Inde: la lutte contre l'immigration illégale menace des milliers d'indiens d'expulsion de l'Assam

La police indienne recense les noms des réfugiés bangladais dans une gare à Guwahati
La police indienne recense les noms des réfugiés bangladais dans une gare à Guwahati - © BIJU BORO - AFP

Depuis trois ans, une région indienne a lancé un recensement exceptionnel et controversé de sa population. En Assam, dans l’extrême nord-est du pays, les 33 millions de citoyens doivent prouver qu’ils résident dans cet Etat depuis plus de 47 ans. S'ils n'y parviennent pas, ils seront déchus de leur nationalité. C'est un exercice monumental, venu répondre aux craintes des nationalistes : ceux ci affirment que des millions de Bangladais ont infiltré cette région frontalière et obtenu la nationalité indienne, changeant les pratiques culturelles et religieuses de l’Assam.

Mais ce recensement est en train de tourner au cauchemar : plus de 4 millions de personnes ont déjà été exclues de la liste provisoire de citoyens, et sont lancés dans une procédure d’appel angoissante. Car pour eux, le résultat pourrait être horrible. Des millions d’Indiens, dont une grande partie de musulmans, pourraient devenir apatrides. Certains craignent que ces indésirables de l’Assam subissent un sort similaire aux Rohingyas de Birmanie.

Imdadul Islam se demande comment cela est possible. Le 30 juillet dernier, la liste de citoyens a été publié par le gouvernement de l’Assam. Son nom y figure, mais pas celui de sa mère et de ses deux sœurs, considérées donc comme des immigrées clandestines. D'une main, il dévoile un document, c'est celui-ci qui a fait toute la différence pour lui. "Ceci est ma carte d’admission aux examens de fin du secondaire, explique l'homme, C’est ce document qui m’a permis d’être reconnu comme indien car il y est écrit le nom de mon père."

Ce n'est donc pas pour Imdadul que ce processus est un problème mais pour une bonne moitié de sa famille qui se retrouve dans l'impasse. "Nous n’avons pas pu prouver cette relation de parenté pour mes deux soeurs et ma mère. Car elles ne sont pas allées à l’école et n’ont pas de pièce d’identité", regrette-t-il.

Les nationalistes au front

Ce village de Pub Chafakamar, situé à 100 kilomètres de la capitale de l’Assam, est peuplé en majorité de musulmans. Les deux tiers des familles font face au même problème administratif. L’Assam, dans le nord-est de l’inde, compte une longue frontière avec le Bangladesh. Depuis l’indépendance de ce pays en 1971, les nationalistes affirment que des millions de bangladais ont réussi à s’installer et obtenir illégalement la citoyenneté indienne. Ce recensement a donc une règle : tout indien de l’Assam qui ne peut prouver qu’il est arrivé avant 1971 sera déchu de sa nationalité.

"L’ancien ministre de l’intérieur de l’Inde a dit dans les années 90 qu’il y avait 4 millions de bangladais résidant en Assam. Ces étrangers mettent en danger notre langue, notre culture et ils s’accaparent les terres agricoles. L’Inde est pour les indiens. l’Assam n’est donc pas ouverte aux immigrés illégaux du Bangladesh", témoigne Samujjal Bhattacharya, secrétaire général du syndicat des étudiants de l’Assam.

Les nationalistes hindous au pouvoir craignent surtout que la population musulmane dépasse celle des hindous - la proportion des musulmans a en effet augmenté depuis 40 ans. Selon les démographes, cela serait surtout à cause d’un taux de natalité plus élevé.

Des exclusions illégales

En attendant, 4 millions d’indiens de l’Assam ont été exclus de la liste de citoyenneté, soit 12% de la population régionale. Ils ont jusqu’au 15 décembre pour faire appel. 

Au bout du compte, des centaines de milliers de personnes pourraient devenir apatrides, considère Aman Wadu, avocat spécialisé du droit des étrangers : "Pour expulser une personne, il faut qu’elle ait une adresse dans le pays où on l’envoie, et que les autorités de ce pays la valident. Or ces personnes affirment qu’elles sont indiennes. Elles ne pourront donc pas être expulsées". Mais le chef du gouvernement de l’Assam a affirmé qu’elles ne bénéficieront plus d’aucun droit fondamental, comme le droit à la dignité et à l’égalité, note ce juriste. Certains comparent la situation actuelle avec celle des Rohingyas birmans - une population de musulmans également déclarée apatride et finalement forcé de fuir son pays d’origine. 

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