Interdiction libyenne aux navires étrangers: MSF suspend en partie ses activités

Médecins sans Frontières refuse de signer le "code de bonne conduite" défini par le gouvernement italien et introduisant des règles précises pour continuer à participer à des opérations de secours au large de la Libye.
Médecins sans Frontières refuse de signer le "code de bonne conduite" défini par le gouvernement italien et introduisant des règles précises pour continuer à participer à des opérations de secours au large de la Libye. - © FRANCESCO FARACI - AFP

Médecins sans frontières (MSF) a annoncé samedi la suspension des activités du Prudence, le plus gros des navires de secours aux migrants en Méditerranée, à la suite de l'interdiction lancée par la marine libyenne aux navires étrangers.

"Les Etats européens et les autorités libyennes sont en train de mettre en oeuvre conjointement un barrage à la possibilité pour des personnes de chercher la sécurité. C'est une attaque inacceptable à la vie et à la dignité des personnes", a réagi Loris De Filippi, président de MSF Italie, dans un communiqué.

"Si ces déclarations sont confirmées et que ces ordres sont mis en action, nous distinguons deux graves conséquences: il y a aura plus de morts en mer et plus de gens seront coincés en Libye", poursuit Annemarie Loof, directrice des opérations MSF. "Si les bateaux humanitaires sont poussés en dehors de la Méditerranée, il restera moins de bateaux dans la zone pour sauver les gens de la noyade. Ceux qui ne se noieront pas seront interceptés et ramenés en Libye, où nous savons que l'inégalité, la détention arbitraire et la violence extrême règnent".

"MSF refuse d'être cooptée dans un système qui vise à empêcher à tout prix aux personnes de se rendre en lieu sûr", ajoute Brice de le Vingne, directeur des opérations MSF. "Nous demandons à l'Union Européenne et aux autorités italiennes de mettre fin aux stratégies de rétention qui piègent les personnes dans un pays en guerre, sans considérer leurs besoins de protection et d'assistance".

Le Prudence est le plus gros des bateaux de secours d'ONG actifs au large des côtes libyennes: il avait recueilli notamment un record de 1500 personnes fin mai.

L'ONG continuera cependant à assurer la logistique et l'assistance sanitaire sur l'Aquarius de SOS Méditerranée, qui se trouve actuellement dans les eaux internationales, a-t-elle précisé samedi.

"Pour l'instant, nous poursuivons notre activité de patrouille dans les eaux internationales", avait expliqué vendredi Nicola Stalla, coordinateur des opérations de recherche et sauvetage à bord de l'Aquarius, à un journaliste de l'AFP présent à bord.

L'Aquarius patrouille depuis dix jours à 20 milles nautiques au nord de la Libye - une distance à laquelle on peut distinguer les côtes libyennes depuis le bateau -, en se retirant à 30 milles la nuit.

La marine libyenne a annoncé jeudi la création au large du territoire d'une zone de recherche et de sauvetage, qu'elle interdit sauf autorisation aux navires étrangers, en particulier aux ONG patrouillant pour secourir des migrants.

Parti le lendemain de cette annonce pour la zone des secours, le Vos Hestia de Save the Children, s'est pour sa part dérouté vers l'île italienne de Lampedusa, mais l'ONG britannique, jointe par l'AFP, n'a pas donné d'explication dans l'immédiat.

En revanche, le Golfo Azzurro de l'ONG espagnole Proactiva Open Arms se préparait à repartir "dans les prochaines heures" pour la zone des secours après un ravitaillement à Malte.

Médecins sans Frontières refuse de signer le "code de bonne conduite" défini par le gouvernement italien et introduisant des règles précises pour continuer à participer à des opérations de secours au large de la Libye.

La plupart des autres ONG l'ont progressivement avalisé, à l'instar de SOS Méditerranée qui a signé vendredi. L'organisation a estimé que le texte avait été suffisamment amendé: il ne mentionne plus par exemple "le port d'armes" pour des policiers accueillis à bord des navires afin d'enquêter sur des passeurs de migrants.

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