Iran: retour triomphal pour le président Rohani après sa semaine new yorkaise

Hassan Rouhani entouré de ses partisans à son arrivée  le 28 septembre 2013 à l'aéroport de Téhéran
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Hassan Rouhani entouré de ses partisans à son arrivée le 28 septembre 2013 à l'aéroport de Téhéran - © Atta Kenare

Le président Hassan Rohani est rentré samedi triomphalement en Iran après une semaine diplomatique intense à New York marquée par un contact téléphonique historique avec le président américain Barack Obama, la "fin d'un vieux tabou" selon la presse.

A son arrivée à Téhéran, une soixantaine de jeunes islamistes ont accueilli le président modéré aux cris de "mort à l'Amérique" et "mort à Israël", l'un d'entre eux jetant même une chaussure contre la voiture présidentielle, sans toutefois l'atteindre.

Un groupe de 200 à 300 partisans a lancé pour sa part un "Rohani merci" au président, dont l'élection en juin, après huit années de mandat du conservateur Mahmoud Ahmadinejad, avait suscité l'espoir d'un dégel des relations entre son pays et les Occidentaux.

M. Rohani, qui a été sous le feu des projecteurs cette semaine à New York où il assistait à l'Assemblée générale des Nations unies, s'est entretenu avec Barack Obama juste avant son départ pour Téhéran. Dans une première déclaration après son retour, il a déclaré que le président américain avait pris l’initiative de l’appeler, alors qu'un haut responsable américain avait affirmé plus tôt le contraire.

"Nous étions en train d'aller vers l'aéroport, lorsqu'on m'a informé que la Maison Blanche avait appelé notre ambassadeur aux Nations unies, affirmant que M. Obama désirait me parler quelques minutes", a déclaré M. Rohani, ajoutant qu'il avait accepté.

Une première depuis 33 ans

Téhéran et Washington ont rompu leurs relations depuis 1980 et c'est la première fois qu'il y a des contacts à ce niveau entre les deux pays.

M. Rohani a expliqué qu'il avait défendu à New York la position de l'Iran notamment dans le dossier nucléaire dans le cadre de la politique de "souplesse héroïque" définie par le guide suprême, l'ayatollah Ali Khamenei, sans céder sur les "droits" et les "objectifs de la nation" dans le dossier nucléaire.

L'Iran demande la reconnaissance de ses droits en matière nucléaire, notamment l'enrichissement d'uranium sur son sol, alors qu'Israël et les Occidentaux l'accusent de chercher à fabriquer l'arme atomique sous couvert de programme nucléaire civil. "Nous avons parlé des négociations entre l'Iran et le groupe 5+1 (Etats-Unis, Russie, Chine, France, Royaume-Uni et Allemagne) et de la fenêtre qui s'était ouverte", a-t-il dit, en référence à une rencontre à New York à l'issue de laquelle a été annoncée une reprise des négociations à la mi-octobre à Genève.

"Nous avons convenu qu'il fallait profiter de cette occasion" pour trouver une solution rapidement, a-t-il ajouté.

Le président du Parlement, le conservateur Ali Larijani, a déclaré que les Etats-Unis devaient montrer dans les faits qu'ils avaient changé de politique. "Le ton des responsables américains a changé ces derniers jours, mais ils doivent montrer dans les faits s'ils ont vraiment changé de politique envers l'Iran", a-t-il déclaré.

"Qu'ils ne croient pas que nous sommes sous pression et fatigués d'avoir résisté (dans la question nucléaire, ndlr) Bien au contraire. La seule solution pour les Etats-Unis est de cesser d'utiliser le langage de la menace", a-t-il ajouté.

De son côté, le président de la Commission des Affaires étrangères du Parlement, Allaeddine Boroujerdi, a apporté son soutien à M. Rohani, affirmant que l'entretien entre les deux présidents montrait "la puissance" de l'Iran.

La presse iranienne a largement salué le contact "historique" en parlant de "la fin d'un tabou vieux de 35 ans".

Dans une tribune dans le quotidien Etemad, Mohammad Ali Bassiri, professeur en relations internationales, met cependant en garde contre les "extrémistes" opposés aux contacts entre les dirigeants des Etats-Unis et de l'Iran.

"Hormis des extrémistes (à l'intérieur du pays) hostiles à une amélioration des relations Iran-USA, il y a aussi des opposants dans la région. Beaucoup de pays, notamment le régime sioniste, estiment que leurs intérêts sont en danger avec une normalisation des relations entre l'Iran et les Etats-Unis et tentent de l'empêcher", estime-t-il.

Depuis son élection, M. Rohani a adopté un ton conciliant envers l'Occident et appelé au dialogue pour résoudre les contentieux dont le plus brûlant, le dossier nucléaire. M. Obama s'est engagé mardi à tenter de résoudre la crise nucléaire par la voie diplomatique, prenant note du changement de ton de M. Rohani par rapport à Mahmoud Ahmadinejad, mais a réclamé des "actes transparents et vérifiables".


AFP