Coronavirus en Inde: nouveau record de contaminations, pénurie d'oxygène en soins intensifs

Pour le quatrième jour d’affilée, l’Inde enregistre un triste record mondial de nouvelles contaminations au coronavirus sur 24 heures, 349.691 cas. Les autorités locales ont décidé de prolonger d’une semaine le confinement dans la capitale New Delhi. Le pays est en proie à une effroyable flambée épidémique et déplore 2767 nouveaux décès dus au Covid-19, ce qui est un record national depuis le début de la pandémie. C’est désormais le deuxième pays le plus touché par le coronavirus, derrière les Etats-Unis.

"Nous avons décidé de prolonger d’une semaine le confinement", a annoncé le ministre en chef de Delhi Arvind Kejriwal. "Les ravages du coronavirus se poursuivent et il n’y a pas de répit."

Le pays de 1,3 milliard d’habitants est au bord d’une catastrophe humanitaire, avertit Ashish Jha, doyen de l’école de santé publique de l’université Brown, dans une tribune publiée dans le Washington Post. Selon lui, quelque 2000 personnes meurent chaque jour, mais la plupart des experts estiment que le nombre réel est 5 à 10 fois supérieur.

Les experts attribuent cette nouvelle vague à une "double mutation" du virus et à des événements de masse, comme la fête religieuse hindoue Khumb Mela qui a rassemblé des millions de pèlerins.

Pénurie d’oxygène

La capitale, qui compte 20 millions d’habitants, est l’agglomération indienne la plus touchée par l’épidémie. Un confinement d’une semaine y avait débuté lundi dernier pour tenter d’atténuer la pression sur les hôpitaux, confrontés à une grave pénurie d’oxygène.

Des patients se retrouvent sans possibilité de trouver un lit en soins intensifs et sont condamnés à mourir. Une vingtaine de malades sont ainsi décédés samedi au Jaipur Golden Hospital de Delhi par manque d’oxygène pour les respirateurs, rapporte la BBC. De nombreux hôpitaux débordent et sont contraints de refuser toute nouvelle admission. A New Delhi, des hôpitaux lancent des appels à l’aide quotidiens au gouvernement pour qu’il fournisse d’urgence des réserves afin d’alimenter des centaines de patients placés sous respirateur.

"J’ai vu trois cadavres en six minutes", raconte Ravi Kumar, qui a réussi à faire admettre son grand-père de 80 ans à l’hôpital après avoir attendu toute la nuit devant.

"A l’intérieur, il n’y a pas de lits, que des brancards avec deux patients sur chaque", ajoute-t-il. La veille, son grand-père a dû quitter un hôpital privé, car l’oxygène était épuisé.

Le manque d’ambulances équipées d’oxygène se fait également ressentir. Les réseaux de distribution de bouteilles d’oxygène sont à court de stock.

13 malades du Covid-19 meurent dans l’incendie d’un hôpital

Treize malades du Covid-19 sont décédés vendredi matin dans l’incendie d’un hôpital de la banlieue de Bombay, un drame ajoutant à la catastrophe sanitaire.

"Dix-sept patients étaient dans l’unité de soins intensifs de l’hôpital Vijay Vallabh quand un incendie s’est déclaré, 13 sont décédés et quatre autres ont été transférés dans d’autres établissements", a déclaré Morrison Khavari, un responsable des pompiers.

Deux jours plus tôt, 22 patients atteints du Covid-19 sont décédés dans un autre hôpital du même État du Maharashtra en raison d’une coupure d’alimentation en oxygène de respirateurs pendant une demi-heure.

Quatre malades étaient également morts, début avril, dans l’incendie d’une clinique privée du Maharashtra alors qu’en mars, un feu dans un hôpital avait fait onze morts à Bombay.

Critiques bâillonnées sur Twitter

La crise met de nouveau en lumière la vétusté du système de santé indien, alors que la colère monte contre le manque de préparation présumé du gouvernement fédéral face à cette vague épidémique. Des voix s’élèvent pour faire appel à l’armée.

Dimanche, Twitter a confirmé avoir supprimé, à la requête des autorités indiennes, des dizaines de tweets qui critiquaient l’exécutif. Certains tweets émanaient d’élus de l’opposition qui dénonçaient la faiblesse des ressources dans les hôpitaux où des patients ont péri du fait des pénuries d’oxygène. "Quand nous recevons une requête qui est légalement recevable, nous l’examinons au prisme des règles de Twitter et des lois locales", a expliqué Twitter.

Sur les sept derniers jours, l’Inde a enregistré plus de deux millions de nouveaux cas, soit une hausse de 58% par rapport à la semaine précédente, selon des données compilées par l’AFP. New Delhi n’est pas la seule agglomération indienne actuellement soumise au confinement.

Les Etats-Unis vont apporter leur soutien à l’Inde

Les États-Unis veulent rapidement déployer un soutien supplémentaire à l’Inde, annonce la Maison Blanche. 

"Nous sommes en conversation active à des niveaux élevés et prévoyons de déployer rapidement un soutien supplémentaire au gouvernement indien et aux travailleurs de la santé indiens qui luttent contre cette dernière vague de l’épidémie. Nous aurons plus d’informations à partager très bientôt", selon Reuters.

L’Inde, la plus grande démocratie du monde, est un allié stratégique dans les efforts du président Joe Biden pour contrer la Chine. Les responsables des deux pays sont engagés à assurer "la production des vaccins contre le Covid-19 en Inde", a déclaré à Reuters un porte-parole de l’ambassade indienne à Washington.

Frontières fermées

Plusieurs pays ferment leurs portes à l’Inde. A partir de dimanche, seuls les citoyens de nationalité allemande pourront voyager d’Inde vers l’Allemagne. Le Koweït a annoncé samedi la suspension des vols commerciaux directs en direction et en provenance de l’Inde.

Quant aux Etats-Unis, ils y déconseillent les voyages, même pour les personnes vaccinées, et le Canada a suspendu pendant 30 jours vendredi les vols en provenance d’Inde et du Pakistan.

La détection du variant "indien" en Belgique d’abord, puis en Suisse samedi, inquiète en Europe.

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