Insurrection à Washington : retour sur une journée de confusion totale au Capitole

Ce mercredi 6 janvier, des milliers de manifestants favorables au président sortant des Etats-Unis Donald Trump ont envahi la colline du Capitole à Washington, plongeant dans la confusion la session du Congrès qui devait confirmer la victoire de Joe Biden à l’élection présidentielle du 3 novembre. Après intervention de la Garde nationale, la situation est revenue au calme, et le Sénat et la Chambre des représentants ont repris leurs travaux.


L’ESSENTIEL :

  • Des partisans de Donald Trump se sont introduits dans les bâtiments du Congrès et ont affronté police et forces de sécurité du Capitole ;
  • Un couvre-feu a été instauré de 18h à 6h du matin, heure locale ;
  • Selon différents médias américains :
    • Au moins quatre personnes, dont une femme touchée par balles, sont décédées durant les affrontements
    • D’autres personnes ont été emmenées à l’hôpital
    • 13 émeutiers ont été arrêtés et au moins 5 armes ont été saisies ;
  • La Garde nationale a été dépêchée sur place et les manifestants ont été évacués ;
  • Le Sénat a repris sa séance de certification de la victoire de Joe Biden

LES TEMPS FORTS :


6 janvier au matin : des pro-Trump affluent à Washington

Des dizaines de milliers de supporters du président républicain, munis de drapeaux 'Trump 2020' et coiffés de casquettes rouges "Make America Great Again", affluent à Washington.

Venus de tous les Etats-Unis, parfois par cars entiers, ils traversent la capitale, une ville profondément démocrate, où les vitrines de la plupart des magasins et immeubles du centre-ville ont été barricadées, par crainte de débordements.

Ils convergent vers une esplanade proche de la Maison-Blanche, où Donald Trump doit s’exprimer en milieu de journée. Le républicain a prévenu, la journée sera "folle". Dans un geste inédit qui restera probablement dans les livres d’histoire, le milliardaire républicain a choisi de défier le Congrès en réunissant des dizaines de milliers de ses supporteurs à Washington.

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Insurrection à Washington : retour sur une journée de confusion totale au Capitole © SPENCER PLATT - AFP
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Insurrection à Washington : retour sur une journée de confusion totale au Capitole © TASOS KATOPODIS - AFP

12h : Trump prend la parole

Vers midi, Donald Trump arrive sur scène et prononce un long discours très virulent, sous un ciel chargé de lourds nuages.

"Nous n'abandonnerons jamais. Nous ne concéderons jamais", lance-t-il. "Nous ne reprendrons jamais notre pays en étant faibles. (...) Vous devez être forts."

Le milliardaire républicain s'en remet à son vice-président, qu'il appelle à ne pas entériner la victoire de Joe Biden lors de la session extraordinaire du Congrès, que ce fidèle parmi les fidèles doit présider.

"Je sais que tout le monde ici marchera bientôt vers le Capitole, pour pacifiquement, patriotiquement faire entre vos voix", ajoute Donald Trump.

13h : les élus commencent à siéger, les manifestants envahissent le Capitole

Vers 13h (19h HB), les parlementaires des deux chambres entament la procédure de certification des résultats de l'élection présidentielle.

Juste avant le début de la séance, Mike Pence déclare dans une lettre qu'il ne s'y opposera pas, ce droit revenant selon lui aux élus.

Le chef des sénateurs républicains, Mitch McConnell, pourtant soutien de Donald Trump durant son mandat, met en garde ses collègues, évoquant un risque "mortel" pour la démocratie.

Mais dès le début de la session, des républicains émettent des objections aux résultats de l'élection dans l'Etat d'Arizona. Conformément à un processus ultra-codifié, les deux chambres se sont alors séparées pour en débattre.

