Irak: la chasse aux prisonniers évadés bat son plein à Bagdad

En Irak, les forces de l'ordre mettent tout en oeuvre pour retrouver les nombreux prisonniers qui se sont évadés de la prison d'Abou Ghraib
En Irak, les forces de l'ordre mettent tout en oeuvre pour retrouver les nombreux prisonniers qui se sont évadés de la prison d'Abou Ghraib - © AHMAD AL-RUBAYE

La chasse battait son plein mardi pour retrouver des centaines de prisonniers, dont des chefs d'Al-Qaïda, qui se sont évadés d'Abou Ghraib à l'ouest de la capitale, après un spectaculaire assaut mené sur deux prisons par des militants armés, tandis qu'une douzaine de personnes étaient tuées par des bombes visant des mosquées sunnites en Irak.

Un groupe lié à Al-Qaïda, l'Etat islamique en Irak et au Levant, a affirmé mardi avoir attaqué dans la nuit de dimanche à lundi deux des plus importantes prisons du pays afin de libérer certains de leurs chefs.

Dans un communiqué diffusé sur internet, le groupe a affirmé avoir libéré "plus de 500 Moujahidines" dans ces attaques qui ciblaient la prison d'Abou Ghraib, à l'ouest de la capitale, et celle de Taji, au nord de Bagdad.

Plus de 10 000 prisonniers étaient détenus dans ces deux prisons, selon les autorités.

"De hauts responsables d'Al-Qaïda font partie de ceux qui se sont évadés", a déclaré à l'AFP un haut-responsable de la sécurité irakienne, ajoutant qu'ils étaient activement recherchés.

Des experts ont souligné que ces évasions de hauts responsables du réseau ajoutent à la défiance de la population vis-à-vis du gouvernement, déjà accusé d'incurie face à la recrudescence des attentats ces derniers mois.

"Selon nos premières informations, des émeutes ont d'abord éclaté dans les prisons puis des détenus ont pris des armes aux gardes et donné le signal aux groupes armés qui attendaient à l'extérieur" pour passer à l'attaque, a ajouté le haut-responsable.

De son côté, le ministère de l'Intérieur a indiqué que les attaques concertées avaient débuté à la nuit tombée dimanche soir par une pluie d'obus de mortiers tirés sur les prisons de Taji et Abou Ghraib.

Les assaillants ont ensuite donné l'assaut aux prisons à l'aide de voitures piégées et de kamikazes portant des ceintures d'explosifs, selon le ministère.

"La plupart des détenus qui se sont évadés d'Abou Ghraib sont des hauts responsables d'Al-Qaïda qui ont été condamnés à mort", a déclaré à l'AFP Hakim al-Zamili, un membre de la commission de Sécurité et de Défense au Parlement.

108 prisonniers retrouvés

Selon ce député, 500 détenus se sont évadés d'Abou Ghraib, prison rendue tristement célèbre par les sévices commis par les Américains sur des détenus irakiens en 2004. Aucun n'aurait pu s'échapper de Taji.

"Ces terroristes vont chercher à gagner la Syrie pour rejoindre leur organisation avant de revenir en Irak pour se livrer à de nouveaux attentats", a estimé M. Zamili.

Le porte-parole du ministère de la Justice, Wassam al-Fraiji, s'est refusé à préciser combien de prisonniers s'étaient évadés, mais a affirmé mardi matin que 108 avaient été repris.

Selon les autorités, une vingtaine de membres des forces de sécurité et une vingtaine de prisonniers ont été tués pendant les accrochages qui ont duré près de 10 heures.

Le ministère de la Justice avait affirmé lundi que "des gardes ont collaboré avec les gangs terroristes", sans donner plus de précisions.

"Le gouvernement dans une situation des plus embarrassantes"

Un cordon de sécurité a été mis en place tout autour des prisons où des renforts ont été déployés, et un couvre-feu complet a été décrété dans les quartiers limitrophes pour faciliter la recherche des prisonniers, a indiqué mardi M. Fraiji.

Une cellule de crise a été mise en place au sein du bureau du Premier ministre pour coordonner les opérations, a-t-il ajouté.

"Tout ceci met le gouvernement dans une situation des plus embarrassantes", a estimé Ali al-Haidari, un expert irakien en matière de sécurité.

"Cela va porter un coup à la confiance qu'ont les gens dans les services de sécurité et dans le gouvernement" à un moment où les attentats reprennent de plus belle, a-t-il ajouté.

"De telles évasions touchant les plus grandes prisons du pays donnent encore un signe de la dégradation de la situation sécuritaire, dans le pays en général et à Bagdad en particulier", a estimé pour sa part Hamid Fadhel, politologue à l'Université de Bagdad.

Neuf policiers tués dans l'attaque d'un commissariat

Neuf policiers irakiens ont été tués mercredi lorsqu'un groupe armé a attaqué au mortier et à l'arme automatique un commissariat dans le nord du pays, a-t-on appris de sources policière et médicale.

Deux policiers et deux ambulanciers, dont le véhicule a sauté sur un engin explosif alors qu'ils arrivaient avec les premiers secours, ont également été blessés, selon le lieutenant de police Ahmed al-Lahaibi et le docteur Tariq al-Nouaimi de l'hôpital de Mossoul.

L'attaque a eu lieu tôt le matin à Pechmana, à une soixantaine de kilomètres au sud de Mossoul.

Par ailleurs, un civil a été abattu mercredi dans la région de Mendli, à 90 kilomètres à l'est de Bakouba, selon les autorités.

Mardi soir, des attentats à la bombe dans quatre mosquées sunnites lors de prières nocturnes du mois de jeûne de ramadan avaient fait au moins 12 morts, selon des responsables.

Ces explosions, à Kirkouk, dans le nord de l'Irak, à Kout, à 160 kilomètres au sud-est de Bagdad, et à Dora, un quartier sud de la capitale, avaient également fait une cinquantaine de blessés.

Des mosquées chiites ont également été la cible d'attentats ces dernières semaines alors que les violences inter-communautaires, entre la minorité sunnite, au pouvoir sous Saddam Hussein, et la majorité chiite qui contrôle aujourd'hui le gouvernement, gagnent en ampleur et en nombre, faisant craindre un retour à l'état de quasi guerre civile qui avait prévalu dans le pays en 2006-2007.

AFP

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