Irak: l'UE débloque de l'aide humanitaire, la France veut plus

La Commission européenne a annoncé mardi qu'elle allait accorder cinq millions d'euros supplémentaires à l'Irak confronté à une grave crise humanitaire, afin de venir en aide aux populations déplacées et aux communautés qui doivent accueillir les réfugiés. Cela porte l'aide de la Commission pour l'Irak à un total de 17 millions d'euros en 2014.

"Ce que nous voulons, c'est prêter main forte à des centaines de milliers d'Irakiens y compris les groupes minoritaires déplacés dans les montagnes du Sinjar", a déclaré mardi la commissaire chargée de l'Aide humanitaire, Kristalina Georgieva.

La prise par l'Etat islamique (EI) il y a une semaine de Sinjar, bastion des Yazidis, une minorité non musulmane, a poussé à la fuite jusqu'à 200 000 civils selon l'ONU. Nombre d'entre eux sont piégés dans les arides montagnes environnantes, menacés par la faim, la soif et les jihadistes.

"Nous voulons aider les populations déplacées", a insisté la commissaire européenne, qui brigue le poste de chef de la diplomatie européenne, en remplacement de Catherine Ashton. Elle a précisé que le principal problème était l'accès aux populations concernés et non le financement de l'aide.

"N'oublions pas que le Kurdistan abrite des réfugiés syriens, une aide sera aussi nécessaire pour cette population", a-t-elle ajouté.

Cette annonce survient alors que se tient à Bruxelles une réunion des ambassadeurs de l'UE afin de coordonner leur action face aux crises en Irak, en Ukraine ainsi que dans la bande de Gaza.

Des armes données par l'UE ?

De son côté, le chef de la diplomatie française, Laurent Fabius, a demandé à nouveau mardi une réunion en urgence des ministres européens des Affaires étrangères pour parler de la livraison éventuelle d'armements aux Kurdes.

"Il n'y a pas eu de date encore et moi je redemande que ce soit fait d'urgence", a déclaré le ministre à la radio France Info.

Les deux ministres italien et français des Affaires étrangères ont demandé dimanche et lundi à Catherine Ashton, la chef de la diplomatie européenne, une réunion en urgence de leurs homologues.

"On peut rester comme ça, dire 'c'est désolant, on n'y peut rien' mais telle n'est pas notre position . (...) Je sais bien que dans les pays occidentaux c'est la période des vacances mais enfin quand il y a des gens qui meurent, j'allais dire qui crèvent, il faut revenir de vacances", s'est exclamé le ministre.

Laurent Fabius qui s'est rendu dimanche à Bagdad puis à Erbil, la capitale du Kurdistan irakien autonome, avait indiqué dans la soirée que face au déséquilibre entre les armements de l'Etat islamique (EI) qui progresse dans son offensive en Irak, et ceux des combattants kurdes irakiens, la question de livrer des armes à ces derniers devait être examinée "en liaison avec l'UE".

"Il s'agit d'aider les Kurdes, les Irakiens, à avoir les moyens de résister et si possible de battre" les jihadistes, dont l'intention est de "tuer tous ceux qui ne pensent pas comme eux, qui n'abjurent pas leur religion, et de pratiquer la torture et les viols systématiques," a-t-il précisé mardi.

Les USA veulent un gouvernement d'union

Le chef de la diplomatie américaine a exhorté le nouveau Premier ministre irakien Haïdar al-Abadi, nommé lundi, à "former un nouveau gouvernement dès que possible" pour faire face à la profonde crise que traverse l'Irak.

"Les Etats-Unis sont prêts à soutenir un gouvernement d'union en Irak et en particulier son combat contre l'EIIL", l'Etat islamique en Irak et au Levant dont les insurgés sunnites ont lancé le 9 juin une offensive leur ayant permis de s'emparer de larges pans de territoires en Irak.

Washington cherche à éviter une aggravation des divisions à Bagdad alors que le Premier ministre sortant, Nouri al-Maliki, refuse de céder sa place après huit ans au pouvoir. M. Maliki, chiite de 63 ans, est mis en cause depuis plusieurs mois par le gouvernement américain qui estime qu'il a alimenté l'offensive des jihadistes sunnites par sa politique confessionnelle.

"Que les choses soient claires, nous avons toujours appelé de nos voeux un gouvernement d'union qui représente (...) tous les Irakiens. c'est l'objectif", a insisté John Kerry.

L'envoi de troupes au sol exclu

Au plan militaire, le patron du Pentagone Chuck Hagel a confirmé que Washington transférait des armes, via le gouvernement irakien, aux Kurdes qui se battent contre les jihadistes et qui ont repris récemment deux villes du Nord, Makhmour et Gwer, tout en perdant le contrôle de Jalawla.

"C'est à la demande du gouvernement irakien que les Etats-Unis apportent leur assistance en convoyant des équipements militaires vers Erbil afin d'aider les peshmergas", les forces kurdes, a déclaré M. Hagel.

A Washington, le département d'Etat avait annoncé lundi que les Etats-Unis "collaboraient avec le gouvernement irakien pour envoyer des armes aux Kurdes, dont ils ont très vite besoin".

"Les Irakiens procurent des armes de leurs stocks, et nous faisons la même chose, nous leur fournissons des armes de nos stocks", avait déclaré Marie Harf, une porte-parole de la diplomatie américaine.

Le président Barack Obama a donné son vert au bombardement de positions des insurgés "pour protéger les civils pris au piège" ainsi que les personnels américains, évoquant un risque de génocide.

John Kerry a toutefois exclu tout envoi de troupes américaines au sol.

"On ne réintroduira pas de forces combattantes américaines en Irak. C'est une lutte que les Irakiens doivent livrer au nom de l'Irak", a déclaré le secrétaire d'Etat, dont le pays, hanté par le conflit irakien, s'en est retiré militairement fin 2011.

"Personne, je pense, n'envisage de reprendre le chemin que nous avions emprunté", a encore assuré John Kerry, en allusion à l'engagement des Etats-Unis en Irak à partir de l'invasion de 2003.

Il a par ailleurs indiqué que les Etats-Unis et l'Australie allaient saisir les Nations unies sur la question des jihadistes étrangers qui combattent en Irak ou en Syrie, "dans le but d'obtenir le soutien des pays d'origine (des jihadistes) et des pays concernés".

AFP

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