Inédit en France ! Une entreprise condamnée pour ne pas avoir donné assez de travail à un employé

Inédit en France ! Une entreprise condamnée pour ne pas avoir donné assez de travail à un employé.
Inédit en France ! Une entreprise condamnée pour ne pas avoir donné assez de travail à un employé. - © Thomas Barwick - Getty Images

C’est une grande première en France et l’arrêt de la cour d’appel de Paris pourrait bien faire jurisprudence un peu partout. Selon les informations de franceinfo, les juges font pour la première fois référence au bore out, le syndrome de l'ennui au travail. En cause ? Trop de peu de travail donné à un salarié.

A la question: 'le bore out est-il bien une forme de harcèlement moral ?’, l’arrêt de la cour d’appel de Paris est très clair : "L’employeur mérite pour cela d’être condamné". 

Le bore out ou la mise au placard 

Dans le monde du travail, beaucoup d’employés ou d’employeurs font face à de plus en plus de burn out, comprenez : "un état d'épuisement physique, émotionnel et mental lié à une dégradation du rapport d'une personne à son travail". Et les conséquences peuvent aller de la dépression au suicide, parfois. Mais ceux que certains oublient, c’est que l’inverse peut aussi briser des vies. Son nom ? Le bore out mal dont souffrent les salariés à qui on ne demande plus rien, ou trop peu pour les occuper en tout cas. Leur travail consiste parfois à réaliser des ‘missions’ sans rapport avec leurs qualifications. Certains évoquent souvent le terme de "mise au placard".

De événementiel au fer à repasser

C’est exactement ce qu’a vécu Frédéric Desnard. Pendant des années, il était responsable des services généraux chez Interparfums. Le problème, c’est qu’il n’avait rien à faire. Ou presque. Lui qui devait à l’origine notamment coordonner les événements du groupe s’est retrouvé à configurer la tablette de son patron et à s’occuper, à son domicile, de la centrale vapeur – ou du fer à repasser – de son employeur. Il demande du travail, n’en obtient pas et il s’enfonce dans la dépression. Malade, il est ensuite viré. Licencié pour avoir été trop longtemps en arrêt maladie. Or, pour Frédéric Desnard, c’est bien parce qu’il était victime d’une forme de harcèlement moral qu’il est tombé malade. Ce serait d’après lui la cause de sa crise d’épilepsie au volant de sa voiture. Alors, il y a 6 ans, il saisit les prud’hommes, qui vont lui donner raison. Son employeur fait appel. Il vient de perdre son procès.

"Le manque d'activité et l'ennui"

Les juges reconnaissent "le manque d’activité et l’ennui de M. Desnard", ce qui a bien conduit à la dégradation de son état de santé. Un témoignage, retenu par les juges, est particulièrement frappant. "M. Desnard en avait marre de ne rien faire… Il ne servait que de bouche-trou et cette situation le rendait très dépressif à tel point qu’il parlait de plus en plus de se suicider" indique franceinfo. Un autre salarié écrit : "Il a sombré petit à petit, au fur et à mesure qu’il s’est vu placardisé".

Une première et 40000 euros

C’est une reconnaissance officielle du bore out. Pour la première fois, la justice française retient ce mot. Elle dit que les conséquences de cet ennui et de cette mise à l’écart constituent du harcèlement moral. Interparfums a été condamnée à verser 40 000 euros à son ancien salarié. Frédéric Desnard est aujourd’hui reconnu officiellement comme invalide. Il est au chômage depuis six ans et recherche encore un emploi.