Inflation à 400%, coupures d'électricité : au Zimbabwe, "la situation est pire qu'avant la chute de Mugabe"

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Image prétexte - © ZINYANGE AUNTONY - AFP

Le Zimbabwe ne cesse de s’appauvrir. Les espoirs d’un changement étaient pourtant énormes après la chute du président Robert Mugabe, renversé après 37 ans de pouvoir en novembre 2017. Deux ans plus tard, c’est le désenchantement. La situation est même pire qu’avant.

A Chitangwiza, un quartier populaire de la banlieue d’Harare, Agnès et Sam vivent de plus en plus difficilement avec leurs trois enfants. Ils acceptent de témoigner sous couvert d’anonymat : la peur n’a pas disparu au Zimbabwe.

"On avait beaucoup d’espoir quand Mugabe a été renversé. On pensait que tout irait mieux. Mais, au contraire, la situation est pire qu’avant"

Comme beaucoup de pauvres zimbabwéens, le couple survit en vendant dans la rue des produits qu’ils vont acheter en Afrique du sud. Agnès vend des sacs et des vêtements. Mais rien que le ticket de bus jusqu’au centre-ville d’Harare lui coûte 1 euro. "On ne gagne que 140 euros par mois. Nous souffrons. On ne mange de la viande plus qu’une fois tous les cinq jours. Les prix augmentent presque tous les jours"

Les appareils électriques sont maintenant des objets de décoration

Les coupures d’eau et d’électricité sont aussi de plus en plus fréquentes à Harare. "Les appareils électriques sont maintenant des objets de décoration. On a du courant que de 22 heures à 5 heures du matin. Il n’y a plus d’eau. Parfois, les enfants vont à l’école le ventre creux"

Depuis 2009, la situation économique s’était pourtant améliorée au Zimbabwe, quand le pays avait décidé d’introduire le dollar américain comme monnaie d’échange. Mais l’État ne parvenait plus à payer ses fonctionnaires. Le nouveau président Emerson Mnangagwa a réintroduit le dollar zimbabwéen qui a perdu 94% de sa valeur en un an. L’hyperinflation est de retour, à 400%, la plus élevée au monde selon le FMI. Le pouvoir d’achat de beaucoup de Zimbabwéens s’est écroulé, comme l’explique Jean Gonçalves, un opérateur belge qui vit depuis 40 ans à Harare. "La classe moyenne est laminée, on arrive aujourd’hui dans une situation où quasiment la moitié de la population, soit huit millions de personnes, est en état de détresse alimentaire."

Pénurie d’argent liquide

Cette crise s’explique en partie par une grave sécheresse, mais aussi par l’écroulement de l’économie, affectée par les pénuries. Pénuries d’argent liquide dans les banques ou les retraits sont limités à 13 euros par semaine. Pénurie aussi de pétrole, comme l’explique Martin Zombe, un vendeur de panneaux solaires qui fait la file depuis des heures devant une pompe à essence "C’est une perte de temps de passer toute la journée à faire la queue. Du coup, je n’ai pas pu travailler aujourd’hui. Et puis, il y a des gens qui se faufilent par l’autre côté".

Si certains passent par-derrière, c’est parce qu’ils ont acheté des coupons sur le marché noir. Ce trafiquant anonyme bien introduit dans les cercles du pouvoir, obtient des coupons à prix réduit, parfois même gratuits qu’il revend aux Zimbabwéens fortunés, qui évitent ainsi de faire la queue. "Le prix normal à la pompe est de 76 cents de dollars mais moi, je vends à 1.30$".

Le trafiquant gagne ainsi jusqu’à 4500 euros par mois. Le marché noir touche les secteurs de l’économie, même la banque centrale est impliquée. Des manifestations de mécontentement ont eu lieu cette année, mais elles ont été violemment réprimées. A Harare, les lendemains déchantent.

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