Incendies en Australie: combien de feux ? Est-ce lié au réchauffement climatique ? Les réponses à vos questions

Incendies en Australie: combien de feux ? Est-ce lié au réchauffement climatique ? Les réponses à vos questions
7 images
Incendies en Australie: combien de feux ? Est-ce lié au réchauffement climatique ? Les réponses à vos questions - © PETER PARKS - AFP

" Chaleurs extrêmes et vents violents." Ce sont les prévisions du Bureau of Meterology australien. La dernière grande route encore ouverte dans le Sud pourrait être coupée. Selon Andrew Crisp, le responsable de la gestion des urgences de l’État de Victoria, il serait même déjà " trop tard pour partir ". Et pour ne rien arranger, le front orageux qui se déplace à travers l’Australie-Méridionale est sec. Une vague de chaleur est annoncée la semaine prochaine.


►►► A lire aussi : Les glaciers de Nouvelle-Zélande virent marron à cause de la fumée des incendies en Australie


1) Combien y a-t-il de feux ?

Les pompiers luttent contre 140 feux de brousse. On estime à cinq millions le nombre d’hectares partis en fumée ces trois derniers mois, soit l’équivalent de la superficie de la Belgique.

Parmi ces feux, un "méga incendie" brûle à travers 250.000 hectares, soit 25 fois la surface de la ville de Paris ou 350.000 terrains de football à titre de comparaison. Ce "méga incendie" se trouve à moins d’une heure de route de Sydney, la plus grande ville australienne, sur laquelle des cendres sont parfois tombées.

Les feux de végétation se produisent régulièrement lors des mois les plus chauds de l’année, en raison notamment des climats chauds et secs de ce pays et s’étendent sur de vastes espaces.

2) 2019 est-elle une année exceptionnelle ?

Il est trop tôt pour le dire. Au cours des dernières décennies, les principaux incendies de végétation ont été les incendies des Cendres de 1983. Le 16 février de cette année de terribles feux se déclarent dans le sud-est du pays. En douze heures, plus de 180 incendies nourris par des vents atteignant jusqu’à 110 km/h ont causé des dégâts dans les États de Victoria et de l’Australie-Méridionale. Bilan : 75 morts. Plusieurs années de graves sécheresses et des conditions météorologiques extrêmes ont engendré la journée d’incendie la pire qu’ait connue l’Australie en un siècle.

Il y eut aussi les incendies alpins de végétation de l’est du Victoria en 2003, les incendies de végétation de décembre en 2006 et l’incendie du samedi noir en 2009. Ils se sont produits lors de la canicule australienne de février 2009 également dans l’Etat de Victoria. L’essentiel des dégâts s’est produit autour du 7 février 2009, aussi appelé samedi noir. Les différents foyers d’incendies ont fait plus de 231 morts et des destructions importantes.

3) Existe-t-il un risque d’extinction des espèces ?

Les koalas sauvages ne sont plus que 80.000 selon l’ONG Australian Koala Foundation (AKF), contre 10 millions il y a environ 200 ans. Ce qui rend l’espèce "fonctionnellement éteinte" selon certains spécialistes.

Le terme d’espèce "fonctionnellement éteinte" peut être utilisé pour les animaux dont le déclin a un impact sur la biodiversité. Le koala n’est le prédateur d’aucun animal car il se nourrit exclusivement de feuilles d’eucalyptus, jusqu’à 1 kilogramme par nuit. Il tient donc un rôle important dans l’écosystème australien et plus précisément dans les forêts. Ses déjections servent d’engrais et apportent des éléments nutritifs à la terre. La principale cause du déclin des koalas reste la perte de son habitat naturel. L’espèce est pourtant protégée par la loi australienne mais la plupart des individus vivent sur des terrains privés. Ainsi, 80% de l’habitat du koala a déjà disparu.

Depuis le début des incendies, 8000 marsupiaux australiens auraient péri dans les flammes. Comme l’a expliqué, Baptiste Mulot, chef vétérinaire au zoo de Beauval en France au quotidien le Figaro, "les koalas ont tendance à se réfugier au sommet des arbres, une stratégie peu efficace. Comme beaucoup d’espèces arboricoles, son instinct est de fuir vers le haut".

