Investiture de Joe Biden : vers un (net) réchauffement des relations entre les Etats-Unis et l'Iran ?

Joe Biden, le 20 janvier 2021, et l'Ayattolah Ali Khamenei, guide de la révolution iranienne
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Joe Biden, le 20 janvier 2021, et l'Ayattolah Ali Khamenei, guide de la révolution iranienne - © AFP/BELGA

Les relations entre les USA et Téhéran, c’est, on le sait, toute une histoire. Du très atlantiste Shah d’Iran au régime des Ayatollahs, puis du réchauffement qu’à promu l’administration Obama au climat glacial sous le mandat de Donald Trump, les soubresauts et événements ont été nombreux. Et ont laissé des traces. Mais que pouvons-nous à présent attendre de la diplomatie de "l’ère Biden" ?

L’ère d’un autre tyran arrive à son terme et aujourd’hui est le dernier jour de son règne affreux.

Hassan Rohani, président iranien, le 20 janvier 2021

 

Le 20 janvier, pour l’avènement de la toute fraîche administration Biden, le président iranien Hassan Rohani s’est montré plus que satisfait (et l’a répété) lors du conseil des ministres à Téhéran.

"L’ère d’un autre tyran arrive à son terme et aujourd’hui est le dernier jour de son règne affreux", a-t-il déclaré, accusant le président sortant des Etats-Unis de n’avoir porté, tout au long de ses quatre années à la Maison Blanche, "d’autres fruits que ceux de l’injustice et de la corruption".

Jusqu’au bout, Donald Trump avait, en effet, fait peser une menace sur l’ancienne Perse.


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Du côté iranien, on attend beaucoup du nouveau mandat présidentiel américain. Car celui de Donald Trump a été catastrophique, et c’est un euphémisme. L’administration républicaine est revenue sur l’accord sur le nucléaire, signé sous l’ère Obama. Celui-ci avait été le fruit d’un travail acharné, réduit presque à néant. Les sanctions, elles, étaient de retour, anéantissant les espoirs d’une population qui voyait le boycott se desserrer.


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Tourisme en chute libre en Iran, reportage du 5 septembre 2019 :

Sans parler des tensions entre les deux pays, qui ont atteint des sommets, comme lors de la crise des pétroliers iraniens en été 2019, ou de celle qui a suivi l’assassinat du général Soleimani, en Irak, par les Américains"Sur ordre du président, l’armée américaine a pris des mesures défensives décisives pour protéger le personnel américain à l’étranger en tuant Qassem Soleimani", avait indiqué le Pentagone, aux premiers jours de 2020.

Pour montrer leurs muscles, les Iraniens avaient aussi, en janvier dernier, lancé des missiles sur des bases américaines en Irak, coups de semonces pour montrer à l’ancien et au potentiel nouveau président que le monde diplomatique devait toujours compter avec eux.


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Ensuite, les invectives entre les deux pays ont continué. Les Iraniens manifestants leur colère, et Trump menaçant toujours plus. Un mandat d’arrêt contre Donald Trump avait même été délivré par l’Iran en juin dernier.

Encore tout récemment, le 16 janvier, les Gardiens de la Révolution ont procédé à des exercices militairesL’utilisation de "missiles à longue portée sert à montrer que si les ennemis […] montrent une mauvaise intention contre nos intérêts nationaux, les routes commerciales maritimes ou terrestres, ils seront ciblés et détruits" a synthétisé les autorités. A bon entendeur…

Escalade des menaces entre Iran et Etats-Unis, dans notre JT du 5 janvier 2020 :

Les affranchis

Revenons sur l’accord nucléaire. Jugeant insuffisant l’accord international sur le nucléaire iranien conclu à Vienne en 2015 (à savoir Etats-Unis, Chine, Russie, France, Allemagne, Royaume-Uni et Iran), Donald Trump, a retiré son pays de ce pacte en mai 2018, réimposant et durcissant ensuite les sanctions contre Téhéran.


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L’impressionnante volte-face américaine n’a cependant pas empêché Téhéran de poursuivre sa production nucléaireEn riposte, Téhéran s’est affranchi depuis 2019 de la plupart de ses engagements clef pris à Vienne. "Si les sanctions sont levées, le retour des Américains (à l’accord) aura un sens", a déclaré Ali Khamenei, jugeant que "lorsque l’autre partie ne remplit pratiquement aucune de ses obligations, il n’est pas logique que la République islamique remplisse toutes ses obligations". "S’ils retournent à leurs obligations, nous reviendrons à nos obligations", avait-il ajouté, rappelant la position iranienne.

A noter aussi qu’un scientifique iranien, considéré comme le "père du programme nucléaire" a été assassiné en novembre dernier, Téhéran accusant Israël.

