Irak: l'Union européenne va réunir les ministres des Affaires étrangères

"Catherine Ashton (chef de la diplomatie européenne) est prête a réunir dès cette semaine les ministres européens des Affaires étrangères et elle vérifie avec les Etats si cela est possible", a annoncé mercredi un de ses porte-parole. Aucune date n'est écartée, même celle du 15 août.

Le chef de la diplomatie française, Laurent Fabius, a insisté en termes peu amènes sur l'urgence d'une telle réunion. "Je sais bien que dans les pays occidentaux c'est la période des vacances, mais enfin quand il y a des gens qui meurent, j'allais dire qui crèvent, il faut revenir de vacances", a-t-il tonné mardi. Son homologue italienne, Federica Mogherini, dont le pays assure la présidence semestrielle des réunions ministérielles de l'UE, a apporté son soutien à cette exigence.

Un premier échange de vues a été organisé mardi au cours d'une réunion du Comité politique et de sécurité (COPS), chargé de traiter les situations de crise. Les capitales de l'UE se sont mises d'accord lors de cette réunion pour "renforcer de toute urgence la coordination humanitaire et accéder aux populations déplacées" en Irak et pour laisser les Etats membres qui le souhaitent livrer des armes aux combattants kurdes "en réponse à une demande urgente des autorités irakiennes".

La France a d'ailleurs annonce ce mardi qu'elle acheminera "dans les heures qui viennent" des armes en Irak "pour soutenir la capacité opérationnelle des forces engagées contre l'Etat islamique", les jihadistes qui progressent vers Bagdad, a annoncé l'Elysée mercredi dans un communiqué..

Rappelant l'entretien de jeudi entre François Hollande et le président du Kurdistan irakien Massoud Barzani, l'Elysée précise que "la France a déjà pris les dispositions nécessaires depuis plusieurs jours pour soutenir la capacité opérationnelle des forces engagées contre l'Etat islamique" (EI).

Avant Paris, la Grande-Bretagne avait déjà annoncé mardi soir qu'elle allait acheminer aux forces kurdes du "matériel militaire d'autres Etats contributeurs" afin de les aider à faire face à l'offensive jihadiste.

Frappes américaines

Les Etats-Unis, impliqués pour la première fois militairement en Irak depuis le retrait de leurs troupes fin 2011, mènent quotidiennement depuis vendredi des frappes aériennes sur les positions jihadistes.

L'objectif est de protéger le personnel américain à Erbil et éviter un éventuel "génocide" selon le président Barack Obama, alors que l'EI est accusé de persécution des minorités, d'exécutions sommaires et de viols, des exactions qui peuvent constituer "des crimes contre l'Humanité" selon l'ONU.

Les Etats-Unis ont en outre transféré des armes aux combattants kurdes.

Des centaines de milliers de déplacés

Des centaines de milliers de personnes ont été jetés sur les routes par l'offensive fulgurante des jihadistes de l'Etat islamique (EI) qui se sont emparés depuis le 9 juin de pans entiers du territoire au nord, à l'ouest et à l'est de Bagdad, sans véritable résistance des forces armées irakiennes.

La crise humanitaire s'aggravant avec l'avancée des jihadistes vers la région autonome du Kurdistan, où ont trouvé refuge les déplacés, les Occidentaux tentent de trouver les moyens de contrer la progression de l'EI et de sauver la minorité chrétienne et celle kurdophone et non musulmane des Yazidis.

Après des appels d'experts onusiens à agir rapidement pour éviter un "génocide potentiel" contre ces minorités, le secrétaire d'Etat John Kerry a annoncé que son pays étudiait l'évacuation "urgente" de ces civils.

"Nous allons faire une évaluation rapide et critique car il est urgent d'essayer de faire sortir ces gens des montagnes" de Sinjar, le bastion des Yazidis d'où ils ont été chassés le 3 août, a-t-il dit alors que parallèlement Etats-Unis poursuivent leurs frappes aériennes sur les positions insurgées dans le Nord.

"Sans nourriture, sans eau, sans abri"

Washington a en outre envoyé 130 conseillers militaires supplémentaires, arrivés mardi à Erbil, la capitale du Kurdistan, pour évaluer "plus en profondeur" les besoins des Yazidis. Ils n'ont pas vocation à combattre et viennent en renfort des quelque 300 conseillers déjà sur le terrain pour épauler le gouvernement dans sa lutte contre l'EI.

Des dizaines de milliers de membres de la minorité yazidie sont bloqués dans les montagnes de Sinjar "sans nourriture, sans eau et sans abri", selon le Haut Commissariat de l'ONU aux réfugiés (HCR).

Jusqu'à 35 000 personnes ayant fui cette région ont réussi à se réfugier ces dernières 72 heures à Dohuk, dans le Kurdistan, en passant par la Syrie, selon le HCR. Ils sont épuisés et déshydratés.

Des largages humanitaires américain et britannique ont été effectués ces derniers jours dans les montagnes de Sinjar, alors que Paris a envoyé de l'aide et que l'Australie va participer aux largages.

Mardi, un hélicoptère irakien transportant des déplacés et de l'aide s'est écrasé dans les monts Sinjar. La députée yazidie Vian Dakhil a été blessée, de même que deux journalistes.

Tourner la page Maliki

La communauté internationale a salué la nomination lundi de M. Abadi par le président Fouad Massoum, l'Irak devant ainsi tourner la page du très contesté Nouri al-Maliki.

Washington a exhorté M. Abadi, qui a en principe jusqu'au 10 septembre pour nommer ses ministres, à élargir son gouvernement à toutes les forces politiques dans un pays déchiré par les divisions confessionnelles.

M. Maliki cherche à s'agripper à son poste après huit ans au pouvoir mais il se retrouve isolé, ses détracteurs comme ses anciens alliés imputant le chaos dans le pays à sa politique d'exclusion des sunnites et à son autoritarisme.


AFP

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