Insurrection à Washington : le terme "coup d’Etat" peut-il être utilisé ?

L’insurrection des manifestants pro-Trump dans le Capitole à Washington continuer de faire parler d’elle aux quatre coins de la planète. Ce jeudi, les événements d’hier soir faisaient les gros titres de la presse et continuent d’être mis en avant dans les médias. On y parle d’émeutes, d’insurrection, de tentative de coup d’Etat, même. Mais quel est le bon terme à utiliser pour désigner ces faits ? L’expression "coup d’Etat", qui renvoie à des imaginaires de violence, est-elle appropriée ? Voici quelques éléments de réponse.

"Mon interprétation est qu’il y avait bel et bien un esprit de coup d’État", analyse Tanguy Struye, professeur à l’Ecole des sciences politiques et sociales de l’UCLouvain et spécialiste des Etats-Unis. "Un coup d’État se caractérise par un officiel qui souhaite renverser le pouvoir", éclaire l’expert.

"Si l’on prend la définition pure de 'coup d’État', il y a matière à discuter. Toutefois, dans le cas de ce mercredi soir, l’esprit du coup d’état était présent dans la mesure où Trump était derrière les manifestants. Il les a poussés à renverser les institutions. Cela fait deux mois qu’il incite ses partisans les plus extrémistes à se mobiliser", analyse l’expert.

En effet pas plus tard que le 29 décembre, le Président sortant avait invité ses partisans à se rassembler à Washington le 6 janvier.

"Dans un même temps, on peut parler d’un mélange entre un coup d’État et une insurrection", nuance Tanguy Struye. "L’insurrection consiste en l’acte spontané de s’insurger contre le pouvoir. Ici, l’insurrection se mélange au coup d’État puisque les manifestations d’hier soir n’ont pas été totalement spontanées, mais incitées par Trump à plusieurs reprises".


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A ce stade, il serait donc plus difficile de parler d’émeute. "Un exemple concret d’émeute, ce sont les manifestations liées au mouvement 'Black Lives Matter', où la mobilisation prend une tournure plus violente et dure des semaines", éclaire l’expert. "Or, ce mercredi, des cocktails molotov ont été retrouvés dans le Capitole : cela prouve la volonté d’en découdre avec le pouvoir en place".

Un coup d’État, une notion difficile à avaler en démocratie

Si les caractéristiques d’un coup d’État sont bel et bien là, pourquoi hésite-t-on à employer cette expression ?

"Je poserais la question dans un autre sens. Si le même type d’événement s’était produit au Chili ou en Argentine, aurait-on hésité à parler de tentative de coup d’État ?", questionne Tanguy Struye.

La prudence dans l’emploi du terme aurait donc quelque chose à voir avec le statut de démocratie des Etats-Unis, voire de "plus grande démocratie du monde", comme on a parfois l’habitude de l’entendre.


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Sans compter, conclut l’expert, que le Président a alimenté les tensions par le fait de ne pas reconnaître sa défaite.

"Et cela n’a pas duré que quelques jours", rajoute Tanguy Struye. "Il s’est opposé aux résultats même après le vote des grands électeurs en décembre".

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