Iran: les électeurs sont attendus aux urnes pour le premier tour des législatives

Ce vendredi, les électeurs iraniens sont attendus aux urnes pour le premier tour des législatives. Une faible participation est attendue au scrutin. La crise économique et les relations internationales plombent en effet les espoirs des Iraniens. En plus, il y a toujours cette mainmise du guide suprême et des conservateurs. Ils ont d’ailleurs renforcé leur contrôle sur le processus électoral et ils ont banni de nombreux leaders centristes et modérés du vote.

Siavosh Ghazi, notre correspondant sur place explique que les dés sont donc un peu pipés parce qu’un peu plus de la moitié des candidats inscrits ont été invalidés : "En effet, quelque 7 300 candidats ont été invalidés et 7 150 retenus pour le scrutin par le Conseil des Gardiens de la Constitution, un organe qui est dominé par les conservateurs et qui est chargé de superviser les élections, notamment d’approuver ou de rejeter les candidats aux différentes élections nationales. Les réformateurs ont critiqué un rejet massif de leurs candidats, notamment en province. En effet, les principales personnalités du camp réformateur, notamment des députés sortants connus pour leurs critiques contre le pouvoir, ont été invalidées par le Conseil. À Téhéran par exemple, la coalition des partis réformateurs et modérés qui soutient le président Hassan Rohani a décidé de ne pas présenter de liste. Néanmoins, huit partis réformateurs ont décidé de présenter leurs propres candidats à Téhéran".

Les électeurs modérés et réformateurs sont également déçus par le bilan économique et politique du gouvernement et pourraient donc ne pas se mobiliser ?

Siavosh Ghazi explique "Effectivement, la déception est grande. Le président Hassan Rohani a été élu avec la promesse d’une normalisation des relations avec le reste du monde et une amélioration de la situation économique. La conclusion de l’accord nucléaire en 2015 avec les grandes puissances avait fait naître un grand espoir, mais depuis le retrait des États-Unis de l’accord nucléaire en 2018 et le retour des sanctions américaines, la situation économique s’est fortement dégradée, avec une inflation qui a atteint les 50%. Le président Rohani a également oublié ses promesses électorales, notamment la promesse d’intégrer des jeunes et des femmes dans son gouvernement. Parmi l’électorat modéré, certains lui reprochent également son manque d’action pour faire libérer les dirigeants du mouvement de contestation de 2009 qui sont en résidence surveillée depuis 10 ans. D’ailleurs, l’ancien président réformateur, Mohammad Khatami, qui avait joué un rôle de premier plan pour mobiliser les électeurs modérés et réformateurs lors des précédents scrutins, a décidé de ne pas intervenir dans cette campagne".

Et donc, face à cela, les conservateurs semblent avoir finalement de grands espoirs pour prendre le contrôle du Parlement. "Les conservateurs ont réussi à présenter une liste unique qui comprend également les amis de l’ancien président populiste, Mahmoud Ahmadinejad. Ils comptent sur une démobilisation de l’électorat modéré pour faire élire leurs candidats. Dans le même temps, dans certaines villes de province, la situation leur est encore plus favorable puisque les réformateurs affirment ne pas avoir de candidats qualifiés dans une partie des circonscriptions de province" indique Siavosh Ghazi.

L’un des enjeux est le taux de participation, il n’y aura peut-être pas beaucoup d’Iraniens qui se rendront aux urnes ce vendredi. "Le taux de participation est l’un des enjeux du scrutin. Selon un sondage qui a été réalisé par un institut proche de l’agence de presse ISNA, le taux de participation sera un peu plus de 50% dans l’ensemble du pays. Mais à Téhéran, il sera inférieur à 30%. Mais le porte-parole du Conseil des Gardiens de la Constitution a affirmé il y a deux jours que même dans un tel cas, cela ne remettrait pas en cause la légitimité du scrutin. La dégradation de la situation économique depuis le retour des sanctions américaines et les événements de ces derniers mois, notamment les émeutes de novembre après la hausse du prix de l’essence, font craindre une participation faible au scrutin de ce vendredi" complète Siavosh Ghazi.

Alors, si les conservateurs prennent le contrôle du Parlement, la tâche du président Hassan Rohani, qui a basé sa politique sur un rapprochement avec les Occidentaux, sera encore plus difficile ?

Notre correspondant conclu : "Ce sera effectivement le cas. L’actuel Parlement est dirigé par Ali Larijani, un conservateur modéré proche de Hassan Rohani. Il avait soutenu l’accord nucléaire et la politique de rapprochement avec l’Occident, mais il a décidé de ne pas se représenter. Si les conservateurs prennent le contrôle du Parlement, ils auront une politique plus dure à l’égard des Occidentaux, ce qui va affaiblir le président Rohani, qui a encore deux ans devant lui avant de quitter le pouvoir. Les réformateurs seront encore plus affaiblis au sein du pouvoir, puisque les autres organes du pouvoir iranien, et notamment le Conseil des Gardiens de la Constitution, l’autorité judiciaire et l’Assemblée des experts, qui est chargée de nommer le guide suprême, sont déjà contrôlés par les conservateurs".

 

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