Iran: Nazanin Zaghari-Ratcliffe libérée de son bracelet électronique mais face à un nouveau procès

Une photo publiée par la campagne Free Nazanin le 23 août 2018 montre Nazanin Zaghari-Ratcliffe (à droite) embrassant sa fille Gabriella à Damavand, en Iran, après sa libération de prison pendant trois jours.
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Une photo publiée par la campagne Free Nazanin le 23 août 2018 montre Nazanin Zaghari-Ratcliffe (à droite) embrassant sa fille Gabriella à Damavand, en Iran, après sa libération de prison pendant trois jours. - © AFP

Après 5 ans de prison et un an de résidence assignée avec bracelet électronique, la binationale irano-britannique Nazanin Zaghari-Ratcliffe, va pouvoir sortir du domicile de ses parents à Téhéran, mais elle ne pourra pas quitter l’Iran. Cette cheffe de projet de 42 ans, employée par la fondation Thomson Reuters, a dû purger jusqu’au bout sa peine de cinq ans. Elle a toujours nié les accusations portées contre elle : sédition et complot contre la république islamique. Elle était sortie de prison en raison du coronavirus.

Elle n’en a pas fini avec la justice iranienne. Son mari, Richard Ratcliffe, a appris qu’une nouvelle action en justice contre elle était prévue dimanche prochain. Elle ne pourra pas rentrer au Royaume-Uni, n’ayant pas récupéré son passeport.

L’homme mène une grève de la faim devant l’ambassade d’Iran en solidarité avec son épouse et pour demander sa libération.

"Une épreuve cruelle"

Le ministre britannique des Affaires étrangères Dominic Raab a déclaré qu’elle devrait être autorisée à rentrer au Royaume-Uni et dénonce "une épreuve cruelle et intolérable". "Nous avons fait savoir aux autorités iraniennes dans les termes les plus forts que son maintien en détention était inacceptable."

La vie de Nazanin Zaghari-Ratcliffe bascule le 3 avril 2016, lorsqu’elle est arrêtée avec sa fille Gabriella, alors même pas âgée de deux ans, à l’aéroport de Téhéran après une visite à sa famille. Accusée d’avoir comploté pour renverser le régime islamique, ce qu’elle nie, cette binationale est condamnée en septembre de la même année à cinq ans d’emprisonnement.

C’est le début d’un long calvaire, marqué par de rudes séjours en isolement dans des cellules sans fenêtre, des grèves de la faim et des privations de soins médicaux. Elle dort plus d’un mois dans les mêmes vêtements et envisage même le suicide.

"Elle a toujours eu un sens aigu de la loyauté et de la justice" et elle est "profondément outrée par l’injustice" de cette situation, a confié son mari à l’AFP.

Un pion dans un jeu d’échecs

Nazanin Zaghari-Ratcliffe fait donc l’objet d’une deuxième procédure judiciaire en Iran, accusée de diffusion de propagande contre le régime, mais son procès a été ajourné début novembre, sans qu’aucune nouvelle date ne lui ait été communiquée jusque-là.

"L’audience de ma cliente pour son deuxième cas, dans lequel elle est accusée de propagande contre le régime, a été fixée au 14 mars", a déclaré à l’agence de presse iranienne ISNA son avocat Hojjat Kermani, confirmant que sa première peine "s’est terminée aujourd’hui" et que "son bracelet électronique lui a été retiré".

Son mari est amer : Richard Ratcliffe a raconté dimanche à l’agence PA avoir le sentiment d’être "très clairement au milieu du jeu d’échecs du gouvernement" britannique, dont il juge le soutien trop timide. Celui qui se bat depuis des années pour la libération de sa femme a dit à de multiples reprises considérer qu’elle était l'"otage" d’un sinistre jeu politique portant sur une vieille dette contractée par le Royaume-Uni dans le cadre d’un contrat d’armement.

"Heureuse et nerveuse"

Un avis partagé par Antonio Zappulla, le PDG de la Fondation Thomson Reuters. "Nous savons qu’elle est un symbole politique dans une situation beaucoup plus large qui doit être réglée entre le Royaume-Uni et le gouvernement iranien", a-t-il confié à l’AFP.

S’il salue l’évolution "positive" que constitue le retrait de son bracelet électronique, Antonio Zappulla sait qu’un "sombre nuage plane au-dessus de la tête" de cette femme et demande expressément au "gouvernement britannique de continuer à intensifier les négociations avec le régime iranien", arguant que l’arrivée de Joe Biden à la présidence américaine rebattait les cartes.

Face à ces nouveaux évènements, Nazanin Zaghari-Ratcliffe est quant à elle "plutôt optimiste, plutôt heureuse" et "très soulagée" de ne plus porter de bracelet et de pouvoir quitter l’appartement, a affirmé dimanche sa belle-sœur Rebecca Ratcliffe sur la chaîne de télévision Sky news, après un appel en famille le matin même.

Selon la députée Tulip Siddiq, "son premier voyage sera pour voir sa grand-mère".

Cependant, cette Irano-britannique est "nerveuse" face à sa nouvelle convocation devant la justice, selon sa belle-sœur, qui estime que "quelques nuits blanches" attendent encore la famille.

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