Au même moment, les manifestants pro-Trump affluent vers le Capitole. Des bâtiments annexes sont évacués alors que certains forcent les barrages des forces de l'ordre. La séance est interrompue et les deux chambres sont placées en confinement. La manifestation dégénère. La police fait usage de gaz lacrymogènes pour tenter d’évacuer des partisans de Donald Trump qui ont envahi la scène installée pour la prestation de serment de Joe Biden le 20 janvier. "Nous reprenons la Chambre", "c’est notre parlement", déclare un manifestant anonyme.

Des policiers dégainent leurs armes dans le Capitole pour protéger les élus"Les gardes de sécurité et les policiers du Capitole ont sorti leurs armes tandis que des partisans de Donald Trump tentaient de forcer le passage", tweete l’élu Dan Kildee. "On a reçu pour consigne de nous allonger sur le sol et d’enfiler notre masque à gaz", ajoute-t-il. Le chaos s'installe : du gaz lacrymogène est tiré dans la rotonde du Capitole, des policiers dégainent leurs armes. Des images stupéfiantes de manifestants dans les couloirs du Congrès, posant à la tribune de la chambre basse ou encore dans le bureau de sa présidente, Nancy Pelosi, circulent partout.


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Une femme est touchée par balle à la poitrine. Elle décède quelques heures plus tard, affirment les médias américains NBC, CNN et Fox News, citant une source auprès de la Metropolitan Police. Il s'agirait d'un tir de la police. D'autres médias, dont AP, parlent de trois autres décès lors des violences. D'autres personnes ont aussi été transportées à l’hôpital. L’un des blessés est un homme tombé d’un échafaudage sur l’aile ouest du Capitole, précise encore CNN.

"Je viens juste d’évacuer mon bureau à Cannon à cause d’une menace proche. Maintenant, nous voyons des manifestants attaquer la police du Capitole", tweete l’élue républicaine à la Chambre des représentants Nancy Mace.

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Insurrection à Washington : retour sur une journée de confusion totale au Capitole © ROBERTO SCHMIDT - AFP

14h : couvre-feu à Washington, la Garde nationale envoyée au Capitole

La maire de Washington Muriel Bowser ordonne un couvre-feu à 18h locales (minuit HB) dans la capitale. Ce couvre-feu doit durer jusqu’à jeudi matin 6h locales (midi HB), annonce la maire dans un communiqué publié sur Twitter, en précisant que les travailleurs essentiels ainsi que les journalistes en sont exemptés.

La police anti-émeute commence à évacuer les manifestants rassemblés devant le Capitole mercredi en fin d’après-midi. Sur des images diffusées sur CNN, on peut voir des agents décrocher les drapeaux accrochés par les partisans du président à l’intérieur et sur les façades du bâtiment. L’opération semble se dérouler dans le calme.

Les agents ont pris position au pied des marches menant à l’entrée du Capitole, où des centaines de manifestants pro-Trump étaient rassemblés depuis la mi-journée pour contester la certification de l’élection de ce Joe Biden.


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Le gouverneur de Virginie Ralph Northam annonce, via Twitter, l’envoi de la Garde nationale au Capitole pour faire face au rassemblement de manifestants pro-Trump, dont certains ont envahi le bâtiment.

"Nous travaillons en étroite collaboration avec le maire (de Washington DC) Muriel Bowser, (la présidente de la Chambre des représentants) Nancy Pelosi et (le leader démocrate au Sénat) Chuck Schumer pour apporter une réponse à la situation à Washington DC", tweete Ralph Northam. "A la demande du maire, j’envoie des membres de la Garde nationale de Virginie et 200 soldats", ajoute-t-il.

Trump appelle au calme

Le président américain Donald Trump appelle ses partisans à éviter toute violence. "S’il vous plaît, soutenez la police du Capitole et les forces de l’ordre. Ils sont du côté de notre pays. Restez pacifiques !", tweete-t-il. "Je demande à tout le monde au Capitole de rester pacifique", ajoute-t-il un peu plus tard dans un autre tweet. "Pas de violence ! Souvenez-vous, NOUS sommes le parti de la loi et l’ordre", écrit-il encore. Il tweete une courte vidéo, demandant à ses partisans de rentrer chez eux. Le président sortant continue pour tant de dire que l'élection a été "volée".

