Iran: au moins 13 morts à Téhéran, dont Neda

RTBF
RTBF - © RTBF

Treize personnes sont mortes et plus de cent blessées dans des affrontements entre policiers et "terroristes" survenus samedi lors des manifestations de l'opposition iranienne à Téhéran, a rapporté dimanche la chaîne de télévision publique iranienne Press-TV.

"La présence d'agents terroristes et leur utilisation d'armes à feu et d'explosifs était tangible dans les émeutes d'hier (dans les quartiers) d'Enqelab et d'Azadi, de sorte que malheureusement, dans les troubles qui ont fini en émeutes, dix personnes sont mortes et plus de cent ont été blessées", a dit la télévision, sans citer de sources.

Le chef adjoint de la police iranienne Ahmad Reza Radan, a affirmé ensuite à la télévision que "selon les consignes, les forces de l'ordre n'ont utilisé aucune arme à feu pour disperser les émeutiers". Il a mis en cause des "voyous et agents de l'OPMI (l'organisation des Moudjahidine du peuple) infiltrés" parmi les manifestants.

La télévision d'Etat avait auparavant annoncé, puis démenti, que plusieurs civils étaient morts dans l'incendie d'une mosquée au cours des manifestations de l'opposition samedi à Téhéran. Elle a expliqué que personne n'y avait été tué, contrairement à ce qu'elle avait d'abord rapporté.

Selon la télévision d'Etat qui a fait porter la responsabilité de ces morts sur des "agents terroristes", dix personnes ont été tuées et plus de cent blessées samedi dans les manifestations de l'opposition iranienne à Téhéran.

La chaîne d'information en continu CNN, elle, annonçait ce samedi soir que 19 personnes ont perdu la vie après les émeutes du jour, d'après des sources hospitalières. Non confirmés, certains rapports font état de la mort de 150 personnes.

Le bilan est donc variable en fonction des sources d'information et reste incertain.

Depuis le départ de la majorité des journalistes étrangers, il est extrêmement difficile d'obtenir des informations vérifiées sur la situation à Téhéran. Internet reste le moyen d'expression principal des contestataires. Messages sur Twitter, sur Facebook, photos sur Flickr, vidéos sur YouTube ou d'autres plates-formes de partage, des informations continuent de sortir d'Iran. Mais ces sources sont incertaines.

La mort de Neda en direct

Mir Hossein Moussavi a annoncé qu'il était prêt à mourir en martyr et que s'il était arrêté, il réclamerait une grève générale dans tout le pays.

Mais la personne qui pourrait être le symbole des manifestations est une jeune femme tuée, apparement par un Basiji dans les rues de Téhéran. Il existe deux vidéos attestant la mort de cette Iranienne. Alors qu'elle assistait avec son père aux manifestions, Neda a été visée en plein coeur par un sniper Basiji, à croire le témoignage, posté sur Facebook, d'un docteur présent sur place. C'est un ami qui a tourné une vidéo, celle-ci a fait le tour du web très rapidement.

Attention, ces images sont explicites et très dures. Ames sensibles, s'abstenir. La première vidéo est ici, la seconde là. Nous rappelons que nous n'avons aucun contrôle sur ces images.

Des Moudjahidine arrêtés lors de manifestations

Le ministère iranien des Renseignements a arrêté des membres du groupe d'opposition en exil des Moudjahidine du peuple (OMPI) à la suite des manifestations qui secouent le pays après la réélection contestée du président Mahmoud Ahmadinejad, a rapporté dimanche l'agence officielle Irna.

Les agents du ministère ont "identifié et arrêté un certain nombre d'hypocrites (nom donné par l'Iran aux membres de l'OMPI) entraînés au camp d'Achraf en Irak et entrés en Iran pour y mener des actions terroristes", selon l'agence qui ne précise ni le nombre ni la date des arrestations.

"Ceux qui ont été arrêtés ont avoué qu'après avoir été entraînés en Irak ils sont entrés en Iran et qu'ils étaient commandés et soutenus par les hypocrites en Grande-Bretagne", en référence aux membres de l'organisation basés au Royaume-Uni, a ajouté l'agence.

Fondé en 1965 avec pour objectif le renversement du régime du Shah, l'OMPI a participé à la révolution avant de se retourner contre le régime de la République islamique. Il a mené une lutte armée en Iran puis depuis l'étranger avant d'annoncer en 2001 qu'il renonçait à la violence.

L'OMPI est peu populaire en Iran car le mouvement avait fait cause commune avec le régime de Saddam Hussein quand l'Irak attaqua l'Iran (1980-1988).

Barack Obama demande la fin des violences

Le président américain s'en est pris pour la première fois au gouvernement iranien, par voie de communiqué: "Le gouvernement iranien doit comprendre que le monde regarde. Nous pleurons chaque vie perdue. Nous demandons au gouvernement iranien d'arrêter les violences (...). Le droit universel d'assemblée et la liberté d'exception doivent être respectés. Si le gouvernement iranien cherche le respect de la communuaté internationale, il doit respecter la dignité de son peuple et gouverner avec le consentement du peuple, et non par coercition."

Barack Obama s'est également exprimé sur CBS. La vidéo de l'interview est disponible ci-dessous.
Watch CBS Videos Online

Le web toujours en ébullition

Le fil #iranelection ne faiblit pas sur Twitter. Photos, vidéos, blogs, annonces officielles, c'est sur cette page que les infos brutes sont disponibles en quasi temps réel. A suivre, les RT ou retweet: lorsqu'un utilisateur de Twitter estime qu'une info est intéressante, il peut la "republier" en précédant le message par "RT". A ce stade, une petite sélection s'opère. Reste qu'il est très difficile de pouvoir recouper les informations en provenance d'internet.

Un utilisateur américain de Flickr, le site de partage de photos, a posté de nombreuses images sur les émeutes. En voici un diaporama.

 

(H. Messoudi)

Et aussi

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK