Incendies en France, en Espagne, en Grèce... : les forêts peuvent-elles se régénérer ?

Au Maroc, en Espagne, en Grèce et en France, les incendies continuent de faire rage autour du bassin méditerranéen depuis un mois. Des feux de forêts qui s’ajoutent à ceux déjà observés en Californie, en Australie ou encore au Népal depuis le début de l’année 2021. Des milliers d’hectares de forêts ont déjà disparu. Mais la situation n’est pas aussi catastrophique qu’on le croit, du moins pas partout : dans certains espaces, on peut espérer voir la forêt se régénérer.

En Méditerranée, par exemple, le feu "fait partie de l’écosystème", explique Marc Dufrêne, professeur à la faculté d’agronomie de l’Université de Liège, invité de la Première ce jeudi matin. "Tout ce qu’on observe en Algérie, en Turquie, en Grèce et dans le sud de la France actuellement, ce sont des forêts qui ont l’habitude de brûler depuis le Néolithique notamment, depuis l’activité humaine", précise-t-il. Certaines espèces, comme le chêne-liège (dont le liège protège l’arbre de la chaleur) ou le pin d’Alep (qui a besoin du feu pour se reproduire), se sont adaptées.


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En revanche, les incendies hors des zones tempérées sont nettement plus préoccupants, selon Marc Dufrêne. "Pour tout ce qui relève de la taïga, en Sibérie, ou des forêts tropicales qui brûlent, notamment en Amazonie et sur l’Equateur, les conditions de restauration sont extrêmement plus difficiles parce que l’habitat n’est pas du tout habitué à subir ce type de dévastation sur des surfaces très importantes", note le professeur.

Il n’empêche que depuis quelques années, on constate une récurrence des feux, même dans les zones qui s’y sont habituées. Cela pourrait avoir des conséquences, explique Marc Dufrêne : "Tout le couvert arboré n’a pas le temps de se développer, car il lui faut plusieurs décennies. […] Le gros enjeu est d’avoir des terrains qui sont dégagés de végétation et qui peuvent alors subir l’érosion de la pluie et des orages, qui deviennent eux aussi de plus en plus fréquents." Et le professeur de conclure : "Si on perd le sol, on perd toute capacité de régénération."

Si on a toute une série de petits feux, on a vraiment une grande chance de régénération

Face au désastre, certains pays ont déjà annoncé leur volonté de replanter des arbres. Une mesure qui ne fait pas consensus chez les scientifiques : "Beaucoup d’agronomes demandent qu’on ne replante pas, mais qu’on travaille sur la régénération naturelle, que ce soit beaucoup plus efficace, beaucoup plus diversifié, et que ça évite aussi de perturber les sols parce que replanter nécessite d’intervenir", affirme Marc Dufrêne. Dans certaines régions escarpées, comme en Algérie, en Turquie ou en Grèce, il est aussi difficile de trouver des personnes disponibles et d’accéder aux zones sinistrées.

Dans ces cas-là, il vaut mieux peut-être miser sur la régénération naturelle. Surtout si les feux sont essaimés. "Si on a toute une série de petits feux qui se succèdent dans le temps, à des endroits différents et qui créent une mosaïque forestière avec des ouvertures […], là on a vraiment une grande chance d’avoir une capacité de régénération", affirme Marc Dufrêne. Dans certains cas, brûler la forêt permettrait même de la redynamiser, explique le professeur.


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La régénération est une affaire de quelques années. "En un ou deux ans, dans les zones qui viennent d’être brûlées, vous n’y verrez plus ou très peu de traces de feux, mis à part des troncs noirs et quelques pierres noircies, mais le sol sera relativement recouvert de manière extrêmement intense, précise Marc Dufrêne. Par contre, pour retrouver des couverts forestiers, par exemple les pins parasols qui caractérisaient ces forêts à certains endroits, là il faudra des dizaines et des dizaines d’années."

Pour prévenir le risque d’incendie, les forêts sont surveillées. "L’enjeu est d’éviter l’accumulation de biomasse, […] et donc de limiter la quantité de combustibles en débroussaillant tout au bord des routes", explique le professeur. Depuis une cinquantaine d’années, le débroussaillage est systématique, notamment au bord des routes, à cause des départs de feux causés par des mégots de cigarette ou les incendies volontaires.

En Belgique, les Fagnes sont surveillées en raison d’un phénomène en particulier : la colonisation des tourbières par les molinies, une graminée qui arrive au début du printemps. "Si on a des vents secs qui viennent de l’est, les incendies peuvent apparaître très rapidement", prévient Marc Dufrêne. La construction de voiries tout autour permet d’avoir accès à la forêt. Des travaux de restauration des zones humides permettent également de couper l’évolution du feu.

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JT 09/08/2021

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