Twitter a depuis supprimé ces deux dernières sorties, avant de suspendre le compte de Donald Trump pendant 12 heures. Facebook a suivi en bloquant le compte pour 24 heures.

Des élus républicains condamnent l’invasion de la colline du Capitole. "La violence et l’anarchie sont inacceptables. Nous sommes un Etat de droit. Ceci doit cesser immédiatement", tweete Tom Cotton, sénateur de l’Arkansas.

Ron Johnson, un autre sénateur républicain, appelle les manifestants présents au Capitole à respecter les forces de l’ordre et à se disperser pacifiquement.

"Je condamne toute forme de violence et d’intimidation. C’est inacceptable", affirme Steve Daines, sénateur du Montana.

République bananière

L'ancien président américain George W. Bush (2000-2008), évoque une "insurrection" digne d’une "république bananière", qui "pourrait causer un grave dommage à la nation et la réputation". "Il est de la responsabilité fondamentale de chaque citoyen de soutenir la primauté du droit", ajoute-t-il.

Sans citer le républicain Donald Trump, l’ancien locataire de la Maison Blanche se dit néanmoins "interpellé par le comportement imprudent de certains dirigeants politiques depuis l’élection présidentielle et par le manque de respect témoigné aux institutions, traditions et forces de l’ordre" des Etats-Unis.

Tout personne impliquée dans des actes de violence, notamment contre la police, doit être poursuivie

"La violence est toujours inacceptable. Même lorsque les émotions sont fortes. Toute personne impliquée dans des actes de violence, notamment contre la police, doit être poursuivie", tweete Ted Cruz, le sénateur du Texas et l’un des principaux soutiens du président Donald Trump. "Ceux qui se livrent à des actes de violence nuisent à la cause qu’ils disent défendre", ajoute celui qui avait notamment contesté les résultats du scrutin présidentiel dans l’Etat de l’Arizona.


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Bill Hagerty, le sénateur du Tennessee et autre important allié du président sortant condamne, lui aussi, les actes de violence ayant lieu au Capitole.

18:30 : retour au calme et reprise de la séance au Congrès

Après l'entrée en vigueur du couvre-feu, les manifestants encore sur place sont dispersés par les forces de l'ordre. Vers 18:30, un responsable annonce que le Capitole est de nouveau sécurisé.

Peu après 20h, la session parlementaire reprend en vue de la certification de la victoire de Joe Biden.

La police annonce avoir arrêté 13 personnes, rapporte le New York Times. Au moins cinq armes à feu ont aussi été saisies. Mike Pence, Kamala Harris et Nancy Pelosi auraient été mis en sécurité.

Mike Pence, s’exprimant à l’ouverture de la séance, a regretté un "jour sombre" et condamné les "violences".

"Même après une violence et un vandalisme sans précédent dans ce Capitole, les représentants élus du peuple des Etats-Unis sont à nouveau réunis, ce même jour, pour défendre la Constitution", a souligné le vice-président sortant.


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Le chef des républicains au Sénat, Mitch McConnell, a martelé à la reprise de séance que le Sénat "ne serait pas intimidé". "Ils ont essayé de perturber notre démocratie et ils ont échoué", a-t-il asséné.

Son homologue démocrate Chuck Schumer a quant à lui affirmé que les événements de mercredi, provoqués "par les mots, les mensonges" de Donald Trump, laisseraient une "tâche qui ne serait pas aisément effacée".

Avant que les débats ne sombrent dans la confusion, Mike Pence avait bien commencé à présider la session conjointe de la Chambre des représentants et du Sénat qui doit officialiser le vote de 306 grands électeurs en faveur de Joe Biden contre 232 pour Donald Trump.

Selon la Constitution, son rôle consiste à "ouvrir" les certificats envoyés par chacun des 50 Etats pour transmettre les votes de leurs grands électeurs. Seuls les élus peuvent contester les résultats dans certains Etats.

Journal télévisé 13H

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