Inde: réussir à tout prix, quitte à tricher en famille et aux yeux de tous

Les parents des élèves escaladant le bâtiment scolaire pour donner les copions
Les parents des élèves escaladant le bâtiment scolaire pour donner les copions - © RTBF

Quel père ne souhaite pas le meilleur pour son enfant ? Quelle mère n’est pas prête à faire tout ce qu’elle peut pour aider sa progéniture ? L’intention est noble mais en Inde la "participation" des parents à l’obtention du diplôme de leurs adolescents chéris prend une tournure inattendue.

C’est un bâtiment haut de quatre étages. Des briques rouges sur une façade qui n’a pas été achevée. De loin, on pourrait penser qu’il s’agit d’une prison. Des silhouettes escaladent d’ailleurs les murs mais il ne s’agit pas de prisonniers candidats à l’évasion. Bien au contraire. Ses formes tentant à tout prix d’accéder aux fenêtres des étages sont des pères de familles, des cousins, des oncles. Ils n’ont qu’un objectif : donner les réponses des examens à leurs proches.

Nous sommes dans la province de Bihar, un état au Nord-est de l’Inde. Ici comme ailleurs, des milliers de jeunes passent leurs examens. Les salles de classe sont bondées, les élèves n’ont pas trop de mal à lire sur la feuille du voisin. Mais apparemment ce n’est pas suffisant. Les parents crient les réponses, font passer des copions par les fenêtres ou par les trous dans les murs. La technologie moderne n’a pas raison d’être ici. Les filles ont caché des bouts de papiers dans leurs longues tuniques, les garçons dissimulent des cahiers de notes (oui, vous avez bien lu) à l’intérieur de leur pantalon.

C’est tellement surréaliste que l’on se croirait dans une pièce de théâtre ou chaque acteur maitrise son rôle à la perfection. Une autre technique vise à endosser l’identité d’un élève absent. Cinquante faux candidats se seraient fait attraper.

Entre les rangées circulent des professeurs, peu inquiets de ses bruissements de feuilles. Certains directeurs minimisent d’ailleurs la situation. "Si des étudiants trichent, ils ne progresseront pas dans la vie ! Mais une telle chose n'arrive pas dans mon école ! Nous organisons des examens dans le calme et sans tricherie", lance Vishwanath Kumar, le super intendant de l’école de Mulkzada Singh. "Il y a un manque d'effectif policier, des personnes à l'extérieur causent quelques perturbations. Mais nous nous en occupons !".

Manque de moyens

Les écoles ont pourtant engagé des équipes de surveillance et pris 1600 élèves la main sur le copion. Mais pour autant les images et autres photos largement diffusées sur internet montrent un phénomène répandu voire incontrôlable.

"Plus d'un million 400 mille étudiants passent leurs examens", explique P.K Shahi, le ministre de l’Education de la province. "Il y a plus de 11 000 centres d'évaluation. Si trois ou quatre personnes aident un étudiant à tricher, cela signifierait au total 6 à 7 millions de gens facilitant la pratique. Est-ce uniquement la responsabilité du gouvernement de gérer un tel nombre de resquilleurs pour arriver à un test 100% juste et sans tricherie ?".

Selon les données de la Banque mondiale, seuls 25% des étudiants indiens poursuivent leurs études à l’université. Mais ce n’est sans doute pas une raison pour pratiquer "l’esprit d’équipe familial" à ce point.

Esmeralda LABYE

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