Inde: les "sages" interdisent les mariages d'amour dans les villages

Les femmes: pas un sort enviable, dans les villages en Inde
Les femmes: pas un sort enviable, dans les villages en Inde - © DESHAKALYAN CHOWDHURY - Belga/AFP

Dans l’Inde rurale, le sort des femmes est peu enviable. Certains villages ont récemment interdit l’utilisation des téléphones portables. Afin de limiter "les incidents amoureux", expliquent les "sages" qui dictent les règles à respecter.

"Les incidents amoureux ont augmenté à cause des GSM", a déclaré le conseil des sages. Au moins six femmes se sont enfuies du village ces cinq derniers mois. Des fugues, le plus souvent, pour éviter un mariage arrangé. Des jeunes filles qui préfèrent fuir avec l’homme de leur choix. De plus en plus  de cas sont signalés à travers toute l'Inde. Pour la Panchayat, c’est à dire l’assemblée des anciens, c’est inacceptable. Ce conseil est exclusivement composé d’hommes.

A Sunderbari, un bourg de 6000 habitants, dans l’Etat pauvre du Bihar, près du Népal, les filles non mariées surprises en possession d’un téléphone portable se verront désormais infliger une amende de 140 euros. Ainsi en ont décidé les sages. Pour la plupart des familles, cette somme représente quelques mois de salaire. Les femmes mariées seront seulement autorisées à utiliser leur téléphone à l’intérieur de leur maison, et en présence de leur mari ou d’un parent. En cas d’abus, elles écoperont de 30 euros d’amende.

Interdiction des mariages d’amour

En fait, les gardiens de la tradition s’alarment que les GSM facilitent les contacts entre les garçons et les jeunes filles. Ils se croisent à l’école - quand ils y vont - mais il serait impensable pour eux de se rencontrer ailleurs dans le village. Des adolescents le disent : les téléphones permettent de s'échanger des messages, et même d’organiser discrètement des rendez-vous. Résultats : ils seraient de plus en plus nombreux à se soustraire aux mariages arrangés. Un village de l’Uttar Pradesh a d’ailleurs décidé d’interdire "officiellement" les mariages d’amour. Seuls les couples unis avec l’accord de leurs parents sont autorisés à rester dans la localité.

Subderbari n’est pas un cas isolé, explique le New York Times. Ces règles sont devenues monnaie courante dans des Etats pauvres et ruraux comme l’Haryana ou l’Uttar Pradesh. Les décisions des panchayats n’ont pas de valeur légale, mais ces assemblées locales imposent tout de même leurs lois dans les villages, et ce avec le consentement tacite des autorités publiques.

Des drames familiaux

Des associations féministes dénoncent une volonté de couper les femmes de la modernité, de l’éducation et de l’emploi.

Mais ces sujets peuvent provoquer des drames. Le mois dernier, dans le Sud (Tamil Nadu), quelques 2000 personnes ont attaqué trois villages, en brûlant et pillant les maisons habitées par des dalits, des "intouchables", après qu’un garçon de cette caste ait clandestinement épousé une étudiante infirmière d'une caste supérieure, celle des serviteurs. Face à tant de déshonneur, le père de la jeune fille a jugé qu’il n’avait d’autre choix que de se donner la mort. Des dizaines de personnes ont été blessées et 1500 habitants se sont retrouvés à la rue.

 

W. Fayoumi , avec Robin Cornet

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