Iran : l'assassinat d'un scientifique nucléaire, un sabotage géopolitique ?


Un document photo mis à disposition par la télévision d'État iranienne (IRIB) le 27 novembre 2020 montre la voiture endommagée du scientifique nucléaire iranien Mohsen Fakhrizadeh après avoir été attaquée près de la capitale Téhéran
Un document photo mis à disposition par la télévision d'État iranienne (IRIB) le 27 novembre 2020 montre la voiture endommagée du scientifique nucléaire iranien Mohsen Fakhrizadeh après avoir été attaquée près de la capitale Téhéran - © AFP

Mohsen Fakhrizadeh, un scientifique de haut rang dans le programme nucléaire iranien, a succombé à ses blessures vendredi après l’attaque de son véhicule par des hommes armés près de Téhéran. Une mort violente, dans un contexte explosif, qui pourrait provoquer une augmentation de la tension entre Téhéran et Israël et compliquer tout effort fournis par le président américain élu Joe Biden visant à restaurer la détente engagée sous la présidence de Barack Obama.

Saboter l’accord sur le nucléaire iranien

Selon Vincent Eiffling, spécialiste de l’Iran et chercheur à l’UCLouvain, ce n’est pas le fruit du hasard si l’assassinat de Mohsen Fakhrizadeh survient deux mois avant l’investiture du démocrate Joe Biden à la présidence des Etats-Unis :

"L’objectif semble être assez clair. Le but est de miner les prochaines négociations entre l’administration Biden et la République islamique d’Iran. C’est vraiment une tentative de sabotage. Cela vient générer des tensions en amont d’un processus diplomatique à venir. Joe Biden, qui souhaite revenir dans l’accord sur le nucléaire iranien, se retrouve ici dans une situation difficile parce qu’en Iran, on va appeler à une réaction. Cela ne va pas permettre de renouer le dialogue.", explique Vincent Eiffling.


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En 2018, le président américain, Donald Trump avait retiré les Etats-Unis de l’accord sur le nucléaire négocié avec l’Iran (qui limite sa production d’uranium enrichi) approuvé par l’administration Obama et cinq autres puissances (Russie, Chine, France, Grande-Bretagne et Allemagne).

Confrontation en Iran et Israel

Le ministre des Affaires étrangères Mohammad Javad Zarif a indiqué vendredi qu’il y avait de "sérieux soupçons d’une implication israélienne" de l’assassinat de Mohsen Fakhrizadeh. Le président iranien, Hassan Rohani, a accusé ce samedi Israël de vouloir semer le "chaos" dans le pays.

"En Iran, il n’y a absolument aucun doute sur le fait que cet assassinat va être perçu comme un acte terroriste, voire un acte de guerre de la part d’Israel. Cela va évidemment donner de l’eau au moulin aux discours des plus conservateurs.", ajoute Vincent Eiffling.

Et, certains s’interrogent sur un potentiel soutien de la part des Etats-Unis. Le 17 novembre dernier, le quotidien américain 'New York Times' révélait que le président Donald Trump avait sondé quelques mois plus tôt de hauts responsables américains sur la possibilité d'"agir" contre un site nucléaire iranien.

"On peut raisonnablement se poser la question de savoir si Israël en a discuté en amont avec les Etats-Unis. Et, s’il n’y a pas eu un feu vert de Washington pour cela. Les Israéliens n’ont pas eu grand-chose à faire pendant l’administration Trump pour nuire aux intérêts de l’Iran parce que le président américain s’en occupait très bien lui-même. Ils savent qu’avec Joe Biden la donne sera totalement différente. Joe Biden veut changer de posture vis-à-vis de l’Iran et réintégrer l’accord sur le nucléaire. Cette attaque, c’est une manière d’envoyer un message fort, de dire : 'Nous ne voulons pas d’un accord sur le nucléaire' ", conclut le spécialiste de l’Iran et chercheur à l’UCLouvain, Vincent Eiffling.

Les autorités israéliennes n'ont pour le moment pas réagi. Mais, d’après la chaîne de télévision israélienne Channel 12, le niveau de vigilance a été accru dans les ambassades de l’Etat hébreu.

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