Irak: Tarik Jadaoun, condamné à mort par pendaison

Le djihadiste belge Tarik Jadaoun a été condamné à la mort par pendaison en Irak pour appartenance au groupe Etat islamique. Une peine jusqu'alors rarement prononcée contre des ressortissants d'Europe de l'Ouest. Le Verviétois parti combattre en Syrie en 2014 avait plaidé non coupable lors de son procès et affirmé qu'il s'était "fourvoyé". Il a désormais 30 jours pour faire appel.

Tarik Jadaoun, né en 1988, avait rejoint l'EI en 2014 sous le nom de guerre d'Abou Hamza al-Belgiki. Il avait été surnommé le "nouvel Abaaoud", en référence à son compatriote Abdelhamid Abaaoud, l'un des organisateurs présumés des attentats du 13 novembre 2015 en France.

Lors de la première audience de son procès devant la Cour pénale centrale de Bagdad, le 10 mai, ce Belge d'origine marocaine avait plaidé "non coupable" et affirmé aux juges qu'il s'était "fourvoyé".

Cette fois-ci, l'homme qui a été amené dans le box de bois grillagé des accusés vêtu de l'uniforme beige des détenus, le crâne rasé et une imposante moustache noire lui barrant le visage, ne s'est pas défendu.

Le juge lui a d'abord lu la liste des chefs d'accusation, notamment son rôle de combattant au sein de l'EI et son entrée illégale sur le territoire irakien, avant de lui demander s'il souhaitait ajouter quelque chose. "Non", a seulement répondu M. Jadaoun.

Pendaison... et 2000 euros d'amende

Le juge a alors indiqué qu'il prononçait "la pendaison jusqu'à ce que mort s'ensuive conformément à l'article 4 de la loi antiterroriste". M. Jadaoun a alors perdu son sourire et son visage a semblé se décomposer. Pour l'accusation de violation des frontières du pays, Tarik Jadaoun a été condamné à trois années de prison et plus de 2000 euros d'amende.

L'audience a duré moins de dix minutes, selon le journaliste de l'AFP.

Lors de l'ouverture du procès, le juge avait attribué à M. Jadaoun, qui s'exprimait en arabe, un avocat commis d'office.

L'homme avait appelé dans des vidéos à frapper l'Europe et gagné le surnom de "nouvel Abaaoud", en référence à son compatriote Abdelhamid Abaaoud, l'un des organisateurs présumés des attentats du 13 novembre 2015 en France.

Sa condamnation vient s'ajouter à celle de plus de 300 personnes -dont une centaine d'étrangers- ayant écopé de la peine capitale en Irak pour avoir rejoint les rangs du groupe ultra-radical qui a un temps tenu près d'un tiers de l'Irak et de larges pans de la Syrie.

Un nombre comparable a été condamné à la prison à perpétuité, selon des sources judiciaires.

La plupart des condamnées sont Turques ou originaires des anciennes républiques de l'Union soviétique. Une Allemande et une Française ont été récemment condamnées à la perpétuité.

Amnesty et la Belgique contre la peine de mort

La peine de mort a été retirée du droit européen. Il est par contre toujours d'application en Irak. Philippe Hensmans, directeur d’Amnesty International Belgique, demande que cette peine de mort soit commuée en peine de prison.

"C’est un système judiciaire qui ne fonctionne pas et où, en tout cas, les droits de la défense ne sont pas garantis. Il est évident que l’on ait volé ou qu’on ait commis un attentat terroriste, le risque est le même de se voir condamné à des peines si pas similaires, en tout cas très graves". La position de la Belgique sur le dossier n'est guerre différente. Notre pays demande que la peine de mort soit commuée en peine de prison à vie.

Rappelons que le Premier ministre Charles Michel avait déclaré que la Belgique ne négocierait en aucun cas avec des combattants belges ou autres de l'organisation terroriste Etat islamique (EI) souhaitant revenir au pays. Il fermait ainsi la porte à cette perspective. "Il n'y a pas de négociation possible avec de telles personnes", avait déclaré M. Michel à sur VTM. "Il n'y a pas d'espace pour ces gens dans notre société. Nous devons respecter le droit international mais il n'y a pas de place pour le laxisme."

 

 

 

Un infirmier, et rien d'autre

S'exprimant en arabe, Tarik Jadaoun avait toutefois assuré lui-même sa défense et plaidé non coupable des chefs d'inculpation: "appartenance à l'organisation Daech", l'acronyme de l'EI en arabe, et "attaques" menées avant son arrestation le 23 août 2017 à Mossoul (nord) par les troupes irakiennes, soit plus d'un mois après la reprise de la "capitale" irakienne du groupe ultraradical.

Il avait reconnu être entré en Irak en juin 2015 depuis la Turquie et avoir passé une semaine à Raqa, l'autre "capitale" de l'EI, en Syrie voisine.

Je me suis fourvoyé et j'en appelle à votre bienveillance

"Je n'étais pas combattant, je dirigeais une section d'infirmiers de l'EI, je soignais tout le monde. J'ai travaillé à l'hôpital al-Joumhouriya de Mossoul et dans des hôpitaux ambulants à Makhoul et Beïji", avait-il assuré, se disant "désolé".

"Je me suis fourvoyé et j'en appelle à votre bienveillance", avait-il ajouté. "Je n'avais pas le choix", avait-il encore dit, notamment au sujet des vidéos de menaces. "Un des plus hauts dirigeants de l'EI m'a demandé de faire ces vidéos".

Il y a plusieurs mois, la justice irakienne avait annoncé que le prévenu avait reconnu lors de ses interrogatoires avoir formé "les ‘lionceaux du califat’, une soixantaine d'enfants de huit à 13 ans, à l'entraînement sportif et au maniement des armes".

Ces faits n'ont toutefois jamais été évoqués lors des deux audiences.

Tarik Jadaoun : pas si inoffensif au JT 19h30 du 05/01/2018

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