Inondations et crues : comment fonctionne le système européen d’alerte ?

Depuis les inondations meurtrières qui ont ravagé une partie de la Wallonie la semaine dernière, beaucoup de questions se posent sur la gestion de ce type de situation. Le ministre wallon en charge des Infrastructures Philippe Henry veut faire la "clarté complète" sur les informations dont l’administration wallonne était en possession dans les heures qui ont précédé les inondations, ainsi que sur le déroulé des actions prises face à celles-ci.

Le ministre écologiste wallon demande au Service public de Wallonie de publier toutes les informations relatives aux données EFAS (European Flood Awareness System, le système d’alerte européen de risques de crues). Comment fonctionne ce système ?

Un système d’alerte européen

L’EFAS fait partie du système européen Copernicus, le programme européen d’observation de la Terre par satellite. Ce système est mis en œuvre par la Commission européenne, plus exactement sa direction générale JRC (Joint Research Centre/Centre Commun de Recherche) et il est basé à Ispra en Italie. Cependant, le Copernicus Emergency Management Service a des partenaires un peu partout en Europe, car il s’agit d’une initiative européenne. Concrètement, il y a donc des experts EFAS dans plusieurs pays européens, bien que le QG soit en Italie.

Comme nous l’écrivions jeudi, les premières alertes d’inondations ont été envoyées aux pays concernés le 10 juillet. C’est ce que rapportait le "Copernicus Emergency Management Service" sur son site internet le 16 juillet dernier. Des alertes du risque accru d’inondations importantes autour du bassin de la Meuse ont aussi été envoyées aux autorités belges, allemandes et suisses les lundi 11 et mardi 12 juillet. L’information est partagée via mail et confirmée par téléphone.


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Copernicus précise que ces alertes ne sont pas destinées directement à alerter le grand public vu "qu’elles contiennent des informations pour les experts qui devraient être combinées avec les données nationales et locales en vue de fournir la meilleure base pour prendre des décisions". Aux autorités nationales ou régionales d’alerter leur population et de prendre des mesures d’évacuation si cela s’avère nécessaire.

Alertes en doublon

En tout, il s’agit de 25 notifications qui ont été envoyées (pour les trois pays). Le Pays-Bas et le Luxembourg ont aussi été informés. En Belgique, l’autorité compétente dans ce domaine, ce sont les régions : ce sont donc chez nous le Service Public de Wallonie, ERCC, Bruxelles Environnement, de Vlaamse Waterweg/WaterInfo qui ont reçu cette information. Le SPW précise que sur ces 25 notifications, il y avait des doublons et qu’au final seules 4 concernaient la Wallonie. Des "données insuffisantes", "peu précises" et "ne permettant pas à elles seules d’anticiper la suite des événements", selon le Service public de Wallonie, pour qui, ces données n’auraient rien changé.

Mais c’est donc bien le système européen qui a lancé l’alerte. Ce qu’en font ensuite les autorités nationales ou régionales n’est plus de son ressort.

En outre, le centre gouvernemental de coordination de crise belge a activé un service de cartographie rapide et détaillé de l’impact des inondations pour surveiller l’évolution des inondations dans les zones affectées. Ici, c’est donc une initiative du gouvernement fédéral belge.

Signalons au passage que les mails EFAS (dont voici un exemple) contiennent un lien avec des informations plus complètes que la simple notification. "Un message d’avertissement invite à suivre un lien pour accéder à des prévisions plus détaillées, régulièrement mises à jour, sur le portail web de l’EFAS", peut-on lire dans un communiqué publié ce vendredi. Ces liens ont-ils été ouverts par les autorités belges ? Le SPW reste évasif sur ce point.

Des questions aussi en Allemagne

En Allemagne où les intempéries ont fait au moins 177 morts dans l’ouest du pays, les mêmes questions se posent qu’en Belgique : là-bas, les autorités reconnaissent des problèmes dans les systèmes d’alerte de la population. Pour le Rhin, les premières prévisions remontent au 9 juillet, soit 5 jours avant les inondations meurtrières.

EFAS craignait une importante montée des eaux du Rhin, en Allemagne et en Suisse. Pourquoi les populations menacées par les inondations n’ont pas été prévenues, n’ont pas été évacuées à temps ? Cet échec interpelle Hanah Cloke, une spécialiste en hydrologie qui a participé à la mise en place d’EFAS : "J’ai été très surprise par le nombre de morts et l’ampleur des destructions car, il me semble que nous pouvions prévoir cet événement. Ça veut dire quelque chose ne va pas dans la chaîne de communication de ces avertissements. Peut-être que les gens ne comprennent pas vraiment le risque qu’ils courent. Donc nous devons tous travailler beaucoup plus dur pour s’assurer que cela ne se reproduise plus jamais. "

En attendant, en Allemagne, des pistes sont déjà avancées pour améliorer les systèmes d’alerte lors des inondations. Il est question d’un plus grand nombre de sirènes ou de l’envoi d’alertes par SMS.

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