qui vous intimide".

Sanctions stériles

Reste à savoir si Les sanctions auront une quelconque portée. Les pontes du régime iranien vivent en dehors des systèmes financiers conventionnels depuis des années. Téhéran a réagi pendant la nuit : "Sanctions pour quoi faire ?", a rétorqué M. Rohani. "Pour geler les actifs du guide ? Mais nos dirigeants ne sont pas comme ceux d’autres pays qui ont des milliards sur des comptes à l’étranger pour que vous puissiez vouloir imposer des sanctions dessus, les saisir ou les bloquer". "Cette Maison Blanche souffre de troubles mentaux. Elle ne sait plus quoi faire", a clamé le président iranien.

Fermeture diplomatique permanente

Le président iranien Hassan Rohani a accusé les Etats-Unis de "mentir" quant à leur volonté de négocier et les Affaires étrangères iraniennes ont estimé que Washington avait coupé de façon "permanente" la voie de la diplomatie après les nouvelles sanctions visant cette fois-ci le guide suprême iranien Ali Khamenei.

L'Iran ne respectera plus l'accord

La tension sur le dossier iranien est encore montée d'un cran mardi, avec l'annonce par Téhéran qu'il comptait s'affranchir davantage de l'accord de 2015 sur le nucléaire, sur fond de surenchères avec les Etats-Unis de Donald Trump.

Dans Matin Première ce mardi, Thomas Gadisseux recevait le spécialiste de l'Iran Vincent Eiffling, chercheur au Centre d'étude des crises et des conflits internationaux.

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