Irak: "Journée de la colère" contre l'impéritie du gouvernement, 17 morts

Manifestation le 23 février 2011 à Bagdad
Manifestation le 23 février 2011 à Bagdad - © Manifestation le 23 février 2011 à Bagdad

La "Journée de la colère" contre l'impéritie du gouvernement irakien et la concussion a tourné vendredi à la violence avec la mort par balles de quinze manifestants dans tout le pays lors d'affrontements avec les forces de sécurité.

Selon la police et les hôpitaux, il y a eu cinq morts à Mossoul (nord), deux à Hawija, dans la riche province pétrolière de Kirkouk, cinq à Tikrit et deux à Samarra (centre), et un jeune de 15 ans à Calar, une localité kurde dans la province de Diyala.
Cela porte à 19 manifestants et un policier le nombre des tués depuis le début de la contestation il y a trois semaines.
En outre, 134 personnes, dont 21 policiers et soldats, ont été blessées dans une dizaine de villes et quatre bâtiments publics incendiés.
Dans cinq villes, dont la capitale, l'interdiction de circuler était maintenue jusqu'à samedi.
A Bagdad, les forces de sécurité ont utilisé canons à eau et grenades lacrymogènes pour disperser les manifestants qui leur lançaient des pierres. Les Bagdadis ont dû marcher jusqu'à la place Tahrir, dans le centre de la capitale, le commandement militaire ayant interdit toute circulation automobile. Des restrictions ont également été imposées sur les manifestations à travers le pays.
Au milieu d'un important déploiement militaire et policier, quelque 5000 manifestants étaient rassemblés place Tahrir.
Les forces de sécurité ont bloqué avec de grands blocs de béton l'entrée du pont al-Joumhouriya menant à la zone verte, le secteur ultra-sécurisé qui abrite le siège du gouvernement et l'ambassade des Etats-Unis. Des manifestants sont parvenus à renverser quatre blocs et ont jeté pierres, chaussures et bouteilles d'eau sur la police anti-émeute et les soldats qui ont réussi à les bloquer.
Le député Sabah al-Saadi, venu à la rencontre des manifestants, a été accueilli par des huées. "Pourquoi les députés touchent-ils des millions de dinars par mois alors que nous, nous n'avons rien?", lui a-t-on lancé.
S'inspirant des révoltes en Tunisie et en Egypte, un mouvement dénommé "la Révolution de la colère irakienne" avait appelé via Facebook à manifester pour "le changement, la liberté et une démocratie véritable".
La majorité des organisateurs insistent sur leurs seules revendications de "réformes". "Il ne s'agit pas de faire tomber le gouvernement", soulignent-ils. "Je suis venu à pied de Sadr City (quartier misérable dans l'est de Bagdad), ça m'a pris deux heures, mais j'ai décidé de venir parce que je veux que le gouvernement change la situation", a dit Chachef Chenchoun, chômeur de 48 ans. "Nous n'avons ni électricité, ni eau, mais Abou Isra (surnom du Premier
ministre Nouri al-Maliki) s'en lave les mains
", se plaint Oum Safaa, mère de famille de 45 ans.
Son amie, Souad Mohammad, 40 ans, renchérit: "J'aurais mieux fait de me couper le doigt plutôt que de le tremper dans l'encre quand j'ai voté".
Les organisateurs avaient épinglé sur eux une feuille sur laquelle on pouvait lire: "Nous sommes des civils, nous sommes pacifiques".
Après la manifestation, Nouri al-Maliki, qui la veille avait qualifié les manifestants de "partisans de l'ancien dictateur Saddam Hussein et de terroristes", a remercié les protestataires "qui ont montré un sens des responsabilités et n'ont pas laissé les terroristes mener à bien leurs actions".
Le chef radical chiite Moqtada al-Sadr a demandé à ses partisans de donner au gouvernement un délai de six mois pour faire ses preuves.
Dans le Sud, le gouverneur de Bassora a démissionné à la suite d'une manifestation ayant rassemblé quelque 3000 personnes.
Pour tenter de calmer la grogne, le gouvernement a récemment multiplié les gestes, augmentant notamment d'un milliard de dollars le montant alloué aux rations alimentaires distribuées à six millions de familles.

AFP

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