Interpellé sur Brut, Emmanuel Macron reconnaît des "violences policières" en France

Confronté à une montée du mécontentement en particulier des jeunes, le président français, Emmanuel Macron s’est adressé à eux via un de leurs médias en ligne favoris, Brut. Il a été interrogé en direct par Remy Buisine, journaliste très suivi ces derniers mois durant ses longs directs au cœur des manifestations parfois violentes qui secouent la France.

Le journaliste l’a immédiatement interpellé sur l’évacuation le 23 novembre de migrants installés dans des tentes en plein cœur de Paris. Les images des migrants sortis sans ménagement de leurs tentes et poursuivis pendant des heures, de nuit, dans les rues de Paris avaient choqué. Remy Buisine lui-même avait été brusqué par la police. Le tabassage du producteur Michel Zecler le 21 novembre avait amplifié un mouvement de défiance envers la police.

Violences policières, un slogan

Emmanuel Macron a reconnu qu’il existait "des violences par des policiers", expression qu’il a dit préférer à celle de "violences policières", qui est selon lui devenue "un slogan". "Je n’ai pas de problème à répéter le terme de violences policières mais je le déconstruis", car "c’est devenu un slogan pour des gens qui ont un projet politique. Il y a des policiers qui sont violents" et "qu’il faut sanctionner", a-t-il dit sur Brut.

"Rien ne justifie les violences", a reconnu Emmanuel Macron. "Ils doivent fonctionner dans un cadre déontologique. Une procédure a été lancée. Elle a permis d'identifier des fautes. Il y aura donc des sanctions." "Ce qui nous a fait honte, c'est que tous les policiers ne soient pas exemplaires. Il n’y a pas d’excuses pour cela. La justice s'en est saisi."

En même temps, le président français a rappelé que la violence, le racisme existent dans la société et que la police était le reflet de cette société.  "Je vois aussi la violence à l’encontre des policiers. Certains ont été tués".  Il a mis en cause notamment le rôle des Black Blocs. Il a ainsi dénoncé les violences contre une policière "attaquée par des fous", des "gens ensauvagés", lors de la manifestation contre le texte de loi "sécurité globale", samedi dernier à Paris.

Mieux protéger les forces de l’ordre

Emmanuel Macron a également défendu la loi contestée sur la Sécurité globale. Le texte est accusé de limiter la liberté de la presse, en interdisant la diffusion d’images de policiers. "Je partage l’objectif de la loi, de mieux protéger les forces de l’ordre", a-t-il dit, "mais la réponse ne peut pas être de réduire la liberté de la presse." L’article 24 controversé est en cours de réécriture pour apaiser les craintes.

Mais Emmanuel Macron rejette les critiques qui disent que cette loi abîme l’image de la France. "On n’est pas la Hongrie ou la Turquie", s’est-il écrié, en estimant que le débat "a été contaminé par un discours militant, hostile au gouvernement et à votre serviteur". "Ne laissons pas la France être caricaturée", a-t-il ajouté.


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Sur la question du racisme, le président français a reconnu que des discriminations existent au quotidien. "Aujourd'hui, quand on a une couleur de peau qui n'est pas blanche, on est beaucoup plus contrôlé. On est identifié comme un facteur de problème et c'est insoutenable", a-t-il regretté. "Vous êtes une chance" pour la République, a-t-il lancé aux jeunes Français issus de l'immigration. "La République d'abord vous reconnaît", "votre histoire individuelle est une partie de notre histoire", et de "l'identité française", a affirmé le chef de l'Etat.

Emmanuel Macron a annoncé le lancement d’un grand sondage à partir de janvier sur une plateforme internet où les gens pourront aller dire en quoi ils sont discriminés. Les citoyens pourront notamment y dénoncer les contrôles au faciès et les problèmes d’accès au logement et à l’emploi.

"Il faut les rassurer"

Le but de cet entretien dans un format inhabituel, c'était "d’avoir un échange direct avec la jeunesse, de répondre à des questions qui sont posées, à des inquiétudes, à des doutes qui sont formulés", avait expliqué le porte-parole du gouvernement Gabriel Attal. "La jeunesse doute du fait de la période qu’on vit aujourd’hui, pas uniquement le coronavirus" et "il faut les rassurer, il faut échanger avec eux, il faut entendre ce qu’ils ont à dire et il faut y répondre", a-t-il ajouté.

Emmanuel Macron a voulu se montrer à l’écoute d’une génération bien plus sensibilisée que ses aînés à des sujets comme l'environnement, l’égalité femmes-hommes, les violences policières, le racisme ou encore l’islamophobie, comme le montre un sondage de l’Ifop pour Marianne cette semaine.

Voulant jouer franc jeu, il a ainsi reconnu ne pas avoir réussi à tenir sa promesse de sortir du glyphosate en trois ans, plaidant un échec collectif. "Je n'ai pas changé d'avis" sur cet objectif, mais "je n'ai pas réussi" à l'accomplir, a déclaré le chef d'Etat qui, en novembre 2017, s'était engagé dans un tweet pour une interdiction "au plus tard dans trois ans". Depuis, la France s'est fixée pour objectif de sortir en 2021 de l'essentiel des usages de ce désherbant classé comme cancérogène probable, avant une interdiction totale en 2023.

"C’est dur d’avoir 20 ans en 2020"

Souvent déprimés par les deux confinements, privés de petits boulots et de lien social ou en difficulté dans des études à distance, 53% des 18-30 ans se sentent "révoltés ou résignés" et seulement 22% "confiants ou enthousiastes", selon un sondage de l’Ifop pour La Tribune. Emmanuel Macron l’avait résumé le 14 octobre en lançant : "C’est dur d’avoir 20 ans en 2020". "Je ne donnerai jamais de leçon à nos jeunes parce que ce sont eux qui, honnêtement, vivent un sacrifice terrible", avait-il ajouté.

Les 18-24 ans demeurent pourtant, avec les seniors, les plus solides soutiens d’Emmanuel Macron, souligne Frédéric Dabi, de l’Ifop, avec un taux d’approbation de 49%, selon le baromètre Ifop-Fiducial d’octobre. Ce taux tombe à 37% pour les 25-34 ans, la tranche d’âge la plus sévère envers le président, ceux qui cherchent à s’insérer professionnellement, note Frédéric Dabi.

La grande majorité des 18-30 ans, selon le sondage Ifop pour La Tribune, estime qu’ils paieront pendant des décennies pour la dette contractée au cours de la crise et se sentent injustement accusés d’être responsables de la reprise de l’épidémie. 54% estiment avoir été sacrifiés au profit des plus âgés et plus des trois quarts ont subi l’interruption d’une formation, l’annulation d’un stage ou la perte d’un emploi.

 

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