Iran: "95% du pouvoir reste entre les mains du Guide Suprême"

Le nouveau président iranien Hassan Rohani n’est pas un réformateur. C’est un pragmatique machiavélique.
Le nouveau président iranien Hassan Rohani n’est pas un réformateur. C’est un pragmatique machiavélique. - © AFP /ATTA KENARE

Ramin Parham, intellectuel iranien et Thierry Kellner, spécialiste de l'Iran à l'ULB ont évoqué avec Bertrand Henne l’impact attendu de l’élection du nouveau président iranien sur la politique intérieure et internationale. Leur conclusion commune est que, face à un Guide suprême omnipotent, Hassan Rohani n’aura pas les coudées franches.

Pour Ramin Parham, le nouveau président désire la normalisation de la vie politique, sociale et internationale. "Hassan Rohani veut le retour de l’Iran dans le concert international. Le nouveau président n’est pas un réformateur. C’est un pragmatique machiavélique."

Un proche du Guide suprême

Le CV de Hassan Rohani évoque de nombreuses années passées dans les services de sécurité et 30 ans au poste de vice-commandant en chef, notamment durant la guerre Iran-Irak. Pour Ramin Parham, le nouveau président n’est pas un idéologue: "C’est un homme de terrain qui sait que le premier dossier syrien est la demande de retrait du Hezbollah du conflit  syrien. Or la présence du Hezbollah répond à la demande expresse du Guide suprême Ali Khamenei."

Pour Thierry Kellner, le nouveau président a précisément été sélectionné pour sa proximité avec le Guide: "Les rapports entre les deux hommes seront essentiels. Il existe un espoir dans les rues de Téhéran, mais pourra-t-il  influencer le Guide, c’est une autre question, car l’ouverture de l’Iran serait dangereuse pour le système."

Le nouveau président se rendra rapidement compte que 95% de l’ensemble des pouvoirs régaliens appartient au Guide suprême, pronostique Ramin Parham: "Sans lui, aucune réforme n’est possible." Le seul avantage de Rohani serait son statut religieux qui lui permet de connaître les rouages du système. "Il est conscient de la demande de sécularisation profonde de la société iranienne et il va se rendre compte que dans le cadre institutionnel actuel il n’y a pas de changement possible".

Le nucléaire au cœur du débat

Le problème majeur auquel il sera confronté est que sur aucun des trois dossiers brûlants –nucléaire, syrien et économique- il ne disposera de temps, commente, Thierry Kellner: "Il doit agir vite car les chancelleries internationales l’attendent au tournant."

A propos du programme nucléaire, Thierry Kellner espère d’abord un changement de ton: "Le premier problème est la situation économique qui dépend directement des sanctions internationales en cours. Donc il faudra chercher un consensus avec les occidentaux. Le dossier pourra peut-être bouger, mais la décision finale ne dépendra pas de lui." L’avis général est que toute tentation de l’Iran vers l’isolement serait dramatique. "On doit espérer que le pragmatisme  l’emportera " conclut Thierry Kellner.

JCV

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