Assassinat d’un éminent scientifique "père du programme nucléaire iranien", en novembre 2020 :

Uranium enrichi

Et début janvier, l’Organisation de l’énergie atomique iranienne de déclarer que l’Iran produisait désormais de l’uranium enrichi à 20%.

L’AIEA (Agence internationale de l’énergie atomique) a, elle, annoncé le mercredi 13 janvier que l’Iran avait avancé dans sa production d’uranium métal pour servir de carburant à un réacteur, ce qui marquerait une nouvelle violation de ses engagements de l’accord international de 2015. Selon Téhéran, cette recherche a pour objectif de fournir du combustible avancé pour un réacteur de recherche à Téhéran.

Mais les craintes des autres pays signataires ont ressurgi…


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Craintes nucléaires

Le week-end dernier, trois pays européens signataires de l’accord (Allemagne, France et Royaume-Uni) ont envoyé une demande, via communiqué, aux Iraniens. A savoir, qu’ils renoncent à leur production d’uranium métal. C’est que l’uranium métal est une menace forte, car il peut être utilisé comme composant d’armes nucléaires. "L’Iran n’a aucune utilisation civile crédible de l’uranium métal", ajoutent les trois pays signataires de l’accord de 2015.

Et les Européens de s’inquiéter, notamment par la voix du ministre français des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian (dans une interview au Journal du Dimanche, citée par le Monde)  : "L’Iran est en train de se doter de la capacité nucléaireIl y a également une élection présidentielle en Iran à la mi-juin. Il est donc urgent de dire aux Iraniens que cela suffit et de prendre les dispositions pour que l’Iran et les Etats-Unis reviennent dans l’accord de Vienne. "

L’Iran est en train de se doter de la capacité nucléaire

Priorités iraniennes

L’Iran n’est donc pas pressé de voir les États-Unis revenir à l’accord international sur le nucléaire iranien, a déclaré vendredi le guide suprême iranien. Les autorités exigent avant tout la levée des sanctions américainesLa question n’est pas "que l’Amérique revienne ou non ; nous ne sommes pas pressés et nous n’insistons pas pour qu’elle revienne", a déclaré l’ayatollah Ali Khamenei. "Notre demande rationnelle et logique est la levée des sanctions, et les sanctions doivent être levées" car "il s’agit du droit usurpé de la nation iranienne", a ajouté le numéro un iranien, qui s’exprimait lors d’un discours télédiffusé.

Archive JT : sujet du 26 septembre 2018 :

Renouer le dialogue

Joe Biden lui, s’est dit enclin à faire revivre l’accord. Il a ainsi déclaré lors d’une interview au New York Times qu’il désirait vouloir engager rapidement de nouvelles négociations avec l’Iran, "en consultation" avec les alliés de l’Oncle Sam. Mais une chose après l’autre, c’est-à-dire uniquement après le retour des Etats-Unis dans l’accord sur le nucléaire iranien. Il faut aussi, selon lui, que Téhéran fasse marche arrière, et revienne à un "respect strict" des limites de l’accord de 2015. Cela constituerait un point de départ pour le retour de négociations.

La meilleure manière d’atteindre une certaine stabilité dans la région

Selon lui, il y va de la stabilité de la région. En outre, le nouveau locataire de la Maison-Blanche dit vouloir élargir ces discussions au-delà des pays signataires de l’accord de 2015 à des voisins et rivaux de Téhéran comme l’Arabie saoudite et les Emirats arabes unis.


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Du côté de l’Union européenne, on a très tôt signifié la volonté de voir perdurer l’accord sur le nucléaire. Il y a un an encore, en janvier 2020, la diplomatie européenne n’avait pas hésité à affirmer qu'"elle n’épargnerait pas sa peine pour sauver l’accord sur le nucléaire iranien". Et pour ce qui est du rétablissement de sanctions contre Téhéran demandé par Donald Trump en août 2020, l’Europe avait fait savoir encore récemment qu’elle ne souhaitait pas s’aligner sur la ligne dure américaine (ce qui avait suscité une certaine ire de la part de Mike Pompeo, le chef de la diplomatie US).


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Genève : accord sur le nucléaire iranien (JT du 24 novembre 2013)

La situation est donc plus que cruciale, et même si un réchauffement des relations entre l'Iran et les USA est à prévoir, cela ne coule néanmoins pas de source. Des accords et des pas des deux côtés devront être faits. Gageons que la nouvelle diplomatie américaine, qui devrait revenir à une attitude moins cavalière, arrondisse les angles, et que Téhéran se montre plus enclin à revenir vers une situation plus apaisée avec les acteurs de l’accord de Vienne.

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