Lors du dernier recensement, effectué en 2016, les scientifiques ont compté environ 329.000 koalas. Ce qui représente une baisse de 24% de la population au cours des trois dernières générations. Selon des experts de l’Université de Sydney, 480 millions de mammifères, oiseaux et reptiles auraient été tués directement ou indirectement par les flammes qui ravagent l’Australie depuis septembre.

L’opossum fait lui aussi parti des espèces menacées. Qu’il soit des Montagnes et des Montagnes pygmées. Il a d’ailleurs fait son apparition sur la liste des animaux en voie d’extinction l’an dernier. Son espèce a diminué de 80% au cours des trois dernières décennies.

Les kangourous, autre emblème de l’Australie, ne sont pas du tout menacés d’extinction. Il est même impossible de les compter mais on estime leur nombre à plus de 50 millions de bêtes. Le double de la population humaine…

4) Les incendies sont-ils liés au réchauffement climatique ?

Au printemps et durant l’été austral, les incendies sont fréquents en Australie. Problème cette année, ils sont particulièrement précoces et virulents. Les climatologues s’accordent à dire que le réchauffement de la planète rend les conditions encore plus propices à leur propagation.

Le Bureau météorologique australien a confirmé que "le changement climatique influence la fréquence et la sévérité des conditions de feux de forêt dangereux". La coalition conservatrice du Premier ministre Scott Morrison est accusée de ne pas prendre la mesure du désastre en minimisant tout lien avec le réchauffement climatique alors que les incendies arrivent très tôt dans la saison estivale.

Le leader du centre droit, qui a remporté en mai 2019 les élections, ne nie pas la réalité du réchauffement mais a toujours contesté l’idée que la lutte contre ce fléau implique un virage économique pour son pays. Fait rare, il a cependant reconnu récemment que le changement climatique était l’un des "facteurs" à l’origine de ces centaines d’incendies dévastateurs.

Plusieurs ex-responsables des pompiers sont montés en avertissant que le réchauffement du climat contribuait à "booster" le problème des incendies et pointant la passivité du Premier ministre Scott Morrison sur le sujet. "Je suis fondamentalement inquiet quant à l’impact et les dégâts liés au changement climatique", a déclaré Lee Johnson, un ancien chef des pompiers au mensuel français Science et Avenir. "Sans précédent est une expression qui a beaucoup été utilisée. Mais dans le cas présent, elle est adaptée.", a-t-il ajouté.

Rappelons que l’Australie s’est engagée lors de la COP21 à Paris en 2015 à réduire à l’horizon 2030 ses émissions de 26% à 28% par rapport à leur niveau de 2005. Les organisations de défense de l’environnement considèrent ces objectifs trop bas pour contenir la hausse des températures.

5) Pourquoi ne parvient-on pas à contenir les feux ?

Le territoire est vaste, les vents puissants attisent les flammes. Les 3000 pompiers (dont 1300 seulement sont professionnels et payés) sont épuisés malgré une aide internationale venue de Nouvelle-Zélande et du Canada.

Mais contrairement au Canada, l’Australie n’a pas beaucoup d’eau. C’est le continent le plus chaud de la planète. 70% de cet immense pays est désertique ou semi-désertique.

Alors forcément, l’eau est rare et chère. Face à la sécheresse, l’Australie a créé un marché boursier de l’eau accompagné d’une loi baptisée "water act". Chaque année, le gouvernement attribue des quotas aux plus grands consommateurs : les fermiers, les industriels et les villes. Mais tous peuvent acheter ou revendre de l’eau au plus offrant. En un seul clic sur une simple application, on peut acheter de l’eau.

Mais à quel prix ? Et qui peut se le permettre ? Depuis septembre 2019, les prix ont explosé à la bourse. En passant de 50 euros le méga litre (soit 1 million de litres), à 500 euros, cela donne un prix 10 X supérieur. Un marchandage autour de l’eau qui en choque plus d’un.

Note d’optimisme toutefois, un pacte a été conclu entre les seigneurs de l’eau (Waterfind, leader sur le marché) et les écologistes. Une partie de l’eau a été sanctuarisée, des lacs sont désormais protégés.

Evacuations massives dans les zones touchées par les feux (sujet JT 13h):

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK